Blog de Jean_Luc_Charlot

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Cartes postales professionnelles

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Carte postale from le milieu du désordre

Publié le : 22 Avril 2008
Carte postale from le milieu du désordre

Le « milieu du désordre » s’installe encore pour quelques jours (chaque soir à 19 heures 30) dans la petite salle du théâtre de la Bastille (76, rue de la Roquette, Paris XIème). Avec Pierre Meunier pour (étrange) maitre de cérémonie. Rêver devant un tas de cailloux, s’y arrêter et être invité à contempler ces objets… et voilà que la réalité qui nous entourait change doucement d’apparence et se révèle sous un jour nouveau.
Mais avant, il aura fallu transmettre ces pierres de main en main : les soupeser, éprouver leur poids, leur matière, partager la tentative de Jean Meunier d’élever un tas quelque part au dessus du sol. Puis se laisser guider par ce conteur (qui se fait allumeur de mèche et ouvreur de pistes), qui se tient devant nous, équilibriste improbable dans l’humilité foudroyante de l’intuition juste. Quoi de plus ordinaire, de plus banal, qu’un tas, qu’un caillou, qu’un ressort (puisque de ressorts aussi, il sera question !). Et pourtant, l’ordinaire n’est-il pas ce qui nous échappe parce que nous sommes aliénés par ce mouvement qui nous étourdit et nous occupe tellement qu’en dehors de ça, plus rien n’a d’intérêt ? Et c’est justement là, dans cette attention aux objets les plus anodins (et quoi de plus anodin en apparence qu’un caillou ou qu’un tas ?) qu’intervient le langage et que surgissent les mots de Jean Meunier. Et quand le jour de la pensée les touche, ces mots deviennent clairière…


Carte postale from Corbeil

Publié le : 10 Avril 2008
Carte postale from Corbeil

Prendre un train matinal dont les vitres se brisent résolument sous l’assaut répété de congères qui se sont formées sur la voie, obligeant notre convoi ferroviaire à s’arrêter régulièrement, puis à diminuer sa vitesse (de 160 à 120 kilomètres heures nous précisera le contrôleur), nous assurant de la certitude d’un retard conséquent à destination. Un petit groupe de voyageurs bruit d’indignation devant ce qu’ils désignent comme l’inconséquence de la SNCF auprès de qui ils fomentent l’envoi de courriers rageurs et véhéments, tout humilié qu’ils sont (prétendent-ils) dans leur statut de client privilégié (tous arborent des abonnements ou des forfaits, ces offres commerciales dont ils ont cru un peu naïvement à la vérité publicitaire). Je renonce à leur dire combien l’on pourrait s’étonner qu’en une nuit, la neige a transformé les paysages normands en presque Sibérie en plein mois d’avril. J’y renonce, sachant que l’on ne saurait se comprendre : dans un train, même embarqué pour des raisons professionnelles, j’y voyage, alors qu’eux ne font que se transporter. Arriver à l’heure est leur unique but, et l’inattendu un souci et une occasion de plainte : impossible pour eux de simplement s’étonner que les paysages normands se sont transformés en presque Sibérie en plein mois d’avril…
Un métro. Puis le RER. Se laisser glisser vers la banlieue. Ce territoire dont l’étymologie rappelle l’espace d’une lieue autour d’une ville où s’exerçait le droit du « ban » du seigneur, l’espace où se marquait son pouvoir. Et qui se représente plus facilement désormais comme le lieu de la « mise au ban », autant dire du bannissement. « Bannissement » des populations qui y vivent pourtant, montant et descendant à chaque gare où le train s’arrête : Juvisy, Grigny, Ris Orangis, Evry… Corbeil-Essonne enfin.  Autant de villes que notre imaginaire décline au travers d’images de cités, de faits divers toujours un petit peu sordides et, durant trois semaines d’un certain mois de novembre, de voitures et bâtiments publics ou commerciaux en feu…
Mais pourtant des gens y vivent. Des gens de peu comme les nommait Pierre Sansot (qui était d’une certaine façon un grand voyageur). Des gens de peu comme il y a des gens de la mer, de la montagne ou des plateaux, possédant ce don de « peu » comme d’autres ont le don du feu ou de la poterie, des arts martiaux ou des algorithmes…


Carte postale from Saumur

Publié le : 12 Mars 2007
Carte postale from Saumur

Prendre un métro matinal. Le métro des « travailleurs-travailleuses » comme dirait une des candidates à l’élection présidentielle. Regarder les corps ouvriers se conformer dans la position de ceux qui doivent se contenter de leur existence actuelle. Comprendre que ces corps obéissent encore à d’anciennes règles. Comme les symboles d’une ultime survivance au processus de dérèglement de toutes les règles que Jean Baudrillard (qui vient de mourir comme l’annonce le journal que j’achète à la gare) a si élégamment théorisé. Prendre un TGV. S’étonner qu’il s’arrête dans la petite ville de Sablé pour la seule raison que son maire est un ancien ministre de la République et, murmure-t-on, un probable premier ministrable dans l’hypothèse de la victoire de Nicolas S.
Se souvenir qu’adolescent, je m’y arrêtais déjà à Sablé, après un lent trajet dans un vieil omnibus tracté par une micheline afin d’y passer l’après midi avec une jeune fille blonde dont j’ai oublié le prénom (et même jusqu’à son visage), mais non que j’en étais amoureux, sans que ce sentiment soit pour elle, partagé. Excusez-moi, cela fait un paquet d’années, je crois.
Arriver à Saumur, traverser les deux bras de la Loire sous un crachin qui voudrait nous faire croire à son possible cousinage breton. Entrer dans le petit théâtre à l’italienne, au rideau peint, où se déroule le colloque auquel je dois assister et qui fonde le prétexte à cette expédition professionnelle. A midi, la sirène située sur le toit du théâtre et qui se trouve convoquée pour ses exercices mensuels au nom de l’obsédant principe de précaution, interrompt l’intervention de l’oratrice italienne, qui paraît forcément comme chez elle dans ce théâtre-là… partir déjeuner et à la table que je choisis, hésiter à reconnaître d’anciennes connaissances. Excusez-moi, cela fait un autre paquet d’années, je crois. Et fêter ses retrouvailles en trinquant d’un verre de Saumur, évidemment.


Carte postale from Cherbourg-Octeville

Publié le : 11 Décembre 2006
Carte postale from Cherbourg-Octeville

En attendant mon train, prendre un café dans un bar. Y remarquer cette jeune femme longiligne et blonde (comme glissant sur le sol ombré d'une journée qui s'inaugure et s'évanouit devant la vie qui s'impatiente), qui délaisse son ami à leur table pour s'avancer, un verre de bière à la main (verre que l'on remarque surtout à cause de l'heure matinale où la scène se déroule et qui fait vaciller d'anciennes représentations obsolètes qui me font croire que les jeunes femems ne boivent pas de bière, qui plus est à une heure où il n'est pas incongru d'encore y déjeuner...). Elle délaisse donc son ami pour aller rejoindre au comptoir un clochard crasseux, sirotant lui-même une bière (ce qui, au nom des mêmes représentations déjà évoquées, ne m'avait pas interloqué en entrant dans ce bistrot de gare. Et sosu le prétexte de lui proposer une cigarette, entame tout simplement une conversation avec lui...
Arriver à Cherbourg-Octeville. Constater le temps chaotique qui habite ce port toujours battu d'un vent du large vigoureux qui produit, comme le proclame l'écrivain Gilles Perrault, les plus beaux nuages d'Europe. Etre happé pour un déjeuner par les amis qui y vivent, heureux de cette occasion de retrouvailles, puis rejoindre le lieu où doit se tenir la conférence que je suis censé y donner.
Puis retraverser le Cotentin en ce début d'hiver qui s'annonce par l'inondation des marais qui cernent littéralement la voie ferrée et qui laisse l'impression au voyageur ferroviaire d'être transporté par un aéroglisseur, flottant sur ces vasières du centre manche...ou sur une journée qui s'évanouit devant la vie qui s'impatiente, décidément.


Les idées ne sont que des succédanés de chagrin

Publié le : 29 Octobre 2006
Les idées ne sont que des succédanés de chagrin

S’envoler pour Ajaccio afin d’aller y animer le « premier forum régional des services à la personne » (sic). S’envoler pour ce qui apparaît comme un lieu rêvé parce qu’il est délicieusement clos et que, comme pour toute île, notre imaginaire l’apparente, de près ou de loin, au jardin d’Eden. Un lieu rêvé, particulièrement pour tous ceux qui apprenant ce déplacement, me gratifient d’un sourire entendu, exprimant leur incrédulité devant le caractère essentiellement professionnel de ce voyage.
Pourtant, comme me le confiera un de mes hôtes, les paysages d’ici sont comme ceux qui les habitent, avant tout tragiques. Et quand je rentrerais, le journal Libération, acheté à l’aéroport, consacrera deux pages à la condamnation de membres du groupe Clandestini Corsi, pour des attentats perpétrés en 2004 à Bastia.
Et dans l’avion qui me ramenait vers Paris, vers le continent, vers la France même (comme certains Corses rencontrés nomment le lieu où j’habite, signifiant par là une distinction nationale que contredit l’organisation administrative de ce pays), je soupesais les termes de ce qui ressemble à un malentendu. Malentendu entre la vision édénique, avant tout touristique et vacancière, de ceux qui m’enviaient ce déplacement, fusse-t-il professionnel, et la dimension tragique qui « habite » (au sens heidegerien, où il vit en eux, mais aussi les transforme) les habitants et les paysages de cette île, et que j’ai ressenti et perçu, au fond de moi-même en les rencontrant, me rappelant avec Marcel Proust, que les idées ne sont que des succédanés de chagrin que nous révèlent, avec tant d’acuité, les chants polyphoniques…


Carte postale from la banlieue lyonnaise

Publié le : 29 Octobre 2006

Venir en ce samedi un peu gris de la fin de septembre à Meyzieu, cette commune pavillonnaire de la banlieue lyonnaise. Venir pour y rencontrer certains de ceux qui ont vécu l’année dernière, ce que notre mémoire infirme se rappelle comme « les émeutes de banlieue »…
Se surprendre à observer comment les « jeunes » qui y sont également invités, habitent l’espace Jean XXIII où doit se dérouler cette rencontre organisée dans l’intention de comprendre pour agir… Etre étonné par leur démarche chaloupée qui meut de grands corps dansants qui se donnent à entendre dans le flow déhanché d’une voix qui raconte ceci : « vous savez messieurs, mesdames, je n’ai pas de casier judiciaire, je n’ai pour tout dire qu’un seul problème dans la vie : la couleur de ma peau et le crépu trop prononcé de mes cheveux. Un problème à l’origine d’embrouilles incessantes où l’insulte est une ponctuation et la phrase, un mot de slameur… ».
Repartir prendre un train, la journée achevée, dans la certitude que nous nous habituons à nous asphyxier de notre propre présent et qu’inventer la vie, nécessiterait de pratiquer une pensée qui soit rêvante… Et savoir que le  tenter, c’est peut-être cela voyager.


Carte postale from nulle part ou bien ? (2)

Publié le : 25 Septembre 2006

Image de la femme en robe scintillante
Mais noire terriblement
Longues jambes paisibles et nues
Mais tremblantes cependant
Comme trébuchant continuellement sur un suicide inaccompli
Ou bien ?

Image des voix de filles chuchotant
Puis comme plaintes se froissant de façon désordonnée
Des voix de folles
On dirait

Alors que dans l’alignement des cordages
Deux jeunes hommes habillés de noir s’embrassent comme s’ils construisaient et déconstruisaient sans cesse un couple transitoire
Et que la voix de l’homme se demande :
L’exercice a-t-il été profitable, monsieur ?
Une promesse intacte
On dirait

Image du garçon qui traverse la ville encore somnolente comme le ferait un voleur qu’affolerait son audace
Ou bien ?

(Ce) garçon croisant une fille qui elle-même
Et maintenant l’un pour l’autre dans une distance dansante
Quoique l’esquisse d’un sourire
Une plume de sourire
On dirait


(Ce) garçon croisant (de nouveau) une deuxième fille qui
Légèreté de la jupe comme un souffle de papillon
Parure pour ses fesses minces et masculines presque
Comme excessivement colorées cependant
Et la (première) fille s’inventant une trajectoire déjà besogneuse

Puis balayeurs de la nuit lessivant une vision moribonde de l’obscurité qui
Comme on le ferait de ses cauchemars
Lacs de sueur sèche dont la persistance nous lasse ou peut-être nous effraie
Mais comme continuellement

Vision de jeunes femmes qui ne sachant pas s’il faut prendre soin de
Ordonnent de minuscules bouteilles de fragrances rouge sang dans des boîtes neiges
Des cartons à chapeaux on dirait
Comme on le ferait de souvenirs devenus inutiles pour cause de

Image de la rue nimbée de cette sorte de lumière bleutée comme une fenêtre dans la nuit
Une toile de Hopper on dirait
Croisant (enfin)
Dans un rapport d’exquisité
La lune silencieuse pour cause de souvenance d’une éclipse qui

Et qu’une fille demeure devant un mur d’où ruisselle le sillage de sombres végétaux ressemblant à des arbres mais ?
Comme dans l’orage de contemplations enfantines
Fille épuisée sur un banc écrivant une lettre lestée d’un certain poids de menaces
Tandis que de l’autre côté du mur
Un chanteur se demande :
Est-ce que le monde est sérieux ?

Puis image de la fille adossée au mur
Courant vers l’endroit d’une douceur forcenée
Comme le ferait un monde emballé sur ses rails
Délivrant ses cheveux que le ruban retenait
Cheveux qui virevoltent ou tressautent
Rythme grésillant de la course
Une mer de nuages on imagine
Où une foule inlassable de fatigues redoutables vagabonde

Alors qu’un enfant gonfle à la légère son ventre truffé des tièdeurs d’un rêve
Se demandant pourquoi la pompe est-elle toujours funèbre
Et bordant sa présence sous la colonnade verte des arbres
Comme l’inéluctable modalité du visible
Joyce dirait.


Carte postale from nulle part ou bien ?

Publié le : 25 Septembre 2006

Cercles de lumière sur l’image du garçon qui le frôle à la périphérie-frontière de la nuit qui menace
Puis recule face à l’assaut des éclaboussures qui

Alors la fille le traverse
S’en empare
Comme si elle en prenait le centre pour l’axe du monde

Une deuxième fille
Cheveux dissimulant son visage
Et mains que l’on dirait recroquevillées sur la nourriture
ou bien ?

Alors qu’une première fille entrant dans le cercle de lumière
Boitant comme portant un secret
Et dénudant ses pieds
Comme si elle n’avait pas trouvé chaussure à son pied
Abandonnant son secret mais lourde à présent d’un désarroi qui

Cercle de lumière vide encore
Dévoilant des ombres qui

Les mains (du second garçon) palpitant comme des ailes pliées
Et à le voir sourire
C’est vrai
On dirait bien qu’il voit des anges

Alors que le (premier) garçon à l’écart se demande :
C’est long trois minutes… il reste combien de temps ?


Image de la (deuxième) fille explorant la nudité de ses pieds et c’est à nouveau le désarroi qui

Image du (deuxième) garçon à genoux palpant et triturant son ventre
Une femme enceinte on dirait

Et l’image du (premier) garçon exhibant son ventre pour faire comme
Ou bien ?

Le (deuxième) garçon baissant son pantalon
Déballant le slip comme
Et caresses furtives sur cuisses
Alors qu’un autre abandonne :
Je suis désolé, je ne peux pas vous aider…

Image de la fille qui halète comme dans certaines zones enfouies du plaisir
Puis recroquevillée
Fœtale
Absente désormais

Image du vide
La lumière des deux cercles
Et garçons et filles adossés
Comme pleurant du mur
On dirait
A distance à moins que



Alors qu’à l’écart
Une autre fille demande :
On dit naturaliste ou naturiste

Image de la fille qui
Visage baissé
Ses cheveux la dissimulant de ce qu’elle voyait de nous
Marchant à petits pas serrés comme sur une ligne
Un funambule
On dirait

Silence
Bougies chétives dans la nuit qui
Corps immobiles
Seuls
Méditant
Et le silence interminablement

Puis
Comme se tourner autour
Comme s’approchant
Mais délicatement comme chargés d’ombres portées sur leur dos

(la fille) prend décidément le centre du (…) pour axe de son monde et se retourne
Alors que le pépiement des oiseaux
Et le silence interminablement
Puis s’avance comme imperceptiblement
Caresse du garçon qui sabire espagnol
A genoux à présent
Ses cheveux la dissimulant de ce qu’elle voyait de lui
Tu es né des charniers
Sa mère dit

Le rire de la (première) fille qui grésille alors que l’autre garçon caresse le ventre de son regard
Puis toucher
Effleurer
Bougeant immanquablement
Alors que l’autre garçon
Accroupi
Et eux
Face à face
L’un touchant le visage de
Caressant sa peau d’une exaltation tendre

Un (autre) garçon allongé sur le dos
Chantonnant
Sentinelle retenue dans la peur de jouir
Ou bien

(Autre) garçon toujours tremblant à construire et reconstruire des couples transitoires :
N’essayez pas de reconstruire la mémoire usurpée
Il dit.


Cartes postales from le métro parisien

Publié le : 18 Septembre 2006
Cartes postales from le métro parisien

Et tous ces inconnus qui glissent sur le trottoir ombré d’une journée qui s’inaugure et s’évanouit devant la vie qui s’impatiente.
Inconnus traversant des amazonies secrètes où devenus voyageurs
Ils rêvent qu’on prononce leur nom
Inconnus d’ici, d’ailleurs, de partout !
Extravagants
Inconnus se tenant à l’entaille des baisers
Elle
Elsa extirpée d’une nuit inachevée et dont le feu s’éteint
Sous sa robe
Le vent la dépouillant de ses dernières peaux de tendresse
Lui
Aragon ridicule prêtant un serment nuptial par delà un ciel sans nuage
Inconnus s’amarrant au précipice d’une nuit irraisonnée
Elle
Noyée dans une robe de mariée qui pourtant caresse un bassin trop large d’une promesse natale
Ses lèvres redessinées carmines
L’allure d’une maquerelle rêvant à l’introuvable qui s’abreuverait de son lait de tendresse
Inconnu
Obstiné en son courage
Lui
Derviche ridicule pivotant sur lui-même
Aveugle avançant d’un pas impubère
Mendiant sur le trottoir obombré où capitulent des étreintes scellées dans une obscurité autrefois complice
Et tous ces inconnus
Indifférents comme une passée d’oiseaux masquant comme définitivement des visages successifs qui furent leurs œuvres
Comme une figure d’Albert Camus, inévitablement…
Inconnue
Elle
Bordant sa présence d’un cri frayant dans un vent indéfinissable mouchetant l’herbe ondoyante
Ce cri pourfendant le corps de l’amant d’une passion impérieuse
Mais
Tous ces inconnus glissant sur le trottoir ombré d’une journée qui s’inaugure n’en ont que foutre
Indifférents qu’ils sont à ce pollen saprophyte :
Ce cri aimant un corps pourfendu

Mais par où puis-je aller ?
De traverse ?

Inconnu
Lui
Rimbo se balançant comme si un mort l’habitait traçant le trajet d’un somnambule qui passerait du rêve au cauchemar
Mais comme imperceptiblement
Inconnu
Lui
Rimbo bordant sa présence d’un cri comme le bruissement calme et hardi d’une débauche de pluie
Cri s’obstinant à travers la vitre des convenances :
Ne me laisse pas seul !
Un cri
Comme mendiant une échancrure un souffle dans le hurlement compulsif de leur indifférence
Inconnus traversant un reflet inconvenant où parfois devenus vivants
Ils rêvent que les fleurs sourient et les fleurs chantent
Comme dans un poème de Fernando Pessoa ?
Inconnues achetant des parures nouvelles comme autant de promesses intactes
Et parmi ces inconnues
Celle-ci
Najda déclarant :
J’aimerai pouvoir lire ce que vous écrivez en moi et entretenir avec vous un rapport d’exquisité
Inconnus traçant des cercles sur la poussière des nuits qui menacent
Ou bien
Eveillant des dormeurs solitaires d’une main légère et précautionneuse
Inconnus (encore)
Inventant des fabulations où le drame toujours devient comédie puisque le monde est leur rêve
Où même
brouillant les pistes des assoiffés d’azur
Leurs frères
Eclaboussant la lumière
Balisant des ombres invisibles et nues
Inconnus produisant des chimères et déclarant ceci :
Nous sommes tous des groupuscules !
Comme une figure de Félix Guattari, inévitablement…
Inconnus ne faisant que quoi ?
Que marcher et courir ou rester là
Scrutant les lèvres et les mots d’où jaillira une débauche de particules phosphorescentes
Caressant cette phrase :
Il faudrait du bonheur pour faire péter tout ça !
Mais
Dans le brouhaha de leurs vies emmêlées
Ils savent que déjà les silhouettes noyées de sommeil ont bu le sang des hommes
A vrai dire
Ils ont des larmes aux yeux comme des inconnus glissant sur une terre de grande adversité
Et tous ces inconnus assortissent leurs ardeurs au terminus du hasard qu’on pourrait dire comme égayé d’un noir différent
Presque transparent
Image enfin juste d’un cauchemar lessivé de façon désordonné
Inconnus
Condamnés à glisser sur le trottoir ombré d’un vieux cimetière
Cherchant la trace ou les restes d’une idées multicolore comme :
Conduire un morceau de banquise vers l’équateur
Inconnus
Héritiers tardifs d’un monde d’ombre et de lumière
Egrénant les diverses hypothèses possibles
Trois exactement :
D’abord
Ensuite
Et puis enfin
Comme une figure de Serge Daney, inévitablement…
Inconnus
Fourbus
Harassés
Hagards
Demeurant dans l’orage de contemplations enfantines et se découvrant convaincus que trop de (…) cohabitent et coexistent simultanément pour qu’il puisse y avoir encore de la place pour la raison
Comme une figure de Bernard Marie Koltès, inévitablement…
Et parmi Eux
Elle
Inconnue
Hannah épuisée d’avoir voulu labourer la mer
Ecrivant une ultime lettre douloureuse lestée d’un certain poids de menace
Ecrivant ceci :
Préparez vous à la solitude !
Inconnus
Conservant l’équilibre des pas au dernier pont des fuites
Les pieds somnolant dans les décombres de printemps perdus
Ces utopies funestes
Inconnu
Laissant l’indécence des mots encombrer le trottoir de moraines
Comme autant de tortionnaires de passage
Mais
A vrai dire
Ils ont les larmes aux yeux
Ces inconnus glissant sur le trottoir ombré d’une nuit qui

Alors
Demain peut-être
Inconnus
Ils marcheront comme on murmure
De traverse ?


Carte postale from Laval

Publié le : 11 Septembre 2006
Carte postale from Laval

Il y a ce quai de la gare de Laval où s’achève immanquablement mes visites devenues régulières dans cette ville et que le vent, toujours, balaie d’une violence incrédule, qu’il soit ensoleillé ou noyé sous la pluie. Comme il balaie immanquablement les souvenirs de cette ville, ne laissant perdurer que ce ruban de béton indistinct aux autres voyageurs, mais qui me le fait reconnaître entre tous comme « le quai de la gare de Laval ».  J’y arrive toujours un peu en avance sur l’horaire immuable où la machine ferroviaire a prévu d’immobiliser provisoirement la puissance qui permet de nous arracher à cet instant amer et dur qui condense toutes les séparations. Je m’y avance seul le plus souvent, profitant de ces moments de quiétude qui précèdent l’agitation d’un départ mêlées parfois de l’émotion de quelques retrouvailles, comme ces amoureux s’étreignant dans leur solitude au plus profond de mouvement d’une foule indistincte… J’y attends qu’un bateau vienne s’amarrer devant moi, me proposant un embarquement immédiat. Et là, seulement là, sur « ce quai de la gare de Laval », je ne suis pas surpris de croire possible cette folie…


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