Temps gris, temps de Toussaint, nous décidons de faire des visites.
Nous n’avions même pas pensé qu’à la Toussaint les gens vont à l’abbaye pour aller à la messe. Le parking est plein. Les familles endimanchées se pressent vers l’église. En Bretagne, c’est un peu comme en Espagne ou au Portugal, on ne doit pas oublier la composante catholique. On traverse le cimetière fleuri de cyclamens, chrysanthèmes et bruyères, passe sous le porche des apôtres sculpté. Je choisis une crèche avec l’âne et le bœuf au dessus de l’arche, comme sujet de photos. De l’autre côté de l’enclos, une chapelle avec un clocher à claire-voie, on vit les petites cloches qui ont un son aigrelet.
L’Exposition Primitifs se trouve dans un bâtiment moderne en contrebas. C’est vraiment une exposition majeure. Le parti pris est de ne pas fractionner géographiquement les collections mais de regrouper les figures autour des grands thèmes de la vie. Nous entrons donc dans la salle « L’humanité, une histoire de couple », fécondité – symbole de vie. Nous découvrons avec plaisir les masques africains en compagnie de masques océaniens. Je m’attache plutôt aux statues Nago, Yorouba et Ewé et Fon que je photographie pour le club Bénin. Dans une vitrine on présente des statues des jumeaux ; ce serait bien si les élèves pouvaient faire une recherche avec le livre acheté à Ouidah qui raconte les traditions des Jumeaux et s’ils l’illustraient avec ces photos ! Les masques congolais, burkinabés ou maliens sont aussi très spectaculaires. Il faut revenir plusieurs fois à chaque masque pour découvrir des détails de la vie quotidienne, l’enfant sur le dos de sa mère sur un fétiche fon, le bureau sur un cimier Guédelé. Sur les murs sont projetés en noir et blanc des films ethnographiques : un curieux mariage au Kurdistan : ce sont les ethnologues européens qui se marient. Les femmes kurdes parent la mariée, les hommes du village procéderont au rapt traditionnel à cheval. C’est un beau documentaire qui semble quand même un peu déplacé – histoire de couple, oui, mais si loin des masques !
Le thème suivant « Affaire de famille », rites de passage – symbole du pouvoir. Au murs encore des films décalés, l’un d’une procession mortuaire à Ouessant, l’autre de l’Afrique de années 1950. Nous préférons nous consacrer aux statues africaines, souvent en groupe de personnages. Nous reconnaissons les récades des rois d’Abomey. Une curieuse barque emmène six esclaves enchaînés par le cou. Est-ce la barque de Charon ? Ou celle de la Traite négrière ?
Les autres salles « L’homme en son Milieu » rites agraires – culte de l’eau, « Dieux, génies et démons » _ rituels d’exorcisme – dialogue avec les esprits sont aussi très intéressantes. On reconnaît une statue vietnamienne Joraï dont on avait vu une homologue au musée de Hanoi. Une vitrine présente des poupées chamaniques d’Amérique du Nord habillées avec des plumes et des habits de peau nous a bien plu.
Les « Œuvres de Beauté » font une conclusion et présente des masques provenant de collections de Picasso ainsi que des peintures s’en inspirant.
Nous sommes éblouies par une exposition si dense. Comme d’habitude nous faisons un tour pour revoir les pièces qui nous ont le plus plu.
Dans les jardins
Il nous reste encore beaucoup de choses à voir à Daoulas : les jardins d’abord des plantes médicinales formant des carrés entourés de buis, étiquetées à la pyrogravure , nom mais aussi utilisation médicinale. Un autre jardin toujours agencé avec des carrés de buis présente des plantes par aires géographiques, il ne doit pas geler à Daoulas, cela me fait penser aux jardins de l’Ouest de l’Ecosse ou du sud de Skye.
Le cloître roman est aussi tout à fait charmant quoique trop « rénové » au 19ème siècle. La vasque est tout à fait originale.
Une exposition de sculpture contemporaine « Grotesques Humains » de Jean-Jacques Petton est bien mise en valeur dans le parc de l’abbaye. Curieuse procession de personnages fil de fer qui se relèvent : on dirait la Résurrection avec la sortie du tombeau. Des groupes à têtes de souches ou de bois flotté aux yeux de coquillages. Malheureusement ces sculptures ne sont pas mises en valeur à côté de l’Expo Primitifs. Elles paraissent mineures dénuées de spiritualité et de toute charge symbolique.
Le village de Daoulas
Le village est tout à fait harmonieux et charmant avec une belle rue en pente construite de belles demeures bourgeoises. Des affichettes sur le thème de l’eau commentent la promenade. Deux ruisseaux se jettent dans l’estuaire à Daoulas, l’un d’eux se nomme la Mignonne, c’est charmant. Un Moulin utilise la force motrice de l’eau on y a installé un Musée de la Meunerie – fermé hors saison. A l’arrière un joli plan d’eau.
L’estuaire de l’Aulne
Pour rejoindre Landevennec – encore une abbaye – nous traversons le Faou, jolie petite ville, sans nous arrêter. Le haut pont suspendu au dessus de l’Aulne de Châteaulin offre un beau point de vue. L’estuaire de l’Aulne qui déroule ses méandres dans un site très encaissé avec les couleurs de l’automne, est très pittoresque. Nous descendons à travers la Forêt de Landevennec sur une toute petite route avec une petite incertitude : mène t elle quelque part ? On arrive d’abord à une cale : cul de sac. Puis à un très charmant moulin de la mer sur une digue qui barre presque la rivière. Une jolie chapelle. Et finalement à l’Abbaye de Landevennec.
Surprise : il y a deux abbayes, la vieille et la neuve. On commence par la neuve. Pas de visite. C’est une vraie abbaye avec des moines. La Vieille Abbaye fondée par Saint Guénolé est une très belle ruine. On se gare devant un beau portail de bois dans un mur de pierre – celui de la nouvelle abbaye ? – de beaux palmiers très hauts s’élèvent devant le mur. Une maison basse aux fenêtres bleues est blottie derrière de gros massifs d’hortensias. Jolie image.
Le musée présente le travail des archéologues, la stratigraphie des différents peuplements, les incendies destructeurs, les niveaux d’ardoises des toits On nous raconte le peuplement de la Bretagne, les troupes bretonnes dans les légions romaines, puis la christianisation grâce aux moines irlandais - St Columba. Histoire de Saint Guénolé. Les manuscrits et le travail du scriptorium nous ont le plus intéressées. Les manuscrits sont illustrés de figures très intéressantes. Je croyais retrouver une parenté avec ce que nous avons vu en Ecosse ; mais non, c’est bien différent. D me montre les neumes, notation musicale sous forme de petits signes avant qu’on ne commence à tracer une ligne à partir du 6ème siècle alors que seulement au 11ème siècle on a remplacé les neumes par les notes (Guy d’Arezzo).
Des explications très détaillées rendent très vivante la visite des vieilles pierres. De l’abbaye, il ne reste plus que les fondations. Mais les textes racontent l’attente du visiteur à la porte, les qualités requises pour un bon cellérier, les menus servis au réfectoire ou la recette du pain à la cendre. La nef de l’église est encore bien reconnaissable. Au 19ème siècle le propriétaire a eu l’idée de remonter des piliers pour y installer une végétation exotique qui s’intègre très bien dans les ruines.
vendredi 2 novembre 2007 : Camaret
Après un début de matinée très nuageux le soleil a fait son apparition quand je me suis lancée sur le GR à la plage de Kersiguenou. Il commence dans la dune puis s’élève dans la lande rase. Je retrouve Dominique un peu plus loin à Kerloc’h surplombant une petite plage. Il fait maintenant très beau. Sur le sentier côtier très large et très bien entretenu des jeunes courent. Je chemine maintenant sur de hautes falaises de schiste. Comme elles ne sont pas stables on a interdit les sentiers proches du bord et on ne voit pas le vide. De temps en temps je m’approche et découvre une jolie plage fossile avec des ripple-marks.
Nous pique-niquons au dessus de la plage de Veryac’h. Il fait très bon, pas un souffle de vent, nous sommes très bien. J’ai envie de rester après le déjeuner à lire le Monde mais je repars à 14h pour la Pointe de Pen Hir. Au centre de la pointe, un grand parking, au bout une immense Croix de Lorraine et beaucoup de monde, vraiment beaucoup. Cela nous gâche le plaisir. Pourtant le site est magnifique, découpé dans un grès très clair et brillant qui se clive en doigts verticaux. Trois îlets les Tas de Pois sont alignés à la suite de la Pointe. Au nord ouest se découpe au loin le Rocher du Lion. Mais le site est trop fréquenté, la végétation est piétinée, trop de poussière, trop de monde, pas aimable. Les randonneurs ont l’habitude de se saluer « bonjour ! », cela suffit. Les promeneurs du dimanche s’ignorent. J’arrive à un blockhaus transformé en musée. C’en est trop. Je remonte en voiture.
Les alignements mégalithiques seraient impressionnants si l’urbanisation ne les avait pas gagnés. Une autre attraction : le manoir de Saint-Pol Roux dont il ne reste plus que quatre tours cylindriques. Si le propriétaire n’avait pas été un poète célèbre personne n’aurait remarqué cette ruine de béton !
Nous terminons notre tour de Camaret au port, tout à fait charmant bordé de façades colorées des restaurants et des pubs irlandais.
Malgré le temps gris nous partons pour la Pointe du Van que nous connaissons depuis bien longtemps. A l’époque nous faisions du camping sauvage. Les souvenirs se sont estompés : un chien avait dévoré une plaquette de beurre presque Mais où étions nous exactement ?
L’aménagement de la Pointe est un modèle du genre : parking discret, cheminements piétons délimités qui ont permis à la végétation de reconquérir les zones anciennement piétinées. Il faudrait vraiment faire la même chose à la Pointe de Pen Hir où les circulations anarchiques ont pelé le promontoire et l’ont rendu poussiéreux.
Le temps gris sied bien à ce site sauvage, l’océan est bleu profond ou vert foncé, les vagues blanches se brisent sur le granite. Je rejoins le sentier côtier. la Baie des Trépassés, une petite heure de marche, aux dires de randonneuses qui en viennent.
On passe d’abord près d’une chapelle, jolie sculpture de la Vierge, puis devant une mignonne fontaine patinée de lichens. Le sentier est entouré de fougères roussies. C’est bizarre, sur Crozon ce sont des bruyères et de rares fougères. Sur le cap Sizun c’est l’inverse.
Déception ! dans le souvenir un seul hôtel dans la baie déserte : il y en a deux modernisés et une invasion de surfeurs.
Nous allons manger plus loin sur le GR vers Douarnenez à la pointe de Castelmeur. Comme la dernière fois je pars à l’aventure vers la Pointe suivante sans savoir s'il y aura un parking pour me récupérer. Sans carte c’est un peu osé ! Heureusement on a le téléphone. Un groupe de randonneurs déjeune à proximité, je me prépare à leur demander la route. Ce sont les mêmes que ce matin. Ils ont du me prendre pour une folle à me promener toute seule sans carte dans tous les azimuts. tout se simplifie : il y a seulement une petite anse entre le pointe de Brézellec et Castelmeur. La petite crique est accessible en voiture. Je serai à Brézellec dans moins d’une heure. Je téléphone ces bonnes nouvelles et arrive avant la voiture dans l’anse. J’aurais bien pris un café dans la petite buvette blanche aux volets bleus. Le ciel s’éclaircit quand nous nous retrouvons à Brézellec hérissé antennes de l’armée sans doute.
La Réserve ornithologique du Cap Sizun est fermée jusqu’au 31 mars. La plateforme d’observation est inaccessible. Nous sommes un peu déçues. Sous un grand champ d’éoliennes il y a aussi ne Maison du Vent – également fermée hors saison – dommage ! J’aurais bien aimé en savoir plus. Non loin de là se trouve le village de Plogoff, souvenirs des années 70, associés au Larzac.
Par cette matinée radieuse nous décidons de retourner à la Pointe de Dinan cachée sous le brouillard mercredi dernier. Je commence la promenade à la plage de Kerloc’h. Sur la plage de Kersiguénou le sable est doré et luit sous le soleil, seules 5 silhouettes s’agitent à contre-jour. La mer est haute. La promenade est tout à fait différente de la première fois sous le brouillard les rochers découverts. Finalement, sous la brume, c’était plus romantique. Nous déjeunons sur le même rocher et retrouvons les carapaces que notre invitée la mouette a dédaignées. Malheureusement les nuages accourent. Je me réjouissais de lire le Monde au soleil, nous décampons.
En route nous faisons un détour par le Menez Hom, le sommet culminant à 333m. C’est une vraie montagne qui domine le paysage. Colline pelée, brune couverte de lan de roussie. Des panneaux racontent que c’et là que se trouve le tombeau du roi March, le mari d’Iseut. Il faudrait relire Tristan et Iseult.
De retour au gîte tôt, j’en profite pour corriger mes copies.
A 8h25, la silhouette de la fenêtre et la dentelle des rideaux se projettent en orange sur le mur blanc. Nous nous dépêchons de sortir !
Premier essai : je pars de Lestrevet à l’extrémité sud de la Lieue de Grève. Un panneau prévient que le Sentier côtier est très dangereux. En effet, il n’est pas balisé et s’approche du bord de la falaise instable. Je préfère passer par la plage. Dominique n’est pas au rendez vous ; cette plage n’est pas Ty March !
Nous changeons de cap : vers le nord ! A Pentrez, le GR emprunte une rue bien en pente est bordée de belles maisons. On ne voit pas la mer. Nous ne sommes pas dans le Parc Régional d’Armorique. Le sentier côtier n’est pas aussi soigné. Au Moulin de Camaros, sur la commune d’Argol, on entre dans le Parc, les panneaux de signalisation sont bien visibles. Le sentier relie les petites criques très encaissées dans les schistes gris foncés au pendage presque vertical, et très feuilletés. L’eau est transparente, verte. Ces plages sont charmantes.
La promenade est tranquille, dans une campagne cultivée – on récolte le maïs -je ne rencontre personne. C’est une des plus agréables balades des vacances. Porslous, Rosmadec, autant d’étapes pour se retrouver.
Nous pique niquons sur la plage de Trez-Bellec. Les galets s’accumulent le long de la digue mais la plage est en sable clair. La mer est haute. Un gros nuage nous cache le soleil et refroidit l’air. La sieste n’est quand même pas compromise. Enfin, nous aurons pu rester une bonne heure allongées sur la plage à la Toussaint !
méditations d'une promeneuse solitaire
Tandis que je marche le long de la plage mon esprit est occupé à une méditation récurrente. L’actualité me fournit Des sujets de réflexion. Quand nous étions en Espagne, c’était la marée noire du Prestige. Aujourd’hui je ne cesse de penser à cette étrange histoire d’enfants enlevés au Tchad par l’Arche de Zoé. Curieuse façon d’agir de bien étranges « humanitaires » ! l’Humanitaire est à la mode. Moi-même j’y succomberais si je n’avais pas à l’esprit la modestie de notre jumelage avec Pobé. Sous couvert de bons sentiments certains font ou disent n’importe quoi, et de bonne foi ! Parce que je préfère accorder la « présomption d’innocence » et penser que c’est plutôt de l’ignorance et de l’inconscience plutôt qu’une gigantesque arnaque. Laisser parler son cœur et ses tripes sans aucune analyse et réflexion intelligente. Ne même pas imaginer qu’il existe des lois, que le Droit règne aussi en Afrique même si la population paraît miséreuse. Ne même pas imaginer que les enfants sont mieux là bas que dans le confort des familles européennes. Et puis les journalistes font leurs choux gras dès qu’il s’agit d’enfants. Dès que des images d’enfants – ls enfants africains font de si belles images – paraissent, l’opinion publique dégouline de « bonnes intentions » sans aucun esprit critique. On a bien vu cela à Outereau.