Les Chimu, qui succèderont à l'Empire Huari dans l'ancienne zone de répartition des Mochica, retourneront à des oeuvres figuratives, mais essentiellement monochromes. Les Chimu sont surtout connus pour leur production exceptionnelle d'orfèvrerie.
Les céramiques du Nord, notamment celles des Mochica (1-800 apr. JC), sont parmis les plus connues au monde. Qui n'a jamais vu un pot-portrait (huaco retrato), dont on peut voir des dizaines de milliers d'exemplaires dans les réserves du musée Larco Herrera ? Ouvertes à la visite, elles permettent de comprendre l'envers du décor de ce magnifique musée. Ces vases sont figuratifs et possèdent tous une anse-goulot. Ils représentent des visages ou des animaux. Ci-contre, un des plus beaux huaco retrato du musée, caractéristique de l'art anthropomorphique du Nord (photo n°1). On peut aussi observer (photo n°2) un musicien jouant du tambour, dont les traits font penser à des Africains. D'une façon générale, les Mochica représentaient sur leurs céramiques tous les traits de la vie quotidienne : coutumes, maladies, religion, sexualité. Les témoignages sur les moeurs des cultures précolombiennes sont donc exceptionnels, et ce en dépit de l'absence de culture écrite...
Le copero (porteur de coupe) faisait également partie d'une des représentations courante de l'iconographie Mochica. Cette fonction était essentielle dans les rites religieux de cette civilisation et un des éléments majeurs des rituels sacrés Mochica. On retrouve souvent le copero dans les scènes de sacrifices de prisonniers (voir diaporama suivant).
En comparaison, les cultures du Sud (Nasca, Ica, Paracas, Tiwanaku...) sont marquées par des céramiques colorées aux formes géométriques. Cela ne veut pas dire que cette « règle » est intangible. Au musée Amano, on peut observer plusieurs céramiques provenant de la côté Sud du Pérou (Paracas et Ica notamment) avec des visages de têtes coupées. Ce sont cependant des représentations anthropomorphiques confinées à des trophées, car les guerriers avaient coutumes de conserver la tête des vaincus...
Pour les scènes funéraires, les visages de guerriers ou les représentations de la vie quotidienne, ce sont bien les civilisations du Nord du Pérou, les Moche (Mochica) et ensuite, lorsque l'Empire Huari déclinera, les Chimu. Ces derniers remplaçeront les Huari sur l'aire de répartition des Mochica (Moche) et reviendront à des scènes de vie quotidienne.
Les Chimu, dont le site urbain majeur de Chanchan, à Trujillo (Nord du Pérou) est le symbole le plus frappant, ont largement développé le thème de la navigation dans leurs céramiques. Ainsi, on peut observer de nombreux caballitos de Totora, céramiques représentant des embarcations en bambou utilisées à l'époque (voir diaporama suivant).
Les céramiques érotiques sont un systéme de représentation majeur de l'ensemble précolombien (Nasca, Vicus, Mochica...), de -1200 à 800 ap. JC. Scènes moralisatrices et humoristiques dénonçant les abus de la séxualité ?
J’avoue une petite préférence pour les cultures précolombiennes du sud. Cette réflexion est évidemment dénuée de sens dans la mesure où tout ce qui nous est parvenu n’est qu’un imparfait et inégal témoignage de chacune de ces civilisations. Pourtant, c'est bien la sécheresse des déserts du sud, garante d'une bonne conservation des tissus et momies, qui a favorisé ces régions. A cela il me faudrait ajouter leur remarquable et étonnante évolution vers l’abstraction, la recherche de formes géométriques nouvelles, ou encore la richesse des couleurs de leur art (céramiques et tissus).
L’art Paracas est la première civilisation régionale à se développer en dehors de l’influence directe des Chavin, sur la côte sud du Pérou actuel (à 4 heures de bus de Lima). Elle rayonnera de Nasca à Chincha, via Ica et Pisco ! Elle a développé peu à peu ses propres modes de représentations, assez loin des bestiaires monumentaux de l’art Chavin.
Tissus Paracas
Les Paracas sont avant tout célèbres dans le monde entier pour la qualité de leurs tissus. En coton le plus souvent, ils s’affranchirent peu à peu de la structure du tissage par un usage des broderies. Bien que le nombre de couleurs soit encore restreint, leur vivacité étonnante reste exceptionnelle plus de 19 siècles après !
Les Unkus du museo de oro sont à ce titre exceptionnellement bien conservés. Ces ponchos, faits de plumes multicolores de perroquets ou couverts de feuilles d’or, sont le véritable trésor (il me semble) de ce musée ! Les Unkus étaient portés par les meilleurs guerriers et utilisés uniquement pour les fêtes et cérémonies religieuses. Hélas, n'ayant pas été autorisé à prendre de photos dans ce musée, il vous faudra y aller pour les découvrir...
Le musée national d’archéologie, d’anthropologie et d’histoire du Pérou, situé à Lima (museo nacional de antropologia, arqueologia e historie del Peru) dévoile également des pièces exceptionnelles. On peut observer des esclavinas, trouvées dans la nécropole de Paracas, qui sont des ponchos de petites tailles, carrés de tissus brodés qui se mettaient sur les épaules, avec des dessins d’oiseaux, de flore ou d’animaux (voir photo 1).
Nécropole et fardeaux funéraires
La nécropole de Paracas, la nécropole d’Ica, les momies de Nasca... Toute cette partie du pacifique est parsemée de momies. Les Paracas excellaient dans les techniques de momification. La plupart des momies ont été retrouvées en position fœtale, enveloppées dans des tissus (mantas). Elles étaient ainsi accompagnées d’offrandes et d’objets familiers (les unkus notamment) et enterrées avec leur suite (femmes, serviteurs etc...). Les momies de la culture Paracas, qui ont subies des déformations crâniennes et des trépanations, nous ont légué de précieux témoignages des croyances de cette époque, dont la majorité des tissus (voir photo 2).
Certains de ces sites se visitent, comme les momies de Nasca (voir article de Daniel, http://www.voix-nomades.com/guides-voya … Nazca.html).
La culture Nasca
Enfin, comme ne pas évoquer la culture Nasca, qui succéda aux Paracas (intermédiaire ancien) sur le même territoire ? Ses célèbres dessins géométriques monumentaux de plusieurs kilomètres, probablement des lieux de cérémonies, ne doivent pas faire oublier la qualité de sa céramique peinte : les couleurs chaudes (dominante rouge et ocre), des dessins alternant des formes abstraites dérivées de motifs naturalistes ou bien encore des aplats de couleurs cernés d'un trait noir représentant de la flore ou un animal (voir photo n°3, singe représenté à la fois sur une céramique et sur les lignes de Nasca).
Les cultures Paracas et Nasca me fascinent parce que leur imaginaire, parfois, nous semble bien inaccessible...
Difficile de s’y retrouver dans les méandres des cultures précolombiennes. Un petit rappel historique s’impose !
Il faut tout d'abord distinguer 3 périodes de relative unité politique, culturelle et économique (périodes appelées également "d’intégration"). Les historiens nomment ces périodes des horizons :
. L’horizon ancien est celui de Chavin (période du formatif, ou lithique, -1500 à -300 av. JC). Vers la fin de cette époque, les Paracas, sur la côte sud du Pérou, vont connaître leur apogée (de -600 ou -300 jusqu’au premier siècle de notre ère).
. L’horizon moyen (600 à 1000 ou 1100 après JC.) correspond à l’Empire Huari (ou Wari), véritable premier Empire militaire de la région.
. L’horizon récent correspond aux Incas, à partir de 1450 jusqu'à l'ultime défaite devant les Espagnols, vers 1532.
Entre ces trois périodes d’unité relative, marquées par des civilisations dominantes, où les modes de représentations tendaient à se rapprocher, il y a eu deux périodes d’épanouissement artistique et culturel régional :
. La période intermédiaire ancien (de -300 à 650 après JC.).
Au nord, on verra s’épanouir de façon locale les Viru, les Vicus, puis les Moche (ou Mochica), qui développeront l’art original des huacos retratos (céramiques anthropomorphes) et de nombreuses scènes de la vie quotidienne (photo n°1).
Au sud, cette période correspond à l’essor des cultures Nasca sur la côte du Pacifique, célèbre pour ses dessins monumentaux de plusieurs kilomètres représentant des formes géométriques ou des animaux.
Sur l'altiplano et autour du lac Titicaca, la culture Tiwanaku, née avant la culture Huari, va fortement influencer cette dernière dans ses modes de représentations. Tiwanaku (ou Tiahuanaco, site archéologique situé dans l’actuelle Bolivie) restera toujours indépendant de la domination de l’Empire Huari, contrairement au reste du monde andin. La culture Tiwanaku, qui faisait prédominer les formes abstraites et géométriques, déclinera lentement et tardivement, en même temps que l’Empire Huari. Elle aura donc durée 1000 ans. Cette influence majeure se retrouvera dans toutes les cultures du sud du Pérou (voir monolithe de pierre Pucara, photo n°2).
Je vous conseille fortement d'aller voir sur Voix Nomades :
. L'article de Daniel sur la porte du soleil à Tiahuanaco (http://www.voix-nomades.com/guides-voya … oleil.html)
. Mon carnet de voyage sur la Bolivie (http://www.voix-nomades.com/carnets-voy … naku_.html).
. La période intermédiaire récent (1100 environ à 1450), après les Huari, est marquée par les cultures régionales du nord. Les Chimu et les Lambayeque se développèrent sur l’aire de répartition plus ancienne des Viru et des Moche, et les Chancay, près de Lima, représentent une synthèse entre les influences du nord et du sud. Au sud, d’autres civilisations locales se développeront, comme les cultures Ica-Chincha (photo n°3).
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