Ville plate, la capitale d'un des plus vaste pays d’Afrique a l’allure d’une ville ensommeillée de province. Le centre se résume à quelques immeubles qui imposent leur modernité de verre et l’arrogance de leur hauteur : le pays est devenu exportateur de pétrole depuis 2002 ! Sinon, rien ; un urbanisme inconsistant dans une ville qui n’en finit pas d’étendre ses quartiers indistincts de bidonvilles. Elle n’en finit pas, et ne se transforme pas non plus. On ne reconnaît ni des faubourgs, ni une banlieue, mais des habitations précaires répandues dans le désert.
Le Nil est là pour signaler le centre et départager en deux la capitale: Omdurman rassemble les quartiers plus commerciaux et plus modernes en aval du fleuve. Mais les rives ne sont reliées en tout et pour tout que par deux ponts! Côté Khartoum, la ville s'est développée autour de l'aéroport et de quelques rares cheminées industrielles. Hormis quelques axes goudronnés, les rues sont en terre battue et la poussière pénètre dans les maisons à travers les moustiquaires. Le Palais présidentiel, modeste pavillon, est repeint plusieurs fois par an pour entretenir sa luxueuse blancheur. Il est situé sur la corniche qui domine le Nil. Là un long trottoir ombragé et aéré par le souffle du fleuve attire des goupes d'hommes qui s'adonnent au sommeil...
Le site est accessible en trois heures au départ de Khartoum. On peut s'y rendre en transports en communs en réclamant la direction d’Atbara. Des bus Tata assurent la liaison dans les meilleures conditions. Le problème, c'est le retour ! A l'aller, il suffit de prévenir le chauffeur que l’on veut aller à Méroé. Le bus s’arrête au bord de la route asphaltée, au milieu de rien et en descendent les touristes et seulement eux! On regarde le véhicule s’éloigner sur une route déserte avant d’oser se retourner vers les silhouettes de pyramides dressées à l’Est. On s'approche. Une clôture et quelques marchands peu insistants signalent l’entrée du site perdu dans le sable blond. On est censé avoir acheté ses tickets au bureau du tourisme à Khartoum…
On s’avance, intimidés par la fierté du site et l’éblouissante lumière. Voici la nécropole royale de Méroé: des dizaines de pyramides de pierre noire partiellement ensevelies sous les sables s'étendent au-delà de l'horizon. Ici reposent les membres des familles royales de Nubie, dans des tombeaux colossaux, précédés de portes monumentales dont la pierre est gravée.
Redouté et convoité par les pharaons d’Egypte, le Royaume de Khoush remonte au 3ème millénaire. Longtemps laissé de côté par les archéologues, l’immense héritage nubien commence à livrer ses secrets. Pour le voyageur, l’émotion est intense de marcher entre ces sépultures monumentales, dans la lumière, le silence et la solitude de lieux immémoriaux, encore épargnés de toute infrastructures touristiques, et simplement sublimes.
L'hiver est la période la plus propice, pour ne pas dire la seule! En décembre, il fait couramment 30° à Khartoum et dès avril le thermomètre voisine les 40°. La chaleur ne se relâche pas avant novembre! Au sud, l'hiver est la saison sèche, donc la plus favorable aussi.
Si Ali Farka Touré reste le plus célèbre des musiciens maliens, bien des artistes ont tracé leur chemin dans le sillage de cette veine singulière. Boubacar Traoré appartient à la génération d'Ali Farka. Lui aussi fut l'un des symboles du jeune Mali indépendant, mais en tant que rocker! Ses compositions se sont dépouillées avec le temps, et ses chansons récentes sont empreintes d'accents nostalgiques.
Dans l'album "je chanterai pour toi", d'autres grands noms apparaissent, dont Ali Farka, mais aussi Rokia Traoré ou Ballaké Sissoko. Ces-derniers prouvent combien peut être fertile l'influence des grands maîtres, surtout lorsque les artistes trouvent leur propre voie/voix!
Car la kora de Ballaké Sissoko, comme la tonalité de Rokia Traoré, offrent un bonheur musical intense et inlassable.
Ali Farka Touré, c'est le "lion du désert", le fils de Niafunké, qui a réinventé le blues. Né en 1939, il est le dixième enfant de ses parents et sera le premier de ses frères et soeurs à atteindre l'âge adulte! Issue de l'ethnie Arma apparentée aux Songhaïs, sa famille n'est pas liée à la musique. D'ailleurs, ce n'est qu'en 1956 qu'il découvre la guitare. Elle ne le quittera plus et fera sa notoriété bien au-de là du continent qui accède à l'indépendance dans les années 60. Ali Farka a composé quelques sublimes albums, parcouru les scènes d'Europe et des Etats-Unis, mais n'a pas abandonné sa région natale, sur la boucle du fleuve Niger, où il continue de vivre en s'occupant de l'irrigation de ses champs.
En 2005, paraissait "In the heart of the moon", né d'une rencontre avec le Griot magicien de la kora, Toumani Diabaté: le Nord et le Sud du Mali, la culture peule et la culture mandingue, réunis sans partition pour une session unique et parfaite organisée dans la chambre d'un hôtel donnant sur le fleuve Niger... Ces pincements de cordes-là laissent une éblouissante émotion !
Au centre du "grand marché", un bâtiment en banco a deux étages est le plus imposant des alentours. C'est le centre d'artisanat qui rassemble divers métiers, du cordonnier au bijoutier, sans oublier le forgeron et son enclume...
Autour de la cour des artisans, des boutiques présentent les objets du cru et ceux d'un peu plus loin.
Poignards ouvragés et bijoux touaregs en argent, ou colliers aux breloques de terre cuite portés par les Bellas, voisinent avec des perles de verres de Kayes. De nombreuses boites à bijoux, des fourreaux, des portefeuilles et des pochettes en cuir aux couleurs chatoyantes sont l'oeuvre de l'artisanat touareg. Quelques pointes de flèches en silex évoquent un artisanat plus lointain, et rappellent que le Sahara était assez densément peuplé à l'époque Néolithique. D'autres pièces plus rares sont dissimulées au fond de sacs et sorties avec précaution pour les touristes demandeurs. Haches et meules de pierre confirment en effet que des objets appartenant au patrimoine archéologique local circulent en toute illégalité. L'UNESCO et le bon sens interdisent pourtant cette commercialisation.
Faire marcher l'artisanat contemporain vaut pourtant mieux que nourrir les trafiquants, non?
Le restaurant Amanar situé face à la Flamme de la paix, est abrité dans une cour bordée de bougainvilliers. La nourriture est fraîche et les crudités sûres! Chaque mardi, deux groupes de musiciens viennent apporter l'une des seules animations que l'on peut espérer sur toute la ville. Morceaux mandingues et wolofs se succèdent dans un rythme entraînant. Amina poursuit son service dans les éclats de rire et, après le dessert, on a encore envie de prendre quelques verres. De la bière pour les amateurs.
La rébellion touarègue a été pacifiée en 1996. Cette année-là, 3 000 armes cédées à la fois par les rebelles et par les soldats de l'armée nationale ont alimenté un grand feu, la "Flamme de la paix", à la limite nord de la ville. Depuis, cet acte symbolique orchestré par les Nations-Unies, a laissé son nom à la place, celle de "la Flamme de la paix", et un monument commémoratif y a été dressé. Il est insolite, cet édifice en marbre en forme d'arches croisées, au pied duquel sont scellées les canons des armes déposées... Les chèvres y grimpent et les Tombouctiens y palabrent sur les marches. Autour, du sable, des troupeaux sans pâturages, des huttes et, à l'heure de la prière, des hommes rassemblés derrière une haie de pierres symboliques et tournés vers la Mecque. A défaut de mosquée, le quartier possède le monument qui rassemble...
Elle en a fait rêver des explorateurs, cette cité mythique dont René Caillié fut le premier blanc à revenir vivant, en 1828. Elle n’était déjà plus alors cette cité richissime au coeur de la route commerciale transaharienne, mais sa réputation est demeurée associé à un inaccessible bout du monde. En 2006, ni le café internet, ni l’enchevêtrement de fils téléphoniques et électriques ne contredisent ce sentiment de ville perdue. Elle reste assiégée par les sables du désert, sans un mile de bitume, et plongée dans les ténèbres à la nuit tombée ! Faute d’alimentation électrique, la lueur de la nuit est celle des lampes à pétrole dont les boutiques au coin des rues tiennent la mèche allumée. Et les jeunes Tombouctiens ont trouvé un autre usage aux fils électriques : ils y lancent et laissent pendre lamentablement des peaux de chats écorchés…
Certes, les travaux de construction d’un réseau d’égouts dans le centre ville et celle d’un bassin de retenue pour y stocker les eaux du Niger qui ne s’approchent plus de la ville devraient finir par moderniser la physionomie de Tombouctou. Mais il restera ce dédale de ruelles sillonnant entre les maisons de banco, d’épaisses porte dotées d’imposantes ferronneries, et les étalages du marché à même le sable.
Tombouctou a l’air placide d’une cité somnolente et paisible où l’étranger qui s’aventure dans ses rues à la nuit noire ne sentira d’autres menaces que celles de trébucher dans les ornières invisibles.
Nombreux sont les voyageurs attirés par l’île de Cuba « avant la disparition de Castro »…
Les paysages caraïbéens sont sublimes, la salsa, les cigares et les vieilles voitures américaines sont autant d’images à la fois folkloriques et vivantes, mais…
La dollarisation de l’économie y est assez terrifiante. Car le dollar du touriste est devenu le seul moyen d’améliorer un ordinaire bien précaire. La santé et l’éducation sont d’indiscutables succès du régime castriste, pourtant, comme le disent les Cubains avec leur sens de l’auto-dérision, « on n’est pas toute sa vie écolier ou malade » !
Le castrisme et son parti unique ont engendré ce que les Cubains appellent « la double morale », une tentation du double langage qui conduit à la recherche de solutions strictement individuelles dont le marché noir et l’exode sont les deux pendants. Concrètement, pour le touriste, cela signifie des sollicitations permanentes et des embrouilles fréquentes ! Car l’ingéniosité est appelée à la rescousse pour détrousser le visiteur sans qu’il ne soupçonne quoi que ce soit. Bref, les mauvaises rencontres existent partout, mais de la quarantaine de pays que j’ai eu l’occasion de visiter, Cuba est celui où j’ai eu les plus mauvaises surprises... Il n’empêche, c’est un pays très plaisant par bien des aspects et où une vigilance accrue est bienvenue pour éviter de se laisser gâcher le séjour par les arnaques à répétition.
Kania est française. Elle a voyagé sur les pistes africaines. Sidi Bary est mauritanien, il guide les touristes. Ils se sont rencontrés à Nouhadibou et sont tombés amoureux. Ils se sont mariés et ont ouvert une auberge un peu excentrée, mais très bien tenue, où l'atmosphère est calme et chaleureuse. Une adresse pour les routards motorisés ou non, qui préfèrent s'éloigner de l'agitation du centre. Hermann, l'associé de ce couple mixte, est le troisième pilier de cette équipe très complémentaire qui vous facilitera l'organisation de votre séjour sur place. Chambres individuelles, dortoir et moustiquaires sur la terrasse...
Au nord de la ville, à deux pas de la Place de la Flamme de la Paix, l'auberge Sahara Passion est calme. Bella et sa famille offre un accueil chaleureux et les chambres sont propres, dans une maison qui ne manque pas de style. Possibilité de camping dans la cour.
En face, le restaurant Amanar est certainement l'une des meilleures adresses de la ville pour le rapport qualité-prix.
Ce vol charter proposé par Point-Afrique durant l'hiver rend le pays Dogon et le Nord-Mali très accessible. L'arrivée à l'aéroport de Mopti-Sévaré en début d'après-midi du lundi vous déboussole, et une fois les formalités accomplies (il est préférable d'avoir demandé son visa avant de partir), vous débouchez directement du tarmac sur une place en effervescence. Les T.O attendent leurs clients et, pour ceux qui arrivent en back-packers, c'est la fièvre! Les sollicitations ne manquent pas et il faut se décider, négocier, ou négocier puis se décider...
Pour ceux qui veulent éviter cette brutale entrée en matière, une solution: l'agence Ashraf. Ibrahim et Mahamdou sont fiables. Je les ai appelés de Paris deux jours avant mon vol et leur ai demandés de venir me chercher... Ils étaient là, le tarif avait été dicuté d'avance et il n'y a pas eu à revenir dessus. Leurs 4X4 sont en bonne état et... il faut avoir assister à la préparation du thé sur un mini-butagaz depuis la place à droite du chauffeur, sans s'arrêter de rouler sur la piste!
Bref, un bon plan pour ceux qui veulent s'organiser une mini-virée sans mauvaise surprise et sans passer par un T.O...
Jamais évident de savoir à qui se fier pour organiser une escapade dans le désert! Les guides ne manquent pas, mais je tiens à vous recommander Mahmoud Diallo, basé à Tombouctou, et qui est à la fois très compétent, parfaitement sérieux et d'une compagnie joyeuse et passionnante! Il répond à toutes vos questions, en Français, Anglais, Tamacheq ou Bamabara!
Si le Pays Dogon remporte tous les suffrages des voyageurs, on connaît moins les étendues désertiques qui représentent pourtant près des deux tiers du territoire du pays. Quelques heures de taxi brousse offrent cette métamorphose du paysage qui fait rêver tous voyageurs. A Mopti, on quitte la plaine fertile du Niger et ses rizières, on traverse des "pâturages" peuplés de pasteurs nomades d'origine Peule. Les troupeaux s'abreuvent dans des étangs où resplendissent les nénuphars en fleurs, les baobabs dressent leur silhouette énigmatique et puis, à Douentza, le goudron cède la place à la piste de latérite qui s'enfonce vers le Nord. C'en est fini de la végétation. Des touffes d'herbes sèches, des buissons d'acacias et la solitude. On entre dans le désert. De récents forages ont permis à quelques familles de planter leurs tentes autour, mais il y a seulement vingt ans, la région était totalement isolée.
On rejoint le fleuve dans son tracé le plus septentrional. La piste passe sur une digue au bout de laquelle quelques paillottes proposent aux voyageurs un repas ou un coca, en attendant le bac. Ici, le paysage est brutal, les rives à peine fertiles enserrent un fleuve puissant. Le bac remonte le courant et dépose ses passagers à Korioume, sur la rive nord. De là, il reste quelques kilomètres pour atteindre la mythique, la fabuleuse: Tombouctou...
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