Je pensais vous proposer d'amener vos enfants sur la Tour de l'Horloge, place Saint Marc, pour leur montrer de près les colosses appelés Mori en italien... les Maures qui frappent les heures sur la cloche. J'apprends que la Tour est en restauration depuis quelques années. Elle devrait être réouverte au public incessamment.
La Tour, construite en 1496, fut surélevée au XVIII° siècle pour y installer sur une terrasse la cloche et les deux statues en bronze appelées les "Mori" en raison de leur couleur. Le mot peut désigner les musulmans et au sens large les noirs.
Sous la terrasse, sur un fond bleu, se dresse le lion ailé de Saint Marc, emblème de Venise.
A l'étage en dessous une niche abrite une Vierge à l'enfant, de chaque côté deux portes d'où surgissent pendant la semaine de l'Ascension, les Rois Mages qui s'inclinent devant la Vierge.
Enfin, à l'étage inférieur, une Horloge indique outre les heures, les phases de la lune, la position du soleil, les signes du zodiaque, la succession des saisons.
Mais regarder la Tour de l'Horloge d'en bas est moins spectaculaire que d'en faire l'ascension surtout pour nos charmants bambins avides d'émotion ! Car être là haut au moment où les Maures sonnent la cloche de leur marteau au long manche est un spectacle qui les ravit... Un peu assourdissant, certes, mais comme on se sent tout petit face à ces géants de bronze ! La place Saint Marc s'offre à nos yeux dans toute sa beauté et nous assistons à l'envol des pigeons
Une autre visite est possible, celle du Campanile qui se fait en ascenseur : appréciable pour ceux d'entre nous qui n'ont pas le pied sportif. D'une hauteur d'environ 98 mètres, il offre un panorama magnifique sur Venise et sur sa lagune.
La réouverture de la Tour de l'Horloge est prévue pour ce mois de mai 2006.
Renseignements au : +39 4 12 71 59 11
Le Campanile de la Place Saint Marc est ouvert de :
9h30 à 19h30 du 1° Avril à la mi-juin
et jusqu'à 21h30 de la mi-juin à la mi septembre.
De 9h30 à 16h le reste de l'année
Entrée : 6€ tarif réduit : 3€
Vous croyez y échapper ? Optimistes ! Si vous êtes à Venise avec vos enfants, vous les verrez couler des regards d’envie vers les Elus des Dieux, ceux qui glissent doucement dans ces élégantes embarcations, les gondoles. Ils regarderont passer, béats d’admiration, les romantiques promeneurs qui laissent traîner langoureusement la main dans l’eau glauque de la lagune (romantiques et... courageux).
Premier cas : vous faites partie des Grandes Fortunes de France et vous descendez au Danieli ? Pas de problèmes. Allez-y ! Offrez une promenade en gondole à vos chères têtes blondes sans discuter ! Et n’ayez pas honte de votre statut inférieur de touristes. Vous allez découvrir les petits rio de Venise tels que vous ne les avez jamais vus, toutes ces étroites rues liquides que votre vaporetto habituel n’emprunte pas. Vous vous promènerez parmi les ocres, les verts, et les bruns fânés des maisons à l’affût de la beauté sous toutes ces formes : l’éclat d’un géranium accroché à une fenêtre lépreuse, le petit balcon aux colonnes torsadées, la fenêtre géminée, délicatement ouvragée, la haute cheminée pareille à celles qui ornent les tableaux du Carpaccio. Vous remarquerez, loin des marbres du Canale Grande, les crépis qui se délitent, les murs rongés par l’humidité, les marches défoncées, à moitié submergées, devant les pontons en bois vermoulues. Les vêtements suspendus au-dessus de vos têtes, sur une corde à linge, seront les drapeaux colorés qui salueront votre passage. Sous un pont, le gondolier sera obligé de se courber et de laisser aller la barque librement. Vous passerez dans l’obscurité des arches, un endroit hors du temps, où les bruits de la rue s’estomperont un moment, où le clapotis de l’eau répercuté par l’écho, envahira votre espace sonore. Dans les rio obscurs, vous croiserez un bateau de livraison, portant des caisses de boissons ou de légumes qui rappellent que la vie quotidienne continue malgré votre voyage dans les siècles.
Deuxième cas : vous avez eu du mal à boucler votre budget pour payer le camping. Bref ! Pour parler franchement vous êtes fauchés, pas de gondole en perpective ! Alors, là, les choses se gâtent. Bébé se roule par terre de dépit (normal, elle n’est pas encore dressée) les grandes vous font la gueule... discrètement (normal, elles sont bien éduquées). Ne désespérez pas ! J’ai une solution.
Entre le pont du Rialto et le Pont de l’Académie, à la hauteur du Campo Silvestro, en face du fondamento Del Carbon, une gondole vous fait traverser le grand canal pour une somme modique. C’est un service public. Elle accomplit ces allers retours plusieurs fois dans la journée. Grâce à elle, vos enfants feront un tour de gondole génial.
Ce n’est pas sans risque, cependant ! Bébé devient "accro" des tours en gondole. C’est mieux qu’un manège. A la cinquième (?) à la dixième(?) traversée, je ne peux avancer un chiffre, cela dépend du seuil de résistance de chacun, vous allez craquer. Bon, il est temps de désintoxiquer Bébé ! Allez donc faire un tour du côté des Mori ! Des Mori, j’ai bien dit... Vous voulez en savoir plus? Rendez-vous dans Voix-nomades au prochain épisode !
* Le service de traversée en gondole appelé Traghetto existe à plusieurs endroits du Grand Canal.. Il est indiqué par une pancarte Traghetti située à l’entrée des rues qui donnent sur les embarcadères.
Il y a plusieurs manières de se déplacer à Venise en dehors de la gondole. Le taxi-bateau est très cher. Le vaporetto, une sorte de "bus-bateau" emprunté par les vénitiens est un moyen moins onéreux de découvir le Grand Canal de manière agréable. Renseignez-vous à l’office du tourisme sur les cartes de transport qui permettent d’obtenir des réductions et sur le prix des gondoles. D'après Lucette, une internaute de Voix-nomades, le prix serait actuellement fixé à 70€ pour une gondole de cinq personnes. Et sachez que l’on peut toujours discuter le prix avec le gondolier.
Vous autres, jeunes ou moins jeunes mais toujours audacieux voyageurs de Voix-Nomades, au cours de vos aventures palpitantes, vous ne vous êtes jamais trouvés face à face avec des bêtes sauvages, vous n’avez jamais livré (corrigez-moi si je me trompe) un combat sans merci avec des fauves impitoyables.
Nous autres, parents, qui voyageons avec nos enfants, si !
Sur la Piazza San Marco, au pied de la cathédrale, à sa gauche, humbles dans l’immensité de la place, se dressent deux lions de porphyre rouge. Si vous n’avez pas de gamins dans vos bagages, je suis sûre que vous ne les aurez même pas remarqués. Pourtant, ils sont beaux avec leur peau douce et luisante veinée de noir.
D’ailleurs sont-ce réellement des lions, ces bestioles ? Peu importe car ils sont le siège d’âpres luttes pour la succession, d’implacables querelles politiques pour le pouvoir, afin d'obtenir ce privilège unique : monter sur le dos de ces fauves. Devant eux s’allonge une queue de bambins impatients qui vendraient père et mère, croyez-moi, pour s’y hisser et s’y maintenir un moment.
Mes filles y sont parvenues. Elles ont pour cela décoché quelques coups de pied en douce et en ont reçu tout autant. Mais elles ont chevauché ces coursiers indomptables et pourtant très... dociles.
Quant aux parents ? Résignés, ils attendent avec un stoïcisme jamais démenti le dénouement du drame shakespearien qui se joue chaque jour dans la Cité des Doges !
Les jeunes - ou moins jeunes - aventuriers de Voix Nomades bravent la mort sur les routes de Bolivie, partent sac à dos pour des randonnées interminables sur les crêtes pyrénéennes, s’aventurent au fin fond des déserts mauritaniens, se perdent dans l’antique cité de Palmyre, fréquentent les momies précolombiennes du Pérou, rendent visite aux vivants dans la Cité des Morts du Caire... Et quoi d’autres ?
A chacun ses aventures ! Nous autres, parents, nous hissons les poussettes sur les ponts en dos d’âne de Venise, réchauffons le biberon avec des capsules chimiques au pied de la pyramide du Louvres, changeons la couche de bébé en équilibre instable sur un genou à deux pas du Pont d’Avignon, arrêtons la voiture pour la pause pipi sur une vertigneuse route lozérienne.
Nous autres parents, nous avons nos aventures. A Venise par exemple...
Nous avions amené notre fille aînée, Liane, 4 ans, à Venise, laissant la plus jeune, Océane, 2 ans, à son oncle et sa tante. Ce que cette dernière, à notre retour, - à force d’entendre parler par sa soeur de gondoles et de petits ours gondoliers (en peluche)- n’a jamais pu encaisser !
Nous voilà donc à nouveau dans la cité des Doges, deux ans après, pour les 4 ans d’Océane, justice oblige ! Liane a six ans... et de l'expérience !
Nous logeons au Camping de Ponte Sabbioni de l’autre côté de la lagune, face à Venise et nous prenons le bateau pour aller voir la ville dès notre installation dans le bungalow. Liane est excitée comme une puce. Elle sert de guide à sa petite soeur. Pendant le voyage elle lui montre comment jeter des miettes de pain aux mouettes qui suivent notre embarcation et les attrapent au vol. C’est d’ailleurs le jeu de tous du plus petit au plus grand !
Enfin, Venise la belle se profile à l’horizon. L’entrée est triomphale. Liane gonflée d’orgueil fait les honneurs de la cité à sa soeur comme si elle en était propriétaire et c’est vrai que c’est beau ! Des vaporetti et des gondoles tracent leur chemin dans le grand bassin où la silhouette du Palais des Doges toute en dentelles ajourées rosit dans le soleil couchant. Le campanile, s’élève dans le ciel, se détachant, ocre auprès de la blancheur dorée de la cathédrale San Marco. Le Lion ailé semble venir à nous sur sa haute colonne. Nous arrivons !
Les fillettes nous précèdent joyeusement, Liane tirant Océane par la main pour lui montrer... quelque chose ! Elle ne tient plus d’impatience, elle court en direction du Pont des Soupirs. Nous nous attendrissons. Ainsi elle se souvient de ce pont, un des plus célèbres au monde, qui relie le palais des Doges aux prisons. Nous lui avions raconté les souffrances de Silvio Pellico, les gémissements des prisonniers crevant de froid dans les Puits et de chaleur dans les Plombs... A deux pas de ce trésor architectural, Liane s’arrête et montre un point sur le sol :
- C’est là !
Nous regardons ? Rien !
- C’est là que j’ai vu le pigeon mort...
Et je me souviens : un oiseau malade, décharné, aux plumes collées misérablement, au cou pelé, était venu mourir là, parmi l’indifférence générale. Générale ? Non ! Car la fillette de 4 ans avait fait sa première rencontre avec la Mort et ne l’avait pas oubliée. La Mort, la vraie! Non celle de la méchante sorcière dans les livres d’images. Ni celle, calme et digne, des beaux gisants de marbre sur les tombeaux des cathédrales. Ce n’était pas non plus, répugnante et puante, la charogne de Baudelaire... C’était le corps qui se dessèche et poudroie, la mort pauvre et solitaire, sans compassion et sans pensée, promue à la benne à ordure. Mort à Venise !
Londres avec les enfants, ce sont d'abord les parcs. Kensington Gardens, puisqu'il est tout près de l’endroit où nous habitons. Je suis surprise de le revoir si différent de l’époque où je l’ai découvert dans les années 1970. C’était un parc très verdoyant, aux pelouses propres et bien entretenues, à l’ambiance chic. Des jeunes filles pouvaient s’y promener sans jamais être importunées.
En ce mois d’aôut, il est brûlé et les pelouses rases, évènement que je n’aurais pas cru possible à Londres. De jeunes touristes étrangères, en quête d’aventures, se font aborder par des jeunes gens d’origine indienne manifestement en chasse. Où sont les gentlemen guindés de la prude Albion que j’ai connue jadis ? On s’absente longtemps d’une ville et on la retrouve avec un tout autre visage.
Quoi qu’il en soit, mes filles aiment beaucoup Kensington Gardens parce que c’est là que se trouvent la statue de Peter Pan et des terrains de jeux ombragés par de grands arbres.
Saint James Park, près du palais de Buckingham, est un parc plein de charme. Océane, qui adore les animaux et Alyse, aussi, attirent les oiseaux avec des graines qu’elles achetent à un marchand, toujours le même. Il connait les fillettes maintenant et les attend pour leur vendre des sachets, puis il leur montre comment faire pour ne pas effrayer les moineaux et les pigeons. Elles se transforment toutes deux en statue de sel, pétrifiées, et les volatiles se posent sur leurs mains, leurs bras, leur tête même.
Les balançoires les attirent. Les grandes poussent leur petite soeur et s’essayent à l’anglais avec de jeunes londoniens.
Puis au moment de la relève qu’il ne faut surtout pas rater, nous courons tous ensemble, voir les gardes de la reine, dans leur uniforme rouge et leur bonnet à poils, exécuter leurs exercices rituels, empesés mais, ô combien, solennels !
Regents’s Park : les fleurs, la végétation splendide, les bassins, font de ce parc mon préféré. L’atmophère y est animée. De nombreuses personnes assises sur des chaises en location écoutent jouer un petit orchestre installé dans un kiosque. L’eau est partout, rafraîchissante, Alyse fait tout son possible pour s’y noyer - En vain !- Océane pour attirer canards et cygnes. Nous grimpons sur une colline appelée Primrose Hill. Là, au milieu des bosquets, de petits écureuils gris, curieux et gourmands, s’approchent de nous en humant l’air, les moustaches frémissantes. Nos filles s’approchent d’eux prudemment, leur tendant des cacahuètes. Un des graciles animaux s’approche, plus près, de plus en plus près, même Aurore se tait et retient son souffle... Il saisit l’offrande, se recule un peu et debout sur ses pattes de derrière, un oeil prudent fixé sur nous, il le grignote avec avidité. Je pense, en le voyant, au film de Lubitsch La Folle Ingénue dans lequel Charles Boyer explique à Jennifer Jones dont il est amoureux qu’il faut donner des "peanuts to squirrels" et non des "squirrels to peanuts"...
Pendant ce temps, Alyse s’est trouvée une autre activité : avec ses trois ans, sa blondeur enfantine, ses yeux bleus et son teint de camélia, elle attire, tout au long de ce séjour, l’admiration de japonaises qui se déplacent en groupe. Comme l’attirance est réciproque, elle est toujours prête à partir avec l’une d’entre elles, sans un regret, et je dois la surveiller. Cette fois-ci, elle est dans les bras d’une jeune femme qui nous lance pour s’excuser avec des grands sourires maternels : "she’s cute.. so cute!".
Nous terminons comme chaque jour la promenade en savourant la glace qui est devenue un rituel pendant ces vacances si chaudes à Londres !
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