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Vivre à Kaboul...

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Kaboul : une virée au bazar de Timor Shah.

Publié le : 02 Novembre 2006
Kaboul : une virée au bazar de Timor Shah.

Nous sommes vendredi matin, le ciel est d’un grand bleu pour un jour d'octobre et la température est des plus agréables. Un temps formidable pour faire un tour dans le bazar car cette lumière d'automne me permettra de faire d’excellentes photos. Nous n’avons pas d’achats spécifiques à faire et nous nous laisserons donc guider par le hasard et notre intuition. Nous quittons la maison en début de matinée et, comme nous habitons aux abords du parc de Shar-e-Now, il n’est pas difficile de rejoindre la Kaboul, de la traverser près du lycée Aicha Durani et de s’enfoncer dans les petites ruelles.
Le bazar a beaucoup changé depuis quelques temps car les travaux et les nouvelles constructions du centre-ville ont signifié destructions, déplacements mais aussi rénovations. Le souk aux tissus qui occupait une bonne part du bazar a été rejeté en périphérie de Kaboul, au grand dam des femmes de Kaboul qui doivent maintenant emprunter un taxi pour se procurer les tissus. Le prêt-à-porter est encore peu développé et les femmes réalisent ainsi leur garde-robe à la maison ou chez les tailleurs qui jouxtaient le souk aux tissus. Autre innovation : le mausolée de Timor Shah, qui était entouré par des ruelles sombres, peu visible depuis la rue principale, à maintenant été complètement dégagé et il s’ouvre sur une vaste esplanade carrelée, entourée par des murs de briques qui rappellent l’architecture timouride. La coupole du mausolée vient de recevoir un nouveau toit (de zinc) et les murs ont été réparés et nettoyés. A quand la visite de ce lieu ?
Nous nous enfonçons sur le côté ouest du bazar avec ses grands entrepôts de légumes secs, ses porteurs hazâras et leurs karachis qui attendent patiemment pour décharger les camions venus du Pakistan avec leurs plastiques made in China.
Plus nous nous enfonçons et plus les bruits s'estompent, plus les visages s'ouvrent et s'éclairent dans cette pénombre automnale. Si le souk des ferblantiers, des vendeurs de plastiques en tout genre, d'articles ménagers, de jouets est bruyant et animé, parcouru par les nombreux chalands et les burqas des femmes pressées qui tiennent leurs enfants par la main, le bazar des légumes secs est plus reculé et ainsi, plus calme et plus serein. Nous nous faufilons parmi les étals de légumes, de fruits secs et les vendeurs qui tiennent de petites boutiques de quelques mètres carrés. Au fond de certaines échoppes, on aperçoit dans l'obscurité le bois et le four où sont séchés les produits frais qui arrivent des campagnes environnantes. Au premier plan, le ou les fils du propriétaire sont affectés à la vente de tous ces légumes et fruits secs : des mûres, des abricots, des pistaches, des noisettes, des raisins de plusieurs sortes pour les riz palao et les desserts, du blé, du maïs, des pois chiches, des haricots verts ou rouges, des lentilles et du "dal' avec sa couleur orange si caractéristique…
Les gens acceptent très courtoisement la présence de deux étrangers. Nous essayons d'être discrets mais nous sommes rapidement repérés et jeunes et vieux nous hèlent volontiers pour être photographiés.  D'autres nous proposent de nous arrêter un instant pour boire un thé ou goûter à leurs fruits secs. Nous approchons des marchands de "krout" car une odeur entêtante de lait caillé affole nos narines. Ce "krout" est un fromage séché, dur et compact que l'on râpe sur les raviolis afghans.
Nous sortons de cet endroit baigné par une douce lumière et éclairé par le regard bienveillant de ces vieux Afghans à la longue barbe fleurie pour plonger dans une rue bruyante où nous retrouvons les vendeurs à la sauvette, les enfants qui nous proposent de grands sacs plastiques pour quelques afghanis et les mendiants au milieu d'un brouhaha et d'une presse indescriptibles.
Mais nous savons maintenant qu'il existe un havre de paix et de douceur dans cette ville tonitruante.


Première rencontre avec Kaboul

Publié le : 13 Mars 2006

Septembre 2004

1. Un passage obligé par Bakou
Dès avril 2002, après la chute des talibans, la France a repris sa coopération avec l’Afghanistan dans les domaines de la santé, de l'agriculture, de l'éducation et de la sécurité intérieure. La rentrée de septembre 2004 fut donc pour nous une nouvelle occasion de quitter notre maison et nos habitudes pour nous rendre dans un pays que nous ne connaissions pas…
Partis de Roissy avec Azerbaïdjan Airlines, je suis collé contre le hublot pour faire des photos des paysages que nous survolons mais je suis très frustré car l'avion ne dispose pas de l'écran d’informations sur les pays que nous survolons. Arrivés à Bakou vers 17 heures. Nous rejoignons un ancien hôtel de type soviétique et on nous loge au onzième étage où nous occupons une grande chambre. Il faut d'abord commencer par faire le lit car draps et couvertures sont négligemment posés sur le matelas. Quand nous allumons le superbe lustre qui a dû faire les beaux jours de Venise, il manque deux ampoules sur quatre. Je pars à la rencontre de la personne responsable de l’étage qui me donne en effet deux ampoules mais qui me demande de les changer moi-même. Me voici donc en équilibre sur une petite table que nous avons posée en équilibre sur les deux lits et que mon épouse tient fermement afin de procéder au remplacement des deux ampoules. Fort heureusement, le reste de la nuit sera calme !

2. L’arrivée sur Kaboul
Dès notre réveil, je me précipite sur les différents balcons qui font le tour de l’hôtel afin de faire des photos de cette ville saisie par une frénésie de destruction de ses quartiers anciens pour y planter de hauts immeubles de verre. Bakou est une capitale surprenante qui a les pieds dans la Caspienne et qui est bordée par une multitude de forages qui remonte leur cargaison quotidienne d’or noir. Une odeur persistante de pétrole règne dans l'atmosphère et l'on devine qu'une forte secousse tellurique pourrait recouvrir les rues de la ville d’une épaisse nappe noire. De grandes flaques visqueuses entourent les puits qui bordent le rivage. Nous n'avons pas le temps de nous promener en bord de mer pour apprécier toute l'étendue de ce champ pétrolifère.
Discret, efficace et ponctuel, notre chauffeur de la veille se présente à l'heure dite pour nous emmener à l’aéroport. Après plusieurs fouilles minutieuses, nous prenons place dans un splendide Tupolev 154 qui a dû faire les beaux jours de l’Aeroflot mais qui paraît maintenant très défraîchi avec ses sièges avachis et, pour certains, disloqués. Un voyage de deux heures vingt nous fait survoler les immenses plaines grises et désertiques de l'Asie Centrale puis les hauts sommets de l'Hindou Kouch qui ne sont pas encore enneigés. Et c’est l’arrivée sur Kaboul qui vous surprend par l'étendue de ses quartiers périphériques. Nous sommes pris en charge par des collègues qui sont arrivés dès avril 2002.

3. Premier tour de la ville
Après le déjeuner, il est décidé que nous allons faire un petit tour de la ville que nous sommes impatients de découvrir car elle est nôtre pour deux ans au moins. Nous reprenons la rue de l’aéroport et nous repassons devant le monument de Massoud qui vient juste d’être terminé pour marquer le premier anniversaire de sa mort. La ville nous laisse un sentiment d'inachevé et de désolation. Nous connaissons Beyrouth où nous avons vécu au cours des quatre années qui ont suivi la fin de la guerre mais nous ressentons une impression très différente, car la capitale libanaise était vraiment marquée dans sa chair par les traces de combats acharnés. Ici, on rencontre d’abord de pauvres gens dans une ville basse de terre crue qui semble parcourue par des ombres bleues et des hommes à la longue barbe. Ici, rien n’est fini et la ville est encore prise dans un grand sommeil qui empêche tout développement. Un immobilisme qui ne sera plus de mise, un an après notre arrivée. Une odeur acre de poussière vous prend à la gorge et vous n'arrivez pas à arrêter votre regard sur une scène ou sur des gens bien précis. Je me sens à la porte d'une grande ville qui ne m'aurait pas encore permis d'entrer et de m'installer. Les soirées sont balayées par un fort vent qui soulève une poussière très fine qui irrite fortement la gorge de mon épouse. Elle est, chaque soir, prise de quintes de toux sèche mais elle finira par s’y habituer. Il y a trois jours encore, je me faisais une toute autre idée de cette ville qui s'étale sur un plateau à 1850 mètres d'altitude et qui est cernée de tous côtés par de hauts contreforts qui retiennent la pollution. Les industries sont certes absentes du paysage mais les voitures d'un autre siècle abandonnent une belle fumée noire qui envahit ciel et poumons. L’avenir nous montrera qu'on peut aussi s'habituer à la pollution…


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