Lundi 26 Juillet Marché à Foiano – Lucignano – Gargonza
Nos volets de bois ne laissent pas passer le jour. Je ne me réveille qu’à 7 heures pour dessiner la grande maison. Pas facile de cadrer cette maison cubique dans le format allongé du carnet moleskine. Au premier étage, quatre fenêtres surmontent le grand porche où trois arcades s’emboîtent. Au milieu du toit légèrement en pente, s’imbrique un deuxième étage avec une seule fenêtre. De côté, le puits est protégé par un petit toit de tuiles à double pente. A l’avant, le gazon soigneusement tondu est presque trop vert.
Nous prenons le petit déjeuner plus tard que d’habitude, ce qui nous permet de régler avec Amanda et Francesco les petits ennuis domestiques : le four et la clim ne marchent pas, l’ampoule grillée. Par la même occasion Francesco nous explique comment trouver la maison de l’auteur du livre « une Maison en Toscane ».
Lundi, c’est marché à Foiano
Nous laissons la voiture au pied des remparts et entrons dans la ville par des marches qui mènent à une belle arche de brique. Dans toute la ville : briques, marches et ruelles. Le marché s’est installé partout où c’est possible. Il occupe toutes les places et les rues les plus larges. Comme souvent à la campagne, les marchands de vêtements sont plus nombreux que les étals d’alimentation. Le camion de porchetta qui stationne près de chez nous le soir est là avec deux poissonniers et seulement trois marchands de légumes. La ville est très. Animée les hommes sont assis sur des chaises à: l’extérieur des cafés.
Après un tour dans les petites rues, nous achetons abricots, oranges haricots et un melon avec la désagréable impression qu’on nous a appliqué le tarif « touriste ».
Pour sortir de Foiano, c’est toute une histoire. Si le centre historique est tout petit, nous ne nous étions pas rendu compte que le bourg moderne est très étendu avec des lotissements, des usines, des entrepôts. Deux autoroutes à proximité ne facilitent pas l’orientation. Nous renonçons à aller à Sinalunga après avoir tourné dans la campagne.
Lucignano, un village en colimaçon
Lucignano est le plus joli village que nous avons visité en Toscane ! A l’intérieur de se remparts ovales, les rues s’enroulent en colimaçon. Le long des murs, dans des pots, de véritables « jardins de rue »dans des baquets et hortensias e,t même des oliviers. La petite place bordée de palais est très calme. L’église à façade rayée blanche et verte comme à Sienne ou Florence en plus sobre, renferme des fresques à demi effacées. La plus remarquable est cachée à l’arrière d’un retable à colonnes. Je ne l’avais pas vue à la première visite. C’est un panneau explicatif situé à l’extérieur qui m’a incitée à rentrer la chercher .C’est un « Triomphe de la Mort ». Sur un cheval noir, la Mort aux cheveux blancs portant ses attributs, la faux et un bâton, néglige un groupe d’impotents sur leurs béquilles et va frapper un couple d’amoureux ou de jeunes mariés insouciants en habits colorés. Quand je vois ce tableau il me fait penser à Guernica, je ne sais pas pourquoi, pourtant j’ai déjà vu un e autre fresque sur le même thème à Palerme tout à fait extraordinaire.
Un autre église, plus bas, est tout à fait étonnante : son parvis est ovale. Il est inséré entre deux séries de marches arrondies embrassant la place ovale, une série convexe l’autre concave. Comme je l’admire une petite bonne sœur partage mon enthousiasme. L’intérieur baroque, est quelconque.
Plus bas, une loggia, à arcades simples, abrite un joli café, malheureusement fermé .Nous suivons les ruelles qui s’enroulent autour de la colline. Des maisons enjambent les ruelles sur de petites arches. Des bancs sont installés le long des murs pour que les habitants puissent prendre le frais. Chats et chien dorment très tranquillement, jamais dérangés par les autos. Deux boutiques vendent des cartes postales. Le tourisme de masse n’a pas cours ici. Les rares promeneurs se promènent discrètement deux par deux.
Yellow submarine
Cet après midi la piscine est très fréquentée. Les enfants australiens jouent avec un crocodile gonflable : ils ont saisi chacun deux pattes du jouet et chantent « Yellow submarine ». D’habitude les enfants bruyants nous agacent mais ceux là inventifs et gais nous amusent.
Gargonza
Vers le soir nous partons vers la montagne à l’ouest après MonteSanSavino visiter Gargonza, château fort situé en pleine forêt dans cette montagne boisée et déserte que nous avons traversée samedi en venant de Sienne. Le donjon carré dépasse des arbres. Les nombreux cyprès dépassent les chênes, pourtant très beaux. Il faut laisser la voiture à l’écart : une allée dallée en sous bois nous conduit au village fortifié. Pas de brique, ici, de la belle pierre de grès gris et fin. On arrive par une arche dans la cour, au pied du donjon, toute verte d’herbe rase ornée d’une belle citerne octogonale .Tout le village a été converti en château-hôtel. Les maisons sont retapées fleuries, toutes les portes peintes en marron. Belle unité de style, mais le village a perdu son âme. Nous parcourons les ruelles, prenons des photos. Je regrette d’avoir oublié mon carnet de dessin.
Comme la visite a été courte, je propose de rentrer par un autre itinéraire par une strada bianca .Dominique me propose de descendre le chemin à pied. C’est une balade magnifique sous les beaux chênes aux troncs moussus et les hauts pins qui embaument .Dans une clairière dégagée nous retrouvons les oliviers. Au lin, les crêtes, dans la vallée, tournesols, maïs et blé : un résumé de toute la Toscane, un moment exceptionnel.
Mardi 27 Juillet : Arezzo – montagne à l’est
Les fresques de Piero della Francesca
Amanda a pris rendez vous pour nous pour la visite des fresques de Piero della Francesca sous le nom d’Illuminati. C’est le nom de Francesco qui est le véritable patron et propriétaire de la fattoria mais aussi des vergers et de l’usine .Nous devons y être à 9h .
Les fresques ornent le chœur de l’église San Francesco, grande église romane très haute mais assez simple. A l’heure dite, on nous laisse entrer, on allume et nous confie un audio-guide en français.
Les fresques racontent l’ « histoire de la Vraie Croix » racontée dans la Légende Dorée de Voragine. Elle commence par la mort d’Adam. Son fils, Seth plante dans sa bouche un bourgeon de l’arbre de la connaissance. C’est cet arbre qui donnera le bois de la Croix. Episode intermédiaire : Salomon a fait du tronc de cet arbre, un pont. La Reine de Saba a une vision et refuse de marcher sur ce pont. Salomon fait enterrer l’arbre. De la Crucifixion, rien dans cette fresque. Rêve de Constantin : un ange porte une croix de lumière qui lui apportera la victoire. Scène de bataille. Hélène va chercher la Vraie croix à Jérusalem. Un Juif, Judas, connaît l’emplacement des trois croix. Pour lui extorquer le secret on l’enferme dans un puits. Titre : torture du Juif (déjà ! Encore !)
Puis nouvelle scène de bataille, contre les Perses cette fois. Le roi de Perse avait volé la Croix, en avait fait un trône sur lequel il avait coutume de s’asseoir à côté d’un coq (esprit saint).
On peut regarder cette fresque comme une BD. Lecture naïve des analphabètes. Les fresques étaient appelées : bibliothèques des pauvres. Ne connaissant pas cette légende, je la découvre ainsi. Sans a priori, sans esprit critique. Une belle histoire, magnifiquement peinte et bien racontée.
Nous repassons la cassette deux fois pour mieux découvrir les détails. Ensuite, le regard essaie de saisir les détails du contexte historique : Jérusalem, c’est bien sûr Arezzo. Mais Piero a voulu faire oriental, il a rajouté deux minarets. Délicieux anachronisme ! Les scènes de batailles sont les plus colorées. Les pattes des chevaux donnent l’idée du mouvement dans la mêlée, elles sont très bien représentées. J’avais déjà remarqué ces pattes de chevaux à Sienne en regardant le pavement. Lances, oriflammes pointent vers le ciel. Les blessures des soldats saignent d’un beau sang rouge. Le thème religieux s’efface devant l’évocation guerrière. L’audio-guide se contente de raconter la légende. Nos livres en faisaient de même.Je regrette l’absence de visite guidée qui aurait pu donner des notions de technique et d’histoire de l’art. Dans la nef, nous sommes livrées à nous même devant des fresques moins connues. Donc aucune explication. Je remarque une curieuse où un âne est agenouillé.
Maison de Pétrarque
Pour ne pas enchaîner les visites d’église nous remontons la belle via dei Pileati avec ses palais couverts de blasons jusqu’à la Maison de Pétrarque. Celle ci abrite une belle bibliothèque avec des livres anciens dans toutes les langues (aussi en Français et en latin).
Piazza grande et Santa Maria della Pieve
Santa Maria della Pieve est surtout remarquable par ses colonnettes qui décorent la façade, l’abside et le campanile (style Pisan). A l’intérieur, la nef est impressionnante, très vaste, très haute, très dépouillée.
Nous restons une bonne heure sur la Piazza Grande. Les façades sont très variées. Les arcades de la Loggia de Vasari occupent tout un côté. De beaux cafés y sont installés. Le plus grand côté est occupé par des façades médiévales de maisons-tours décorées de blasons. Des balcons de bois soulignent les façades. Les crépis jaunes, ocre, ou gris tranchent avec la pierre. Nous nous installons sur la margelle du puits. Un homme dessine le côté très disparate avec le chevet de Santa Maria della Pieve et son campanile, un Palais XVIIème /XVIIIème occupé par le tribunal et un bâtiment très curieux, très ouvragé la Loggia dei Laici gothique en bas surmonté de frises Renaissance et d’une curieuse horloge. Le dessinateur est d’une dextérité étonnante. Il installe ses lignes de fuite, jongle avec la perspective puis complète les bâtiments et rajoute les détails à la fin. J’avais l’intention, moi aussi de dessiner mais je me sens complètement gourde à côté de lui !
C’est l’heure de l’apéro ou plutôt du caffe freddo. Nous remontons vers les beaux cafés sous les arcades de Vasari. Toutes les tables sont occupées. Encore une fois, pas de café ! La terrasse à côté est vide, on peut s’asseoir à son aise. Je commence le dessin laborieux des maisons médiévales plus faciles.
Les montagnes par delà le Val di Chiana
Depuis notre arrivée à la Foresteria, Dominique, de la piscine, regarde avec envie la montagne qui borde le ValdiChiana vers l’est allant d’Arezzo à Castiglion Fiorentino. En fin d’après midi, nous montons par une petite route qui traverse un village puis des oliviers et parvient à une très belle forêt. La route grimpe puis redescend sur l’autre versant vers Arezzo. Comme hier, Dominique me lâche en haut. Je descends sur la route dans la belle lumière du couchant. La vue est très étendue. Nous dominons la plaine cultivée : jaune des tournesols, vert vif du maïs et du tabac, or des chaumes, vert foncer des vergers qu’on arrose à grands jets tournants. Au bas des pentes : des oliviers en terrasses. je prends plein de photos et dessine mon »résumé » de la Toscane : oliviers, clochers et fermes massives précédées de leurs haies de cyprès.
Mercredi 28 Juillet : Cortona
Une ville en pente
Cortona est la ville la plus pentue que nous ayons jamais visitée ! On y entre par une arche dans la muraille étrusque (gros blocs arrondis par le temps), on remonte la via Ghelfa pavée de grosses dalles grises entre les maisons grises en pietra serena, endormie à notre arrivée.
Halte à mi-pente au couvent Saint Augustin : le cloître st planté d’un palmier et du plus joli althéa à fleurs blanches qui, au lieu de faire une boule, est taillé en berceau et a grandi comme un véritable arbre? Les arcades du cloître sont peintes en jaune pâle comme dans tous les cloîtres que nous avons visités. Je regarde avec plus de curiosité que d’admiration les fresques narrant les épisodes de la vie du saint. C’est facile à comprendre, en dessous les miracles sont expliqués en Italien (plus facile que le latin) Ces peintures n’ont aucun intérêt esthétique. Nous avons vu tant de belles fresques que nous devenons difficiles !
Piazza della Reppublica
Deuxième étape dans notre ascension : un banc de la Piazza della Reppublica, place où trône sur un large escalier le Palazzo del Capitano del Poppolo(hôtel de ville) surmonté d’une tour et d’une grande horloge. Des échoppes minuscules sont logées sous l’escalier. Frances Mayes décrit dans son livre l’horloger installé depuis le temps des clepsydres. Malheureusement il a laissé son atelier à une galerie de tableaux – personne ne fait plus réparer de montre !
Comme le raconte le livre de Frances Mayes, nous trouvons sous les arcades la marchande de frutta e verdura et dans la loggia surélevée, la terrasse du restaurant. Dominique a sorti le livre et m’en fait la lecture à voix haute. C’est amusant de visiter les lieux décrits si minutieusement par l’Américaine.
Nous venons tout juste d’arriver, et Cortona nous semble familière. Un petit bémol : la place est beaucoup plus touristique qu’on ne l’imaginait.
san Christoforo
Après cette lecture, nous adoptons notre tactique habituelle : grimper le plus haut possible et faire la visite à la descente. Donc on monte, on monte même très raide. Dominique me demande si cela monte autant à SuperDévoluy quand je fais mes randonnées avec le guide ! L’église préférée de Frances Mayes est San Christoforo, selon elle, a porte serait toujours ouverte. Cap sur San Christoforo qui se trouve dans les hauteurs ! Nous passons rapidement devant San Francesco mais Dominique n’aime pas s’interrompre à mi-pente, cette église est vaste et sombre. On a descendu les tableaux pour restauration. Un moine en robe de bure lit en marchant.
Vers le haut de la ville, les constructions sont moins denses avec de beaux jardins. Nous découvrons une vue dégagée sur le Lac Trasimène (on l’attendait, il est dans le livre). De grands bâtiments austères en pierre avec de hauts murs bordent la rue : ce sont des couvents de Santa Chiara delle Povere, della Trinita etc.….On restaure San Niccolo qui a un joli porche abrité par une colonnade- pas de visite San Christoforo est vraiment une toute petite église avec un campanile tout simple « à peigne » située à la fourche de deux routes. On ne peut pas vraiment l’appeler une place, mais il y a un banc .Dominique nous lit le livre qui décrit l’Ange de l’Annonciation qu’on aperçoit dans une petite chapelle extérieure fermée par une grille. Depuis que Frances a écrit le livre, on a fermé l’église.
Nous poursuivons jusqu’à la Porta Montanina. De là nous avons une très belle vue sur un vallon la coupole de S. Maria Nuova et de belles maisons avec piscine (sans doute agriturismo) ? Nous négligeons Santa Margharita et ratons une belle promenade verte et ombragée (un chemin de croix !) Nous avons déjà assez monté comme cela.
Pour descendre nous choisissons les plus petites ruelles .Un petit chien bâtard fait mine de nous barrer la route un chat dort tranquillement. Deux femmes en tablier descendent en bavardant …Chaque viccolo apporte une surprise : une volée de marches, une rampe glissante, sue échappée sur la vallée ou le lac …Nous somme vite rendues à la Piazza della Reppubblica qui est maintenant plus animée.
La via Nazionale est la rue commerçante. J’y trouve facilement le Monde. De jolies boutiques proposent de bien jolies choses. On entre dans un magasin de papier d’art : carnet, agendas, écritoires …recouverts de papier ancien. Une très belle librairie vend du matériel de peinture tubes, pastilles d’aquarelle, papier. J’achète un bloc. Le format du carnet moleskine est parfait pour les croquis rapides mais pour peindre je n’ai plus de papier grand format. Dominique m’incite à « mettre des couleurs »dans mes dessins. Sans couleur, elle ne les regarde même pas.
La Cathédrale est un peu décevante : extérieur roman très sobre, intérieur Renaissance avec les colonnes et arcades gris foncé que nous avons vues maintes fois depuis Florence.
Le Musée diocésain
En face le « petit musée « diocésain. Je suis toujours méfiante avec les Musées d’Art sacré qui exhibent chasubles, chandeliers, encensoirs et croix qui m’ennuient. Encore une fois Frances Mayes me fait envie : elle décrit une Annonciation de Fra Angelico avec un ange aux cheveux oranges. Nous décidons de faire une visite à l’Ange. J’irai seule, je prends alors un audio-guide.
L’Ange est bien là ; sa présence illumine toute la salle. C’est une peinture très connue. Elle m’est familière. J’aimerais rester longuement à la contempler. La Vierge, sous une sorte de pavillon à colonnettes est aussi très douce. Un parterre fleuri à fond vert soutenu fait ressortir les personnages clairs. En dessous une bande dessinée – la prédelle- représente des scènes miniatures qui me plaisent énormément. Une femme, entrée en même temps que moi, s’est assise et écrit dans un carnet. Comme j’ai pris l’audio-guide, je fais une visite complète qui me permet de découvrir un peintre que je connaissais pas : Lorenzetti (14ème siècle école siennoise) qui peint des visages grisâtre très doux presque douloureux. Je retrouve Signorelli (et son atelier). Pour Signorelli, je suis partagée. Certains de ses tableaux me plaisent, d’autres pas. Je ne sais pas très bien pourquoi. Ce n’est pas nouveau, déjà à l’Abbazia de Monte Olivetti Maggiore, les fresques m’avaient paru insignifiantes. Certains tableaux paraissent réussis : la Déposition du Christ mort est saisissante. Les autres tableaux semblent bâclés. Avant de quitter le musée, je retourne prendre congé de l’Annonciation. La femme aux cheveux gris écrit toujours dans son carnet.
Il est midi, je n’ai pas envie d’une autre visite de musée. Dominique a pris les renseignements pour les visites des tombes étrusques. Nous terminons la visite par un tour en voiture en haut de la ville.
Nous arrivons sur l’esplanade de Santa Margharita que nous avions négligée. Si la promenade du chemin de croix devait être une promenade agréable, la découverte de cette église est une déception. C’est une basilique du XIXème siècle de proportions imposantes disproportionnée à l’échelle de Cortona, néogothique, hideuse.
Nous continuons vers la forteresse Médicis perchée au dessus de la ville. Forteresse de pierre, contrairement à celles de briques de sienne de Volterra ou d’Arezzo). Elle abrite une expo d’art Contemporain (contemporaine vacuité et prétentieuse nullité). Nous montons sur le chemin de ronde pour la vue sur le Lac Trasimène, la ValdiChiana et les montagnes bleuté qui ressemblent à des volcans.
Bramasole
Dernier temps fort de la journée : Bramasole, la maison du livre ! Elle est située à la sortie de Cortona sur une petite route au dessus d’un vallon sauvage dans les oliviers et les cyprès. Ici, tout le monde la connaît. Deux jeunes gens qui se restaurent de salami à la terrasse d’un café nous pilotent : « c’est après la courbe vous verrez un grand portail et un grand jardin »Bramasole est facile à identifier avec sa madone en terracotta (genre della Robia et son magnifique jardin. Nous sommes surprises. Dominique ne l’imaginait pas si proche de la ville. Moi, je ne la voyais pas si rouge et si grande. Le jardin en terrasse est soigné et fleuri. Dominique la mitraille de photos. Il faudra relire le livre maintenant !
Le Monde à la piscine
Nous avons eu une matinée bien remplie. Il est temps de rentrer au gîte et de profiter de la piscine. Mais aujourd’hui, la piscine est décevante : trop d’enfants bruyants, trop de monde, impossible de nager en paix. Dominique part faire les courses tandis que je lis le Monde.
Promenade à la fraîche dans les vergers
A la tombée du jour, je vois des joggers sur notre route blanche. Chaque soir, nous y faisons quelques pas jusqu’à la maison suivante distante de quelques centaines de mètres et n’osons pas aller plus loin. Dans le noir nous n’avons pas pu voir que la route contourne la maison. Nous avons fait une autre tentative de l’autre côté et avions abouti à l’usine de conditionnement des fruits. De hautes piles de boites énormes faisaient de véritables remparts d’une dizaine de mètres de haut. On se serait dit dans un port de containers. Des chiens avaient aboyé et c’en était fini de la promenade sous les étoiles.
Après les joggers, passent des cyclistes. Il y a certainement une promenade à tenter.
Il est environ huit heures quand nous dépassons la belle maison qui ressemble à la nôtre comme une sœur – même plan carré, même pigeonnier rond. A l’avant, sous un vélum une longue table et une longue banquette. A l’arrière, une autre table mais plus sophistiquée, couverte d’une nappe. Combien de convives peuvent dîner ici ?
Nous traversons des vergers à perte de vue, pêchers portant des pêches dures mais déjà rougissantes, poiriers et pommiers taillés en espalier. Certains poiriers ont des troncs très épais. Ils sont parfaitement alignés. Entre chaque rangée, l’herbe est tondue très ras. La plupart sont arrosés en goutte à goutte mais pas tous. Près de chez nous des arroseuses montées sur de hauts supports projettent leurs jets circulaires à trois mètres au dessus du sol. Hier, de la montagne on distinguait ces arrosages .On ne manque pas d’eau ici malgré la relative sécheresse de l’été (il a plu quelques gouttes lundi mais à peine de quoi mouiller le sol) et la chaleur .Le sol est détrempé par les arrosages. Des petits canaux délimitent les parcelles. Il y pousse des massettes, de la menthe des prêles et des iris – plantes d’eau qui, en ce moment, prospèrent .Des pompes ronflent régulièrement. De temps en temps un coup de bélier dans les canalisation nous fait sursauter comme la détonation d’un pétard .le premier soir nous avons cru qu’on tirait un feu d’artifice !
Nous avons marché une bonne demie heure sur le chemin poudreux dans les vergers. Quelques gros arbres le bordent, des grands chênes de temps en temps, un ou deux tilleuls mais surtout des mûrier têtards aux gros troncs creux et noirs hérissés de courts rameaux. Elevait on des vers à soie ? Le soleil est descendu derrière les collines en direction de Sienne. Avec les bancs de nuages, le ciel est magnifique, roses et oranges en écharpes aux rebords éclatants, éventail de rayons. Dominique fait la photo. Les couchers de soleil sont une de ses spécialités.
Quand nous rentrons il fait presque nuit il est déjà neuf heures. Juillet se termine. Les jours raccourcissent. Nous dînons dehors. Je raconte ma journée sur le cahier jusqu’à 10h30. Dominique vient me chercher et m’interrompt dans mes travaux d’écriture. Elle vient de relire le premier chapitre du livre et voudrait que j’en fasse autant. Nous imaginons les décors et comparons nos impressions
Jeudi 19 Juillet
Arrosage d'été
6h30, tables et banc sont trempés comme chaque matin. Rosée ou arrosage ? Arrosage d’après les flaques. Chaque matin c’est ainsi. Je pense à nos économies d’eau au kibboutz. Même avec la cha leur d’Israël, on pouvait espacer les arrosages de près de trois semaines sans que la pelouse ne souffre trop. Ici, ils l’arrosent chaque nuit.
Je m’installe donc au soleil. A l’ombre il fait trop frais.
Je n‘ai pas raconté dans ce cahier ces heures du matin au lever du soleil quand je suis seule éveillée. C’est un moment de plaisir intense. Les oiseaux sont actifs. A Certosa un couple d’hirondelles faisait tout un ballet aérien avant de se poser sur la poutre de l’auvent et de s’appeler l’un l’autre. Ici, deux matins de suite, un pic est venu, beige et marron avec ses plumes rayées de blanc, sa huppe et son long bec recourbé. Il fore à coups répétés l’herbe sur le pourtour d’un massif de rosiers et en extrait de gros vers qu’il engloutit avec peine. Ce matin, les pics sont très bruyants. J’ai dessiné à deux reprises la belle maison et une troisième l’ensemble des maisons vus de la piscine.
Tombes étrusques de Cortone
Amanda a pris rendez vous par téléphone avec la guide des tombes étrusques. Nous devons nous rencontrer au parcheggio du torrente Loreto ; Nous trouvons le ruisseau (qui peut être une traduction approximative de torrente, il est pratiquement à sec mais pas le parking ! Une dame bien aimable qui arrosait ses fleurs nous renseigne et me fait traverser la grande route très passante (Arezzo-Pérugia) pour me montrer le parking.
Visite privée : nous sommes seules. Notre guide est une archéologue américaine, sur son badge : « dottore ». Visite en anglais donc. Les visites en Italien m’amusent mais je suis incapable de poser des questions précises. Comme la visite est un dialogue (Dominique suit vaguement, je traduis de temps en temps), l’anglais me convient parfaitement.
Le premier tumulus est encore plus imposant que celui de la tombe des chars de Populonia. Des chênes centenaires s’y sont installés et masquent le dôme de terre. On ne voit pas non plus le tambour de pierre. Les archéologues ont dû creuser sous le niveau du sol. Ce tumulus comporte plusieurs chambres. Il a été utilisé pendant longtemps. Ensuite, durant six siècles les habitants de Cortona ont pris l’habitude de se faire enterrer ici qu’ils aient été Etrusques ou Romains ou autres. La structure circulaire a été dégagée pendant les différentes fouilles ainsi, récemment qu’une sorte de plate-forme (un autel ?) précédé d’un escalier monumental. De grosses palmettes sculptées dans le grès servent de rampe. Des sculptures ornent la base de l’escalier : l’une d’entre elles est bien reconnaissable : un guerrier luttant avec un fauve. Cette tombe est contemporaine de celles de Populonia (VI ou VIIème siècle). Ces tumulus étaient construits à proximité d’un grand axe de circulation devenu la Via Cassia. Ils étaient visibles de la route et marquaient ainsi le prestige du dignitaire et de sa famille. Comme à Populonia, inhumation et crémation ont coexisté. Des fouilles récentes ont mis à jour des objets très nombreux sauvés des pilleurs de tombes grâce ou à cause des inondations du petit torrente. Des bijoux en or sont tombés dans la boue et ont été préservés.
La seconde tombe a été reconstituée au cours de fouilles anciennes (1909). On peut pénétrer dans la chambre. Le plus remarquable est le matériau employé : une belle pierre rose (calcarénite) provenant de Pienza et du travertin venant au moins de 35km plus loin L’utilisation d’un matériau de construction importé de loin (même de très loin, compte tenu de la taille imposante des blocs) est aussi un indice de la richesse du propriétaire de la tombe. Autre intérêt : la fausse voûte. A cette époque, les Etrusques ne savaient pas construire de vraies voûtes. Ils empilaient les blocs en gradins, ce qui aurait dû donner un escalier. Pour faire plus joli, on a scié le bloc en diagonale pour donner u n plafond lisse en faisant disparaître les marches. Pas de ciment, les blocs taillés très soigneusement s’emboîtent très proprement les uns dans les autres. Enfin, des inscriptions ont été retrouvées. L’écriture étrusque utilise des caractères grecs et phéniciens écrits de droite à gauche. On connaît ainsi le nom du dignitaire inhumé ici. Il ne s’agit pas d’un Etrusque mais d’un Ombrien, sa femme étrusque était d’une famille bien connue à Cortona .Malgré la précision de la lecture, ces inscriptions funéraires sont de peu d’utilité pour le déchiffrement de la langue étrusque : sur chaque tombe toujours la même chose « ci gît … »
A partir du cinquième siècle la pression des Romains sur les villes étrusque se fait menaçante. Les cités étrusques, au lieu de s’unir contre l’ennemi romain, ont continué à guerroyer entre elles. Elles n’avaient aucune chance contre Rome. Cortona a préféré payer un tribut à Rome. La richesse des dignitaires s’est trouvée amoindrie ; la taille des monuments funéraires a donc diminué. Plus de tumulus imposant, seulement des niches pour des urnes contenant des cendres.
La troisième tombe s’appelle improprement « tanella de Pitagore » (confusion avec la ville de Crotone où est mort le philosophe). C’est un monument plus récent, un édicule rond fait de blocs énormes soigneusement taillés. Les sédiments ayant dévalé de la colline ont protégé la moitié située vers l’amont. La moitié aval a été utilisée comme carrière pour la construction des maisons de Cortona.
Musée de Cortona
La visite du Musée est décevante. J’espérais trouver les objets provenant des tombes. Un lampadaire de bronze ciselé orné de têtes et de motifs végétaux est à l’honneur dans une sorte d’édifice à colonnes de marbres ? Mais statuettes de bronze et céramiques sont présentées dans des vitrines démodées et vieillottes sans aucune explication. Les collections du Musée sont très hétéroclites : tableaux de Signorelli de second ordre (bâclés), des épées, une collection égyptienne, belle mais déplacée, des monnaies… Enfin une salle de paléontologie avec les ossements de trois mammouths retrouvés dans la région. Déçue par les étrusques, je suis ravie par les mammouths !
Ermitage de Le Celle
A la sortie de Cortona, au creux d’un vallon ; nous allons voir l’ermitage de Le Celle, ermitage franciscain où Saint François d’Assise a vécu.
L’endroit est très paisible (de nombreux écriteaux invitent au silence). Les cellules des moines sont installées dans de beaux bâtiments au flanc de la falaise. Rien de monumental, les maisons en pierre sèche s’encastrent les unes dans les autres reliées entre elles par des marches. Sur les terrasse : des jardins et des vignes. Dominique remarque sur la rampe des taches de bougies, on imagine une procession de moines avançant à la bougie .Pourtant il y a un lampadaire électrique. Dans le creux du vallon, le torrent a creusé la roche. Quand il y a de l’eau, elle doit faire une cascade. En Juillet nous voyons seulement la roche polie par l’eau.
Sur le chemin du retour nous essayons d’atteindre le château fort du XIème siècle situé » entre Castiglion Fiorentino et Cortona. Inaccessible !
Nous passons l’après midi en compagnie des australiens avec qui nous avons sympathisé. A six heures nous poursuivons la promenade dans les vergers découverte hier. Une heure sur la strada bianca entre poiriers, pommiers, cerisiers mais aussi dans les champs de tomates. Je regarde avec curiosité les systèmes d’irrigation.
Visite touristique de Monte San Savino
Pour notre dernier jour, nous avions projeté d’aller à Chiusi, trop loin ! Nous retournons à Monte San Savino « notre ville », là où Dominique fait les courses à la Coop et où l’office de tourisme nous a trouvé le gîte. J’aime bien ces révisions qui permettent de s’approprier les lieux, de s’y sentir chez soi.
Nous parcourons l’unique rue commerçante qui va d’une porte à l’autre avec ses deux petites places et ses Palais. Le plus grand d’entre eux : l’Hôtel de ville, avec sa façade à bossage comme au Palais Pitti. Cette décoration à bossage paraît un peu monstrueuse ici. En face la loggia avec ses pilastres et chapiteaux corinthiens est tout en finesse.
Nous visitons les églises. Dans la première, nous poussons la porte, découvrons un intérieur baroque et ressortons illico. A San Agustino, un homme s’adresse à moi. Comme je suis juste à côté du bénitier j’ai peur qu’il n’en exige l’usage. Comme c’est bête ! Il commente les fresques fort belles et une Assomption de Signorelli (encore ! il a dû en peindre toute une série !). Il nous raconte l’histoire de l’église et nous fait découvrir un petit cloître tranquille.
Au Musée nous retrouvons l’homme excité, la « mouche du coche », de l’Office de tourisme. Il est toujours aussi affairé et nous dit dans son affreux langage mélangé anglo-franco-italien qu’on peut « visiter la structure senza ticket ». La « structure » est un château médiéval. On accède au donjon par un bel escalier et nous découvrons les salles d’exposition d’un peintre toscan s’inspirant des surréalistes et de Dali. Rien de sensationnel. Ce qui est plus original c’est que le château est investi par des musiciens : au rez de chaussée, leçon ou examen de piano, dans les étages des violoncellistes s’exercent. Les musiciens ont investi toute la place. Dans l’église la plus proche, leçon de violoncelle. Nous admirons les retables de Della Robia avec une bordure très colorée de fleurs et de fruits au jaune dominant entourant des personnages blancs et bleus. Plus loin, au Conservatoire, encore des musiciens.
Lucignano (bis)
Nous retrouvons toujours avec plaisir Lucignano, notre « plus joli village » et tournons dans la campagne à la recherche de Civitella, place forte dominant l’entrée de la ValdiChiana et de la vallée de l’Arno vers Florence. Toujours un château fort, des murailles. Le long de la rue principale, des arcades donnent de l’ombre. Les maisons sont décorées de blasons. Nous arrivons après midi, la chaleur écrase la petite ville qui semble endormie.
Encore une après midi de farniente à la piscine, une promenade dans les vergers ….
Nous ne quittons pas Foresteria sans avoir visité la grande maison occupée par les Australien.
Pour la dernière soirée nous nous réunissons autour de la piscine, les australiens, Amanda et nous. Il fait très bon. Mais c’est déjà la fin du voyage