Jeudi 20 Avril : voyage en car
Vu des fenêtres de l’autocar
Nous sommes installées dans le car aux meilleures places, juste derrière le chauffeur, la porte avant est ouverte et remplace la climatisation. A 7heures, un pâle soleil sable perce les nuages au dessus de l’Atakora. Le Bénin marche sur le bord de la route : surtout des écoliers, certains portent des balais de chaume. Plus tard, dans la cour d’une école de campagne, les enfants, en ligne, balaient la cour. Derniers tatas sur la route de Djougou. Champs d’ignames, sur les petits monticules coniques on a disposé une branche sèche. Traversant un village, je remarque les pancartes colorées : sur fond blanc « c’est vrai le SIDA existe, protégeons nous ! », « Moi, je dis non au SIDA ! ».
Une banderole annonce Djougou « La commune la plus écolo-environnementale ! » « Jumelée avec Evreux ». Arrêt. Des vendeuses proposent des galettes et toute sortes de nourriture. Elles doivent être musulmanes, elles sont voilées. Elles portent de grandes scarifications comme si elles avaient été griffées. Des bébés sur le dos, on ne voit que les petits pieds nus.
Les enseignes de Djougou
Je note les enseignes des boutiques : sur un café « La Joie du Magnificat », pour une cabine en tôle : « Au Palais des communications » et une autre : « Rosaire Mystica » plus énigmatique. A la station-service : « Bougie à éteindre » ou encore « Délices du carrefour », chez la couturière :« Eh vas y voir ! ».
Je note toutes les petites scènes pittoresques observées à la fenêtre du car .
Dans une école le cours de Gymnastique se déroule en rang trois par trois.
Arrêt dans la campagne : une petite fille regarde la car, elle porte de la braise sur un couvercle métallique formant un petit plateau. Comme c’est chaud, elle le pose par terre.
A Savalou, retour du réseau du téléphone portable. J’envoie un SMS à l’hôtel Helvetia. Sur le bord de la route, des cafétérias « luxueuses » presque comme en Europe. Nous traversons ensuite des collines verdoyantes, des forêts de tecks, arbres petits plantés serrés, au sol de l’herbe verte. La végétation est maintenant complètement différente de celle du nord du pays.
Arrêt déjeuner à Dassa dans une sorte de gargote, je mange des bananes. Que faire des épluchures ? Une femme propose de m’en débarrasser, elle les jette de côté. A la sortie de Dassa, sur de hauts comptoirs, des cylindres de gari ressemblent à de gros cierges très blancs, au sol, des sacs de charbon. Chaque étal porte un écriteau au nom du producteur
300 € pour l’école Jacquot
Arrivée à 15 heures, à Cotonou, place de l’Etoile Rouge, le bus a une heure d’avance. Nous attendons Thierry. Les zemidjans insistent lourdement à nous prendre en charge malgré nos bagages. Ils ne nous croient pas quand nous disons que notre taxi va venir. 16H, Thierry arrive à pied, son taxi est garé de l’autre côté de la place.
Il a contacté la directrice de l’école de ses enfants et nous y conduit directement. Les maîtres sont assis autour d’une table sous une galerie. Ils ont décidé que la somme que nous avons apportée sera utilisée en priorité pour refaire le toit qui fuit. En saison pluvieuse, il pleut dans les classes. Cet investissement me plait : c’est du concret, du solide, cela marquera plus que du petit matériel éparpillé. Dominique n’est pas de cet avis – et c’est elle qui est concernée ! – elle préfèrerait des fournitures scolaires.
le salut
A notre entrée dans chaque classe, un enfant donne le signal et tous en choeur crient « A l’école Jacquot : Travail ! Discipline ! Succès ! Bonjour Madame ! ». Il faut plusieurs reprises pour que je comprenne ce qu’ils hurlent.
Dans une classe on fait entrer 50à 70 élèves. Comme dans le taxi, ils sont serrés, 3 sur des bancs de deux, les mêmes bancs que chez nous il y a plus de cinquante ans. Les tables ne sont pas rangées face au tableau, elles sont regroupées par paquets. Peu de matériel, une ardoise chez les petits un cahier couvert d’un protège-cahier en plastique, un stylo à bille. Rien d’autre.
Le tableau noir
Un grand tableau noir est peint sur chacun des cloisons de la classe, partagé par des frises peintes verticalement. Toutes les leçons du jour y sont calligraphiées avec des craies de couleur. Chez les petits, on apprend les couleurs du drapeau du Bénin. Chez les grands, les planches de l’appareil digestif (CM1) ou de la circulation du sang dans le cœur (CM2) sont soigneusement dessinées par le maître. Thème de rédaction au CM2 : les Droits de l’Homme, et aujourd’hui, plus précisément ceux de la Femme. Une rédaction d’une écriture enfantine sert de base à la réflexion : Papa a donné de l’argent à maman pour qu’elle achète à manger. Elle utilise l’argent à autre chose. Papa l’a bat correctement…Je m’interroge sur le « correctement ».
Ballons cristoliens
Dominique raconte aux CM2 la fête de l’anniversaire des trente ans de son collège. En l’honneur, on lâchera 600 ballons portant des cartons expliquant l’évènement. 300 cartons ont déjà été achetés par les enfants français au profit des enfants béninois. Le public est nombreux, pour mieux entendre, ils se rapprochent, se déplaçant silencieusement, font un cercle autour de Dominique. Elle parle aussi de l’échange de correspondance. Ses élèves sont en 5ème et ont 12 ans. Cela ne pose pas vraiment de problème. Certains élèves de CM2 sont beaucoup plus âgés, ayant même 16 ans.
Nous concluons cette visite par une séance photo dans la cour. Les maîtres alignent tous les enfants le long du vieux bâtiment au toit tout rouillé : 313 pour 6 classes. J’ai bien du mal à faire entrer tout le monde dans le champ de la photo.
Saison pluvieuse
Pendant la nuit : plusieurs orages et de la pluie.
Le matin, promenade sous un ciel plombé, les pieds dans l’écume mousseuse. Le petit déjeuner, avec le grand verre de jus de fruit frais et l’omelette aux fines herbes, nous paraît encore meilleur qu’avant notre départ vers le nord.
Les courses
Thierry nous attend dès 8H. Les courses s’avèrent bien différentes de ce que j’imaginais. Hier,tous disaient que nous trouverions les tôles et les fournitures scolaires dans le quartier de l’école. Le taxi emprunte les rues enfumées des pots d’échappement des innombrables motos et camions. Je pensais que la pluie aurait lavé la pollution, il n’en est rien. Elle a un peu rafraîchi l’air mais a apporté tout un lot de désagréments : boue, et même chaussées inondées. Devant nous, une moto noyée jusqu’à l’essieu doit débarquer son passager au milieu d’une profonde flaque occupant toute la rue.
Les tôles se trouvent dans des dépôts de matériaux de construction étalés sur le trottoir dans un désordre indescriptible. Premier arrêt : les tôles sont de mauvaise qualité au prix de la bonne qualité. On traverse Cotonou, je reconnais la grande Mosquée carrelée de bleu, l’église rouge et blanche. Finalement on achète dans un troisième endroit deux lots de 20 plaques, pas assez pour tout couvrir mais suffisantes pour une bonne réfection.
Fournitures scolaires
A la Libraire Notre Dame, je laisse les autres chercher le matériel et je m’intéresse à la littérature africaine. On ne trouve ni ardoises ni cahier. Les ardoises sont les articles préférés de Dominique. Une ardoise, c’est fait pour durer ! Mais il faut y renoncer, beaucoup trop cher (1950CFA, la belle ardoise au cadre de bois comme j’avais, petite fille, presque autant celle qui a un bord en plastique fluo). Nous aurions pu nous contenter de toutes simples en plastique rugueux. Le stock est sous clé. La patronne qui peut le sortir de la réserve ne viendra que tantôt.
La liste de la Directrice comprend des gommes, des crayons de couleur, des cahiers, des règles et des stylos à bille. Pour chaque article, il faut compter au moins trois fois. Je compte les boîtes de crayons de couleur par cinq, mais les autres comptent crayons et gommes uns par uns. Le maître vérifie, la vendeuse recompte.
Dominique commence à bouillir d’impatience quand le vendeur manipule un par un les 133 bic cristal. Il est onze heures il faut arriver à l’école avant le départ des enfants! Je prends le relais. La facture terminée, je passe à la caisse…La vendeuse vide le carton où tout était rangé et recompte..
Dominique se prend pour Bernadette Chirac
11h50 ! Les enfants sont encore en classe. On peut disposer les cadeaux sur une table en bois. Pile de cahiers, tas de crayons, stylos… Cela fait si peu !Vendredi 21 avril : Cotonou
Pendant la nuit, plusieurs orages et de la pluie. Ce matin, je fais ma promenade le long de la plage sous un ciel plombé, les pieds dans l’écume mousseuse. Le petit déjeuner avec le grand verre de jus de fruit frais et l’omelette aux fines herbes nous paraît encore meilleur qu’avant.
Les courses
Thierry nous attend dès 8H. Les courses s’avèrent bien différentes de ce que j’imaginais. Hier, ils disaient tous que nous trouverions les tôles et les fournitures scolaires dans le quartier de l’école. Le taxi emprunte les rues enfumées des pots d’échappement des innombrables motos et camions. Je pensais que la pluie aurait lavé la pollution, il n’en est rien, elle a un peu rafraîchi l’air mais elle a apporté tout un lot de désagréments : boue, flaques et même chaussées inondées. Devant nous, une moto noyée jusqu’à l’essieu doit débarquer son passager au milieu d’une profonde flaque occupant toute la rue. Les tôles se trouvent dans des dépôts de matériaux de construction dans un désordre indescriptible. Premier arrêt : les tôles sont de mauvaise qualité au prix de la bonne qualité. On traverse Cotonou, je reconnais la grande Mosquée carrelée de bleu, l’église rouge et blanche. Finalement on achète dans un troisième endroit deux lots de 20 plaques, pas assez pour tout couvrir mais suffisantes pour une bonne réfection.
A la Libraire Notre Dame, je laisse les autres chercher le matériel et je m’intéresse à la littérature africaine. On ne trouve ni ardoises ni cahier. Les ardoises sont les articles préférés de Dominique. Une ardoise, c’est fait pour durer ! Mais il faut y renoncer, beaucoup trop cher (1950CFA, la belle ardoise au cadre de bois comme j’avais, petite fille, presque autant celle qui a un bord en plastique fluo) on aurait pu se contenter de toutes simples en plastique rugueux mais le stock est sous clé. La patronne qui peut le sortir de la réserve ne viendra que tantôt. La liste de la Directrice comprend des gommes, des crayons de couleur, des cahiers, des règles et des stylos à bille. Pour chaque article, il faut compter au moins trois fois, je compte les boîtes de crayons de couleur par cinq mais les autres comptent crayon et gommes uns par uns. Le maître vérifie, la vendeuse recompte. Dominique commence à bouillir d’impatience quand le vendeur manipule un par un les 133 bic cristal. Il est onze heures il faut arriver à l’école avant le départ des enfants! Je prends le relais. La facture est terminée, je passe à la caisse…La vendeuse vide le carton où tout était rangé et recompte..
Les ballons de la coupe du monde
Dominique voulait rapporter des factures! Ici, c'est dans la rue que se font nombre d'achats.
C’est Thierry qui négocie. Le marchandage est un spectacle réjouissant. Au milieu de la chaussée en pleine ville, au feu rouge, on vous propose des objets variés tels qu’un assortiment de couteaux, un chauffe-biberons, un lecteur de DVD un pèse personnes. Pour appâter le client, le vendeur introduit la marchandise par les vitres ouvertes des voitures. Quelque fois, il s’agit de coton-tige ou de mouchoirs en papier.
Plusieurs jeunes se promènent au beau milieu de la circulation avec une grappe de ballons dans un sac. C’est ici que Thierry se propose d’acheter les six ballons. Dominique maugrée parce qu’elle n’aura pas de facture.
La négociation s’engage « Six thousand last price ! » Je devine que le vendeur anglophone est nigérian. Toute cette marchandise vendue sur le trottoir vient du Nigeria comme le jeune ne veut pas « casser son prix », Thierry avance brusquement la voiture, fait le tour du pâté de maison et continue le marchandage avec un autre nigérian. Le premier rapplique – six ballons d’un seul coup – cela ne doit pas se vendre tous les jours. Thierry le rudoie « j’ai fini avec toi, je discute avec l’autre ». Il avance le taxi. Combien de tours de carrefour ? La vente aura duré une bonne demi heure et les six ballons, 20 500CFA.
Dominique se prend pour Bernadette Chirac
11h50 ! Les enfants sont encore en classe. On peut disposer les cadeaux sur une table en bois. Pile de cahiers, tas de crayons, stylos… Cela fait si peu ! Les ballons ont un franc succès.
A l’école, Dominique veut des photos. Sur le perron, elle donne des ordres – Bernadette Chirac ! Les enfants sont ravis surtout quand on collecte les enveloppes pour les correspondants et qu’on les photographie en gros plan. Apothéose lorsqu’elle lance les ballons. Les ballons ont un franc succès
Juste derrière le Jardin Helvetia, il suffit de traverser la cocoteraie pour parvenir à la lagune.
Le piroguier s’engage dans la mangrove inaccessible. Tous les arcs des racines aériennes des palétuviers s'emmêlent - souvenirs de Cuba –. La lagune est enserrée dans un écran vert vernissé. Au dessus, se balance la frange légère des cimes des cocotiers bordant le chemin des Pêches.
De l’autre côté de la lagune, la campagne est plus peuplée et plus cultivée. Magnifique maison d’un Yovo (un Belge) avec parabole géante, digue privée et cheval. Petit port avec des pirogues sous un bouquet de cocotiers. Des piquets alignés ont été plantés par les pêcheurs, un cormoran s’est posé .
Des silhouettes, à contre jour, avancent dans le soir qui tombe. Des femmes traversent la lagune, habillées, dans l’eau qui leur arrive au-dessus de la taille. Elles portent sur la tête une bassine ou du bois. L’une d’elle nous fait un signe de la main. Son pagne est trempé, ses seins sont dénudés.
Une pirogue remplie de bois de chauffage est actionnée par une femme arquée sur sa longue perche. Des écoliers, dans une longue barque, rentrent.
Quand le soleil descend sur l’horizon et entre dans les nuages, la surface de l’eau devient métallique. Le calme règne sur cette étendue d’eau entre Cotonou et Ouidah.