Les volets intérieurs qui s’encastrent dans la boiserie des fenêtres empêchent la lumière de rentrer et amortissent les bruits. Je dors nettement mieux, plus profondément et je me réveille plus tard grâce à eux. Ils facilitent les siestes espagnoles et leurs réveils tardifs !
Les courses
Nous avons trois priorités ce matin : faire le plein d’essence avant de tomber en panne, assurer le ravitaillement de base et enfin, trouver les itinéraires des sentiers.
Le temps est variable :se succèdent les bourrasques, les giboulées, les éclaircies, les averses de grêle…Du côté de la mer, le ciel est dégagé, d’épais nuages sont accrochés à mi-pente des montagnes.
Nous logeons dans le quartier du haut Hermigua : « El Convento ». Les commerçants sont installés dans le village d’en bas. Il y a plusieurs supermarchés, deux banques, une pharmacie peinte en violet, une église en ciment peinte en jaune et de nombreux restaurants.
De la plage déserte, Tenerife semble toute proche. Je crois entrevoir le sommet enneigé qui se cache bientôt.
A Agulo, les voitures sont garées sur le terrain de foot en terre battue marron. Dans le village, les rues sont tranquilles. Nous faisons nos courses et laissons nos trois sacs plastiques sur un congélateur pour poursuivre la promenade dans des rues blanches aux maisons basses. Seule la place de la Mairie et de l’Eglise est bordée de maisons à étage avec des balcons.
Au centre d'Interprétation du parc à Las Rosas
Dernière étape vers l’Ouest à Las Rosas. On oblique vers la montagne pour trouver le Centre d’Interprétation du Parc de Garajonay. Il fait gris et, en altitude, très froid. En short, je suis gelée.
Le jardin botanique est très joli mais j’ai hâte de me mettre à l’abri. Le vent a fait tomber un poteau électrique et le reste du Musée est en panne. Dans l’unique salle éclairée, le panorama de la flore, la faune, le climat et la géologie de l’île, est très complet, simple et pédagogique. Je recopie studieusement les panneaux ;
Le régime des vents est très détaillé. Hier, j’avais remarqué que mon voisin anglais lisait un livre de météo destiné aux navigateurs. Je lui avais demandé une explication au mauvais temps présent. Selon lui, le vent du sud Ouest serait le responsable, l’anticyclone des Açores ayant bougé. En effet, d’après les explications du centre le vent de Sud Ouest apporte bourrasques et précipitations intenses : exactement ce qui se passe aujourd’hui ; au contraire, les Alizés (trade wind)venant du Nord Est auraient garanti un temps stable, des brumes en altitude mais peu de précipitations .
La jeune fille de l’Accueil, distante au début de la visite est devenue très aimable. Elle a sans doute détecté en nous des visiteuses motivées et finalement nous communiquons facilement en Espagnol. Les Canariens n’ont guère d’estime pour les touristes, il faut faire nos preuves aussi bien du point de vue linguistique que de la motivation. Elle sort les brochures de dessous le comptoir et nous conseille deux promenades faciles dans le Parc. Elle déconseille formellement les descentes glissantes et dangereuses par temps de pluie ?
Nous rentrons au gîte distant de 15 km pour déjeuner et mettre des vêtements plus chauds.
La forêt enchantée de Garajonay
Nous partons en direction du sud par la route de San Sebastian puis trouvons la Carratera Dorsal qui traverse le Parc en chemin de crête. A la sortie d’Hermigua la route s’élance en lacets très serrés. En cinq ou six kilomètres nous gravissons 1000m et nous trouvons en plein brouillard. Des miradors sont aménagés, inutile de s’y arrêter ! Nous traversons la Laurasilva ou Monteverde où les bruyères arborescentes poussent très serrées, envahies par endroits, de lichens qui leur donnent un aspect étrange. La brume rajoute une atmosphère fantomatique.
Suivant les recommandations de la Ranger, nous suivons le rebord sud ouest du parc à l’abri du vent. Pas de brouillard ici, la couverture nuageuse est peu dense. Sans voir le ciel bleu on devine par moments le soleil. De la route, une bonne piste forestière descend jusqu’à une aire de pique-nique (tables et immenses barbecues). De là le sentier de Creces fait une boucle d’une heure et demie. Des bornes numérotées renvoient au petit guide polycopié que nous a donné la guide. Le commentaire est très détaillé. Nous suivons d’abord une petite canalisation ancienne en pierre, tombée en déshérence, et marchons sous les houx et les lauriers (Lauréa Azorica) . Des mousses épaisses s’accrochent aux troncs et aux branches donnant aux arbres un aspect chevelu, barbu, des champignons plats jaunes font des taches colorées .Au sol, à l’ombre des fougères magnifiques. Dans les clairières les géraniums au feuillage très découpé font un tapis vert tendre. Le feuillet cite aussi les cistes de Montpellier (je n’en ai vu qu’un seul et la menthe. Les bruyères arborescentes sont en fleur en ce moment. Vu de dessous cela ne se remarque pas (de la route si). La taille des troncs des bruyères est impressionnante. Ils sont aussi épais que ceux d’un chêne. Recouvertes de mousse, avec les lichens qui pendent elles forment une forêt fantomatique dans la brume. On pourrait y filer un de ces films de sorcellerie qui ont du succès chez les ados en ce moment. Pour une fois, nous sommes dans les temps en nous arrêtant longuement à toutes les bornes .je suis ravie de cette promenade dans la forêt humide.
La pluie horizontale
J’en reviens avec un nouveau concept scientifique : « la pluie horizontale ». Il s’agit de la captation par la forêt de l’humidité contenue dans l’air sous forme de nuages et de brumes. D’après le document, cette humidité serait dans les mêmes proportions que les véritables précipitations (1000mm/an) ce qui est une quantité énorme. Cette eau captée par la forêt est d’autan plus précieuse qu’elle ne s’accompagne pas du ruissellement violent des averses. Sans compter le rôle de protection des sols et surtout la création d’humus dans ces conditions favorables d’humidité et de température (14/15°C en moyenne annuelle) .j’avais lu ou entendu quelque part que la forêt « fait pleuvoir », cela m’avait paru étrange. Peut être serait plus correct de dire qu’elle capte l’eau de l’atmosphère. Peut être y a t il d’autres phénomènes que je ne connais pas ?
Je repense aux collines pelées du Cap Vert et aux efforts gigantesques de reforestation de la Révolution de Cabral. Alors, je ne voyais dans les arbres qu’une protection contre l’érosion.
Lorsque nous rentrons, le plafond nuageux est assez élevé pour que Dominique ne conduise pas dans le brouillard. Nous profitons donc du paysage et nous arrêtons aux miradors. Au mirador de El Bailadero : deux dykes en pain de sucre sont coiffés de nuages. El Rojo domine la Vallée d’Hermigua. Partout dévalent de belles cascades. Dans le creux on découvre un petit lac de barrage
La tempête s’est calmée et le beau temps est revenu. Nous allons sur la côte sud. Après les tunnels sous les sommets nous débouchons sur le versant ensoleillé désertique où poussent cardon, tabaïbas, opuntias, les plantes grasses du désert.
San Sebastian, capitale de la Gomera
San Sébastian n’a que 7000 habitants mais c’est la capitale de La Gomera avec de très beaux bâtiments officiels : une Mairie à balcons canariens en bois sombre sur une jolie place plantée de palmiers. Nous arpentons la vieille rue la Calle del Medio, bordée de petites maisons basses blanches avec de nombreux commerces. C’est dans cette rue que se trouve la petite église et la Maison de Christophe Colomb. L’autre monument historique est la Torre del Conde, une tour carrée chaulée de blanc avec des parements de lave rouge. A l’intérieur, une exposition de gravures anciennes de San Sebastian et des cartes marines du port. Les cadres modernes de bois plat ciré, tout simple mettent en valeur ces documents qui sont aussi beaux qu’une exposition de peinture. Les marins et les historiens peuvent apprécier la valeur historique.
Nous allons au port nous renseigner des horaires de bateaux vendredi pour notre retour. Les passages sont nombreux la veille du week end .Espérons qu’on n’aura pas de tempête !
La plage de San Sebastian, abritée par le port et par des rochers pointus. Elle est assez grande et son sable est fin Sous le pâle soleil trois couples de touristes adossés à la digue, essaient de bronzer. je sacrifie à ma marche favorite au bord de l’eau, bien fraîche après le mauvais temps d’hier.
A midi et demie, nous avons épuisé les curiosités de la capitale.
On remonte au Parc de Garajonay
La route du Parc de Garajonay en direction du NE remonte au flanc d’une arête comparée au dos d’un chameau. Plus on grimpe, plus le panorama est spectaculaire : Tenerife parait toute proche. On voit les stations balnéaires occupant la côte sud, les villages à mi pente, les bâches des bananeraies. Nous repérons les Gigantes, la falaise et la ville. Un nuage coiffe le Teide. Au dessus de nous, les nuages passent, tantôt cachant le soleil tantôt nous avons une belle éclaircie. Nous cherchons le coin pique-nique idéal avec un parking, une belle vue et si possible du soleil ! Dominique nous trouve un véritable jardin : une rocaille fleurie de cistes d’asphodèles de soucis oranges, et planté d’opuntias de tabaïbas pour l’exotisme, au loin des palmiers, un petit ravin très creux aux parois abruptes, des crêtes découpées sur une mer bleue. Nous sommes tellement bien que je dessine les plantes et les crêtes.
Nous sommes près de la Degollada de Peraza, lieu qui raconte la fin de l’histoire commencée à la Torre del Conde .Cette tour fut édifiée en 1450 par Fernan Peraza l’Aîné pour se défendre contre les Guanches qui résistaient à la colonisation espagnole. Son fils Fernan le Jeune épousa Béatriz Bobadilla. Puis il conçut une passion pour la princesse Guanche Iballa. Alors qu’il allait la rejoindre, il tomba dans une embuscade tendue par les frères de la princesse et fut jeté dans un précipice.
Les Roques de Aguando sont des dykes aussi grands que la Cathédrale du Teide Ils dominent une vallée verte où poussent en altitude des pins des Canaries remplacés par les palmiers près de la mer. Le printemps semble arrivé ici : les vipérines bleues sont en fleurs ainsi que les genêts qui forment une grosse boule blanche.
L’Ermita de la Nieves est une jolie petite église blanche toute simple dans un site magnifique. Juste quand nous descendons de voiture je remarque que le Teide est presque sorti des nuages. J’en profite pour le dessiner tandis que Dominique fait une sieste sur une arête rocheuse parmi les bruyères arborescentes et les genêts en fleurs. Nous sommes à l’altitude de la Laurisilva mais sur ce versant sud, seule pousse la bruyère moins exigeante que les autres arbres. Mis elle a la taille d’un arbuste. Comme nous passons devant le panneau Cedro je demande à Dominique d’aller prospecter le départ de la promenade qui arrive à notre gîte et que j’ai très envie de faire. La SEAT Ibiza s’engage sur une belle allée dallée dans un sous bois très dense. La descente est impressionnante la montée nous fera apprécier davantage notre voiture « Bord de Mer » qui grimpera sans chauffer et sans renâcler.
La Hermigua
Nous terminons cette belle journée en nous engageant sur la petite route sur le versant faisant face à notre maison. Nous faisons le tour d’Hermigua, gros village dispersé en nombreux hameaux dans la vallée étroite. Notre hameau, est nommé El Convento à cause du couvent dont j’avais entraperçu le clocher ajouré. C’est seulement sur le versant opposé que nous le voyons, en contrebas de la route. C’est aussi seulement maintenant que nous découvrons la silhouette de notre maison : c’est une des plus belles du quartier : bâtie sur deux niveaux, blanche avec des pierres apparentes aux angles, un toit de tuile, son jardin et les deux palmiers qui la précèdent. De la route principale on ne devinait que deux quartiers : la Ville d’en haut et la ville d’en bas. On découvre maintenant que les maisons s’étalent très haut au dessus de nous. Autour de l’hôtel rural où nous sommes allées chercher les clés dimanche, il y a encore un autre hameau. . Le long de la petite route les maisons sont plus dispersées, des chemins partent dans tous les tournants vers des ravines insoupçonnées. La petite route mène à la mer. Elle est coupée par un gigantesque glissement de terrain. Toute la montagne est fissurée et risque de basculer à tout moment. Depuis quelques jours, je suis saisie par l’ampleur de l’érosion qui est un phénomène très lent sous le climat français et qui reste pour moi une notion très abstraite. Les élèves acceptent très bien cette idée et parlent de l’ »usure du temps ». Je suis forcée de leur expliquer que le temps en lui même n’use rien du tout et que les facteurs de l’érosion sont l’eau et le vent. Ici le phénomène se déroule sous mes yeux. La route principale de San Sebastian a été coupée aujourd’hui par un amas de roches et de boue. Depuis ce matin une pelleteuse remplit des camions qui se succèdent sans arrêt. Le tas n’avait quasiment pas diminué à notre retour à 5 ou 6 heures. Ici, à la Gomera, les basaltes sont anciens, les roches sont marron ocre, très oxydées, très altérées. Les pluies de Dimanche et Lundi ont fait couler dans les rues de San Sebastian une fine argile rose sur laquelle j’ai failli m’étaler ce matin et que les cantonnier raclent à la pelle. A Tenerife, sur le Teide, les chutes de pierres de l’après midi quand la glace fond étaient impressionnantes. Dans les Alpes à haute altitude je connaissais ce phénomène mais ne l’avais jamais constaté de visu. Ces vacances sont vraiment un stage pratique de géologie.
Bonne surprise de retour au gîte, avec le beau temps, la télé est revenue ! Le journal télévisé consacre l’essentiel de son temps à la vague de froid et de neige qui sévit sur l’Espagne. Dès notre arrivée à Tenerife nous avons vu le Pays Basque, la Galice sous d’épaisses couches de neige ce qui ne nous a pas vraiment étonnées. Puis Madrid et la Castille, ce qui n’est pas exceptionnel. Depuis quelques jours on nous montre l’Andalousie sous la glace et la neige. Aujourd’hui le bulletin local des Canaries fait le point sur les intempéries : la tempête a mis à terre des tonnes d’oranges et d’avocats. Le froid et l’humidité ont favorisé le développement du mildiou sur les tomates. C’est toute l’agriculture canarienne qui est touchée. Sans parler du téléphérique du Teide encore bloqué !
Traversée de l’île sous la pluie
Le crachin breton qui tombe ce matin ne ressemble pas aux giboulées des autres jours. Malgré tout, nous prenons la route pour Valle Gran Rey. Le réseau routier de La Gomera se résume à une couronne, qui traverse le Parc à environ 1100m la Carratera Dorsal d’où partent des rayons dans chacune des vallées. Par exception Hermigua communique avec Agulo en faisant une corniche au dessus de la côte nord se prolongeant encore quelques kilomètres avant de tourner vers Villahermoso. Valle Gran Rey se trouve diamétralement opposé à Hermigua .On pourrait aussi bien l’atteindre par le versant sud.
Les pluies des jours précédents ont provoqué des éboulements sur la corniche. Heureusement, l route est très large. Sous la pluie, la pelleteuse et les camions s’activent. Les camions transportent ; les déblais et circulent lentement sur la route tortueuse. Ils se servent de leur clignotant pour nous prévenir : à droite « vous pouvez doubler » à gauche « ne pas dépasser ». C’est plutôt sympa ! Villahermoso est un bourg ramassé dans sa vallée très cultivée. De petites terrasses très soignées s’étagent jusque haut dans la montagne. De nombreux palmiers poussent sur les terrasses. C’est un paysage très soigné, construit par l’homme, riant et accueillant, tout au moins par beau temps ! Sous le ciel gris et la pluie battante, il faut faire un effort d’imagination pour rajouter la lumière du soleil, les ombres, aviver les couleurs. Un pain de sucre s’appelle le Roque Cano.
Nous montons vers le Parc négligeant miradors et curiosités ? Plus nous nous élevons, plus le nuage s’épaissit .Il n’y a plus aucune visibilité. Nous entrons dans un long tunnel rempli de brouillards. Les phares ont du mal à percer l’obscurité. On distingue seulement la ligne blanche de la chaussée. Dominique est saisie d’angoisse. Le Tunnel est très long. J’ai vu sur la carte qu’un autre va suivre. Heureusement, il est moderne large et droit. On voit la lumière du jour au fond.
Valle Gran Rey
Nous arrivons vers midi à Valle Gran Rey. Encore une fois, sous le soleil, la vallée serait ravissante avec ses rochers découpés, ses terrasses vert fluo, les palmiers et de très hautes cascades. Réminiscences de Thaïlande sous la mousson. La petite station balnéaire est tranquille. Aucune comparaison avec les gros centres de Tenerife. L’activité principale est la Randonnée, à pied à vélo ou en canioning. Point commun à tous les passants : ils sont germaniques. L’espagnol a peu cours ici. Les randonneurs allemands ne sont pas rebutés par les intempéries. En short, en Kway, bob ou parapluie, la pluie n’arrête pas le pèlerin. J’ai même vu un enfant sur les épaules de sa mère, emballé dans un sac poubelle noir sortir sa tête coiffée d’une casquette par un trou dans le plastique.
Dans une échancrure de la falaise, un petit port avec des barques colorées et un bar des pêcheurs. Plus loin des quais modernes pour accueillir des bateaux plus gros, déserts aujourd’hui.
Les lézards géants
Je rentre dans les boutiques pour avoir des renseignements sur le Centre des Lézards.
Chez les Teutons : perplexité. J’ai oublié, ou jamais su, comment on dit lézard en allemand. Même ceux qui tiennent un commerce n’ont jamais entendu parler des lagartos. J’essaie une piste pour me faire comprendre : un serpent avec des pattes, cela ne leur dit rien.
Les Espagnols connaissent le Centre : c’est à la Playa del Ingles derrière le stade de foot.
La pluie a cessé. On se promène à pied dans des jardins très fleuris : bougainvillées, poinsettias, géraniums, volubilis …La Playa del Ingles est au pied d’une énorme falaise, telle un mille feuilles, s’empilent coulées rouges et noires, cendres rouges, brunes ou claires… C’est là que vivent les lézards géants sauvages. Personne ne viendra les déranger.
Deux petits bâtiments en ciment : des terrasses grillagées, sur le portail une plaque Centro de Recuperacion de los Lagartos. J’ai trouvé ! Il est 13h30. Par chance, la porte est ouverte. Deux hommes sont assis.
Je me présente « je suis professeur de sciences naturelles, j’aimerais bien voir les lézards d’autant plus que les lézards sont un peu une histoire de famille, mon père a fait sa thèse sur les lézards vivipares ». Le mot « thèse » me manque en espagnol. J’emploie l’américain PhD, pas compris. L’homme me dit en français « Mais vous êtes française !j’ai travaillé à l’Université de Montpellier » Il demande mon nom. Panigel cela lui dit quelque chose. Il a dû le rencontrer dans une bibliographie Lui, s’appelle Mateo.
L’Université de Montpellier » Il demande mon nom. Panigel cela lui dit quelque chose. Il a dû le rencontrer dans une bibliographie Lui, s’appelle Mateo.
Il me fait visiter d’abord la nursery. Dans des terrariums, les petits lézards âgés de trois mois sont éclairés par des tubes de néon dans des boîtes de Pétri. On leur propose de la pastèque coupée en morceaux et des rondelles de poivron. Ils n’ont pas encore les caractères morphologiques adultes et ressemblent à n’importe quels lézards. Dans les enclos on a creusé des galeries dans lesquelles on a adapté des tubes en PVC. Comme il fait mauvais, évidemment, les lézards sont cachés. Mateo tire un tube, le secoue et le retourne. Il en sort une petite femelle grise qui court à toutes pattes vers un nouvel abri. Elle n’est pas bien grande, à peine une vingtaine de centimètre et je n’ai pas le temps de la photographier. Dominique survient. Nous allons visiter un nouvel enclos. Mateo déloge un gros mâle de trois ans qu’il prend dans sa main. On voit bien sa gorge blanche. Comme les lézards de Tenerife, il porte une rangée de points bleus sur les flancs. C’est loin d’être un géant. Pour atteindre trois kilos il lui faudra vieillir de soixante ans. Les jeunes des terrariums ne seront probablement jamais libérés. L’espèce n’a été découverte que depuis peu. La première capture d’un animal vivant remonte à 1999. La description de Gallotia simonyi gomerana a été faite en 1985 d’après des restes subfossiles. Il convient donc d’obtenir en captivité une population assez importante avant de relâcher ces animaux.
Le chercheur nous montre leur habitat naturel dans la falaise, un creux et un rebord où est installée une corde. Il faut être alpiniste pour étudier ces animaux là de près ! De retour à son bureau, il fouille pour trouver de la documentation à nous offrir. Je vois son matériel de travail : des diapos et des classeurs, des boîtes de tirés à part. pas d’ordinateur. C’est un labo à l’ancienne. Sur son bureau trônent de solides chaussures de montagne. Cette visite donne du sens à cette triste journée pluvieuse. J’étais tombée par hasard sur le site des lézards géants sur Internet et j’attendais avec impatience cette visite.
Playa del Ingles
La playa del Ingles est la plus belle plage sauvage que nous avons vue depuis le début des vacances. Dangereuse à la baignade ! La date de la dernière noyade remonte à 2002 comme l’indique une affiche placardée pour décourager les intrépides. Une bouée et un filin soigneusement enroulé sont prêts à tout sauvetage éventuel. De gros blocs parsèment la plage de sable noir. On les a empilés pour faire des paravents. La mer est déchaînée. Les rouleaux se brises en formant une sorte de traîne d’écume blanche. La falaise au ras de la plage est énorme, marbrée de pourpre de violet, de brun d’orange avec des lentilles et des coulées qui alternent.
Pendant le déjeuner, la pluie a cessé. Au retour, elle redouble. Nous reprenons la même route avec un peu moins de brouillard. Le tunnel redouté est passé sans encombre .Des cascades descendent de toutes les parois. Parfois ; ce sont de véritables torrents de boue rouge qui dévalent le rocher.
l'archevêque de Salzbourg
Quand nous remontons au gîte, notre escalier ressemble à un de ces jeux d’eaux de l’archevêque de Salzbourg ! Le chemin est noyé sous une épaisse couche d’eau. C’est tellement mouillé que c’en est drôle !
encore la pluie!
La météo nous avait prédit : soleil, nuages et pluies sur La Gomera. Nous avons tout cela en même temps. J’avais encore un espoir de faire la randonnée Cedro-Hermigua qui aboutit au gîte.
Nous sommes à peine prêtes que tombe la première averse. Pourtant le ciel est dégagé.
J’avais entrevu le clocher, plat et ajouré, très discret, du couvent des dominicains. Trois cloches y sont suspendues, nous les entendons tinter de chez nous. C’est ce couvent qui a donné son nom à notre hameau El convento. L’église donne sur une placette dallée. Ses deux portes de bois sont belles, l’une d’entre elles est ouverte. Nous entrons donc et remarquons les beaux plafonds de bois précieux sculpté très finement. Encore une fois, ce sont les plafonds qui me séduisent le plus dans l’architecture canarienne.
Nous descendons la route principale du village sous une pluie insistante. Nous découvrons petit à petit Hermigua, son école, son grand jardin public avec un beau carré de plantes grasses. Le bureau de ATUR (qui nous avait loué le gîte) est à l’étage d’une maison. Je monte pour remercier Laurie toujours si aimable dans ses mails et au téléphone. Elle accepte la Mastercard de Dominique ce qui nous arrange bien et nous permet de rester jusqu’à deux heures demain , nous pourrons prendre un ferry dans l’après midi et pourrons peut être voir Hermigua sous le beau temps !
Face à l’église, nous traversons la rivière et retrouvons la route sur l’autre versant. Je suis fascinée par la géométrie des parcelles vert vif qui tapissent le fond de la vallée et des bananeraies sur les petites terrasses. La camionnette du poissonnier annonce sa venue bruyamment dans tout le village. Nous avons une vue plongeante sur toute la vie du village animé malgré le mauvais temps Je remonte la route jusqu’au bout tandis que Dominique rejoint la maison par un chemin de traverse. Nous nous retrouverons pour pique-niquer à la plage vers 13 heures. Je surveille Dominique monter l’escalier qui conduit au gîte. Dès que j’amorce le chemin inverse, la pluie recommence à tomber de plus belle. Mon anorak me protège bien au début mais rapidement je suis trempée.
Notre pique-nique se fera dans la voiture devant l’océan, aujourd’hui très calme. Les bateaux de pêche sont sortis, j’en comte quatre plus un petit voilier. Le soleil fait enfin une apparition. Dominique me suggère une promenade sur le GR qui rejoint Leppe à Agulo. En voiture, c’est très court, nous nous donnons rendez vous à 15 heures.
Le GR
Le sentier passe dans les ruelles du village entre des murs blancs sur lesquels sont perchés des coqs et des poules . je descends un escalier de pierres irrégulières et très glissantes pour arriver aux petites terrasses cultivées. C’est très agréable, un peu sportif. Malheureusement, j’avais oublié la cascade qui saute de très haut du sommet de la falaise en quatre rebonds pour donner un torrent de boue rouge qu’il faut passer à gué. Je sonde avec le bâton de marche, passe la moitié en me cramponnant aux deux bâtons. Entre deux rochers, le courant est très fort, il ne reste qu’un petit espace de moins d’un mètre mais je dois reculer. Dominique a quitté la petite place de Leppe où elle m’a déposée. Une petite chapelle est ouverte. Je pourrai m’y réfugier si la pluie recommence et l’attendre à côté des statues habillées de velours. Juste à côté, un escalier de ciment monte tout droit. Une série de lampadaires me laisse imaginer que je peux l’emprunter pour arriver à la route. Cela grimpe très raide. Quelques mètres avant d’atteindre le but, une coulée de boue, le chemin s’est effondré. En m’appuyant bien sur le bâton et en suivant les traces de pas de quelqu’un qui est passé récemment, je me lance. Ce n’est pas prudent. Il ne s’agit que de quelques mètres. En dessous une petite terrasse pourrait me recevoir si je glissais. Je passe. Et me retrouve sur la route avec les camions. Dominique a trouvé l’autre extrémité du GR à partir d’Agulo. Elle me fait des signes. Elle est dans un très bel endroit occupé par des jardins. En dessous sont parqués des moutons trempés, marron avec un agneau noir. Nous leur jetons des épluchures. Plus loin, des petits cochons sont sur la route, les mères sont enfermées derrière un grillage.
le soleil revients sur Villehermoso
Puisque les nuages ont disparu, nous continuons la route de Villehermoso pour la voir sous le soleil. Tant qu’on ne s’éloigne pas du rivage, le temps est ensoleillé. Dès qu’on s’enfonce dans la montagne nous retrouvons les nuages et le brouillard. A deux kilomètre de Villehermoso, nous nous arrêtons près d’une petite plage –baignade dangereuse- une belle piscine. Plus loin une ancienne grue témoigne de l’activité portuaire ancienne quand Villehermoso n’était pas reliée par la route. Pour exporter les productions agricoles, la Grue hissait les marchandises dans les bateaux. Près de la Grue, des allumés ont construit un « château de pirate » un peu délirant avec un bar, une Galerie d’Art, une scène pour des spectacles et des « nuits de pleine lune ».
carnet moleskine
De retour à Hermigua, je prends mon crayon, mon carnet moleskine. Ce matin j’ai repéré deux « cadrages » qui me plaisent particulièrement : une vue générale sur notre quartier El Convento ramassé sur une arête rocheuse sus une sorte de dyke coupé en deux. Au dessus du rocher, un sommet pyramidal, plus loin, une cascade, enfin, la ligne de crêtes très découpée sur l’horizon.
Autre croquis : au premier plan, les bananeraies dans leurs enclos de pierre, puis la masse du couvent avec son clocher plat et évidé pour trois cloches, à l’arrière, les premières maisons et la nôtre reconnaissable à ses arêtes soulignées par de grosse pierres noires ;
Je n’ai pas pu réaliser le deuxième, trois gouttes se sont écrasées sur le carnet noir que j’ai dû refermer. Sur le chemin du retour une pluie drue m’a mouillée.
J’ai donc passé la moitié de la journée trempée mais au final, je suis ravie.
San Sébastian
Nous sommes déçues de ne pas trouver le beau temps que nous espérions. Aux premières lueurs du jour la montagne prend de vives couleurs : les rayons du soleil arrivent obliquement de dessous les nuages. S’il pleut encore ce matin, autant prendre le ferry de midi et visiter La Laguna.
Nous sommes donc à 10h45 sur le port de San Sebastian. Tentons une visite au parador mais nous n’osons pas entrer dans les jardins. A l’entrée de l’hôtel, je marche dans une épaisse flaque de boue : ce qui met fin à mes atermoiements. Nous aurions mieux fait d’aller directement à la plage où je fais un passage express pour nettoyer mes bottines.
Hydroglisseur
La traversée à l’arrière de l’hydroglisseur est très agréable. Je regarde s’éloigner La Gomera derrière le sillage d’écume. Dominique visite les salons luxueux et se laisse tenter par un maillot de marin à rayures bleu turquoise et blanc censé mettre en valeur le bronzage quand nous retournerons lundi au collège.
En bus en taxi
Les Ferries Olsen affrètent des autobus pour rejoindre Santa Cruz. C’est très pratique, le petit chariot de la consigne à bagages est garé à l’arrêt du bus .Il y a très peu de passagers dans le pullman. Nous squattons la banquette arrière et mangeons la salade que Dominique a achetée dans le bateau. L’autoroute suit la côte sud dans un paysage morne et monotone gâché par des installations industrielles et des chantiers que nous avions devinés du taxi à l’arrivée dans l’île. Les villages sont moins nombreux que sur la cote nord. J’observe quelques figures d’érosion intéressantes mais peu lisibles.
Le trajet en taxi de la gare routière de Santa Cruz à la pension Medina à la Laguna est sympa. Le chauffeur est une femme, plutôt bavarde. La pension Medina est située dans un quartier excentré à la Cuesta. Pour 24 euros nous avons une chambre propre. Malheureusement nous sommes loin du centre ville, dix minutes à pied pour rejoindre la Carraterra General puis la Guagua 014. On se trompe. Nous attendons une guagua qui n’arrive pas au bord d’une large avenue déserte. (Ce n’est pas la Carratera General non plus mais il n’y a personne pour nous renseigner)On prend un autre bus qui fait le tour des banlieues de La Laguna.
Le centre de la Laguna, classé au patrimoine Mondial
Le centre de La Laguna est classé au patrimoine de l’Humanité comme ensemble architectural remarquable de la colonisation espagnole. Mais il est petit, il suffit de deux rues pour en faire le tour. Nous admirons les portails monumentaux de belle pierre de lave très sculptés à la mode espagnole se détachant sur un crépi coloré de jaune, bleu, rose. Le couvet a de curieuses tours carrées en bois grillagées comme des moucharabiehs, qui ont sans doute la même fonction.
Dans les boutiques à la mode, ce sont les soldes. Dominique se trouve de jolies chaussures fines. Je me laisserais bien tenter par des jeans à 3 euros mais je n’ose pas les essayer. Dommage celui que j’achèterai le lendemain à l’aéroport à la même taille ! Nous reprenons la guagua à la tombée de la nuit après avoir acheté des empenadas délicieuses qui nous rappellerons les vacances en Galice.
Un boucan infernal
La pension Medina est propre, l’accueil sympathique, l’environnement nous avait paru à l’heure de la sieste tranquille. Mais c’était sans compter sur le vacarme typiquement espagnol ! Au rez de chaussée, il y a un bar qui ne semble jamais fermer le soir. Des chiens aboient sans répit, ils couvrent le bruit de la télé. Passé minuit, nos voisins rentrent et allument leur télévision si fort qu’il semble qu’elle est dans notre chambre. Il nous faut nous lever à 5h30. Nous passons une nuit presque blanche.