Que dire sur cette civilisation mythique, qui est à l’origine de "l’horizon formatif" (-1500 à -300 av. JC) ?
Elle correspond à la première culture "unificatrice" de l’ensemble andin, aux véritables racines "antiques" des cultures précolombiennes. Les Chavin n’ont laissé que peux de traces, mais ils nous ont légué un art féérique et monumental. Ces vestiges aux motifs abstraits laissent une marque forte sur l’imaginaire des péruviens d’aujourd’hui.
Cet art monochrome est fascinant car il reste énigmatique. Les formes très stylisées n’ont pas laissé de représentations de la vie quotidienne de cette époque. Les courbes n’existent presque pas et laissent place, en lieu et place des yeux ou des taches des pelages des animaux, à des formes quadrangulaires, carrées, ou en croix. Les représentations les plus fréquentes dépeignent des êtres monstrueux, des félins, alligator ou anacondas (voir photo 1, musée Larco de Lima).
La stèle Raimondi
La principale divinité Chavin était représentée par un félin (jaguar ou puma) entouré parfois de dieux mineurs comme les condors, le serpent et les dieux à forme humaine. On retrouve une partie de cette représentation sur la stèle Raimondi (voir photo 2, musée d’ethnologie et d’archéologie de Lima), probablement la plus belle pièce d'art lithique de la culture Chavin. Cette stèle porte le nom de ce voyageur italien qui, en 1874, la trouva chez un paysan de Conchuco, qui s’en servait comme table pour ses repas...
Provenant du site du temple Nuevo de Chavin de Huantar (400-200 av JC), elle mesure près de 2 mètres de hauteur et représente une image du Dieu majeur de Chavin, bipède mais aux attributs zoomorphes, avec des griffes aux mains et aux pieds et des crocs jaillissant de la bouche. Il tient 2 objets ressemblant à des sceptres ou bâtons et porte une coiffure constituée de visages de félins superposés desquels partent des rayons avec des pointes de serpents...
Les extrapolations sur la signification de cette représentation sont nombreuses : l'origine du monde pour ce culte dédié à la fertilité ? Cette explication peut faire sens tant cette représentation semble constante dans les nombreuses autres civilisations andines qui succéderont aux Chavin : l'image de ce Dieu majeur, sous des noms et formes différentes mais avec de nombreuses caractéristiques communes, va perdurer des Paracas ou Pukara jusqu'aux Incas (sous le nom de Wiraqocha, Dieu supérieur des Incas). Un trait d'union magnifique, magnifié par cette stèle très bien conservée.
L'obélisque Tello
Dans le même musée d’ethnologie et d’archéologie de Lima, on peut voir l’obélisque de Tello (photo 3). La représentation anthropomorphe disparaît au profit d’étranges caïmans desquels sortent des plantes et créatures de la jungle. Là encore, la genèse de la culture Chavin ? La question reste ouverte. Quoi qu’il en soit, le degré de raffinement de ces œuvres sculptées il y a 3000 ans est émouvant.
On ne sait pas si Chavin constitua un Empire au sens guerrier du terme, conquérant et dominateur, mais sa culture se retrouve dans toutes les Andes péruviennes, au nord, autour de Cupisnique, et au sud, autour du lac Titicaca et le long de la mer, à Paracas. Le bel ensemble monumental de Chavin de Huantar ressemble plus à un haut lieux de pèlerinage religieux qu’au cœur d’un Empire militaire. Situé dans une lointaine localité des Andes centrales, loin de toutes les grandes routes touristiques, je n’ai pas pu m’y rendre. Trop loin. Une autre fois...
Site Internet en espagnol, très complet sur le sujet : http://chavin.perucultural.org.pe/.
J’avoue ma surprise. Je ne m’attendais pas à autant de diversité, dans les styles, les formes et les couleurs. J’ai été saisi par la beauté de tant d’objets précolombiens dont regorgent les musées de Lima, notamment les fondations privées. Chacune de ces cultures témoignent d’imaginaires spécifiques dans une tradition de croyances et de coutumes communes et passionnantes. Le temps des préjugés, où je résumais la culture péruvienne aux seuls Incas - c'est-à-dire le mois dernier ! - me parait bien archaïque. Il était temps ! Pendant près de 15 jours, j’ai eu la chance de sillonner la ville de Lima en tous sens. Dans de nombreux lieux, j’ai pu photographier les objets par dizaines. J’en restitue dans ce carnet les exemples les plus symboliques ou les plus émouvants, sans volonté d’exhaustivité (ni scientifique ni esthétique). Souvent, c’est juste la qualité des photos qui a simplement guidé mes choix...
Quoi qu’il en soit, je vous invite à découvrir la richesse de l’art précolombien de Lima. Petit abécédaire des cultures Paracas, Nasca, Chavin, Moche (ou Mochica), Tiwanaku, Huari, et bien d’autres...
Au classement des musées les plus envoûtants de la ville, le n°1 est sans contestation possible le museo Larco, pour sa collection inégalée de huacos retratos (céramiques anthropomorphes sous forme de vases-portaits). Dans un des plus beaux cadres colonial de la ville, il a fait de la culture Moche (ou Mochica) sa spécialité. Il faut découvrir ses univers si différents, des réserves étonnantes de milliers de pièces non exposées à la scénographie moderne et épurée des céramiques érotiques. je vous invite ensuite à découvrir le museo Amano, moins connu et plus difficile d'accès (sur rendez-vous uniquement, mais gratuit !), fondation japonaise et péruvienne d’un autre temps. La scénographie est mauvaise (ou vieillotte, selon les humeurs) mais la qualité des tissus est exceptionnelle. Ce sont là parmi les plus belles pièces du Pérou. La guide vous les fera découvrir une à une, en ouvrant chaque tiroir précautionneusement pour ne pas altérer les couleurs, véritables trésors des cultures précolombiennes (certains tissus valaient plus que l’or).
Enfin, il est difficile de ne pas aller voir le museo nacional de antropologia, arqueologia e historie del Peru et le museo de la nacion, tous les deux "généralistes" et publics, mais avec une scénographie inégale. Ce côté "un peu de tout" est une bonne chose pour les voyageurs pressés mais on reste sur sa faim.
Cela m’amène au musée que vous pouvez éviter, temple pour gogos (dont j'ai fais, hélas, partie !) : le museo de oro del Peru (le musée de l’or) ne mise que sur l’attrait facile de nos sociétés pour le métal jaune. La scénographie est mauvaise, les collections d’armes du monde n’ont aucun intérêt, la majorité des objets en or sont des faux... et le prix d’entrée est prohibitif (lui seul constitue d’ailleurs la véritable pépite de ce "business" culturel). Seules quelques pièces intéressantes sauveront in extremis votre visite. Ce musée ne vaut pas les commentaires qu’il peut recevoir dans la plupart des guides.
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