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Lozère, pays de mes ancêtres

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Un petit cimetière protestant, chapitre 1

Publié le : 31 Mars 2006
Un petit cimetière protestant, chapitre 1

J’ai lu, en consultant le site de Voix Nomades, le texte d’un internaute se promenant dans le cimetière du Père Lachaise, ce qui nous entraîne bien loin dans l’Histoire  et dans la pensée de ce  voyageur...

Cela m’a donné envie d’écrire, aussi, sur un autre cimetière situé dans un hameau lozérien nommé Grizac, à côté de la ville du Pont-de-Monvert. Certes, il est minuscule, ce cimetière, un lopin de terre grand comme un mouchoir de poche. Il est  bien humble à côté de celui du Père Lachaise. Les noms de ceux qui y sont enterrés ne sont pas célèbres. Ce sont les membres de ma famille qui reposent là.
Il n’a pas, non plus, comme celui de Georges Brassens, le mérite  d’être un cimetière marin puisqu’il est perché dans la montagne à 1100 mètres d’altitude, dans les Cévennes, au sud du Massif Central, face au massif du Bougès ! Et pourtant quel voyage dans l’Histoire de cette région l'on peut accomplir avec lui !

Son histoire commence avec la Révocation de l’Edit de Nantes en 1685 et même bien avant au XVI° siècle avec la conversion massive des Cévennes au protestantisme. Le Massif Central est alors divisé entre catholiques des Causses et du Haut Gévaudan tournés vers Mende et  protestants des Cévennes tournés vers Nîmes.
En 1562 avec le massacre des réformés de Wassy, c’est le début des guerres de Religion et de violents affrontements éclatent dont le massacre de la Saint Barthélemy est le point culminant. En 1598 sera promulgué l’Edit de Nantes qui accorde aux protestants leur liberté de culte et de conscience.
Par la suite, quand l’Edit de Nantes est révoqué par Louis XIV, l’exercice du culte protestant est interdit. En 1702 le meurtre de l’abbé Chaila au Pont de Monvert met le feu aux poudres. C’est le début de la guerre des Camisards, qui échoue, mais la résistance des protestants continue. Certains émigrent. Ceux qui restent et qui refusent de se convertir sont obligés d’exercer leur culte clandestinement. Ils feignent de se soumettre mais n’en font rien et continuent d’instruire leurs enfants dans la vraie religion.
Les protestants appellent désert, par référence au temps où les Hébreux traversaient le Sinaï, cette période tragique et tourmentée pendant lequel leur culte sera interdit, et qui s’achèvera officiellement avec l’Edit de Tolérance de 1787. Les assemblées du désert célébraient donc, dans le plus grand secret, les mariages et les baptêmes. C’est à cette époque aussi que les protestants prirent l’habitude d’enterrer leurs morts clandestinement dans leur jardin ou leur champ pour leur éviter les derniers sacrements catholiques et leur permettre de mourir dans leur foi. L’habitude en est restée dans nos Cévennes, entérinée par la suite par une loi qui autorise cette coutume à condition qu’il n’y ait pas de saut de génération.

Et nous revoilà à notre cimetière. Situé dans le pré en pente, devant la maison familiale, à deux pas du Château d’Urbain V, il se  présente sous la forme d’une petite construction en granit coiffée d’un toit pointu couvert de lauzes. Des ouvertures aménagées dans le toit montrent clairement que la partie supérieure servait de pigeonnier. La partie inférieure, sous le bâtiment, dont l'ouverture est scellée par une lourde dalle, a accueilli les premières tombes du temps du Désert. Il s’agit, comme nous le prouvent des documents retrouvés dans une armoire, des sépultures de la famille Rampon, propriétaire des lieux, dont le nom, par manque d’héritier mâle, s’est éteint à la fin du XVIII° siècle. La ferme est alors passée par mariage entre les mains des Compangs. Les derniers à avoir été enterrés sous le pigeonnier au début du XX° siècle sont Jeunie et Armand Compang nés respectivement en 1828 et 1829. Puis,la place manquant, la famille a aménagé un terre-plein maintenu par des murs de pierres devant le pigeonnier. C’est là, à l’air libre, que les dernières tombes depuis 1917 apparaissent maintenant. Les plus anciennes sont ornées de grandes et hautes pierres tombales taillées à même le calcaire. Une main a gravé les noms des disparus qui peu à peu s’effacent, érodés par les intempéries. Nous les connaissons bien pourtant !  Adolphe et Anaïs Chapelle qui se marient en 1879. Tous deux ont trois filles, Aline, Antonie et Louise. L’une d’elle, Aline, épouse mon grand oncle Victorin Brès de l’Hermet, un hameau voisin. La ferme Compang-Brès est alors entrée dans notre famille !  Louise, elle, se marie avec Fernand Brès, le frère de Victorin, et  part vivre dans la ferme Brès à l’Hermet. Les deux soeurs ont donc épousé deux frères. Quant à Antonie, devenue madame Gervais, et institutrice dans le Gard, elle revient mourir à Grizac de la tuberculose comme sa mère Anaïs (1917), sa soeur Aline (1920) et la fille d’Aline et de Victorin, Marcelle (1929). Tous ces disparus témoignent donc à leur manière de l’Histoire de la Lozère mais aussi, à travers les lettres de l’oncle Victorin, écrites en français mêlé de patois, pendant la guerre de 1914-1918, de celle de la France.


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