Fête de la gastronomie profondément ancrée dans les traditions limougeaudes, la Frairie des petits ventres a lieu chaque année le 3ème vendredi d'octobre. La corporation des bouchers de Limoges ayant été fondée en l'an 930, cette fête a donc été instaurée au cours du Moyen-âge et se perpétue depuis.
Autant dire que tout limougeaud qui se respecte se doit d'aller acheter aux P'tits Ventres sa part de ventrêche, de boudin, d'andouillette et d'y faire ses réserves de cidre. Les produits sont vendus directement par les producteurs qui ont engagé pour l'occasion toute la famille, les amis, etc... pour faire face à l'assaut de leus stands. Car il y a foule, ça se bouscule, on joue des coudes pour avoir sa part...
C'est une expérience indéniablement intéressante pour avoir un aperçu de la population locale. D'une certaine façon, il semble que les limougeauds affectionnent les réunions de foule dans des lieux exigus et, tradition oblige, l'évenement se déroule dans la rue de la boucherie qui est aussi une des plus étroites de la ville. Vous pourrez donc découvrir les autochtones au corps à corps car à certains moments, il devient absolument impossible d'avancer et vous n'avez plus qu'à suffoquer patiemment en attendant que le flux se désengorge.
Les enfants et les personnes d'un âge respectable finissent cependant par délaisser les festivités à une certaine heure, quand l'effet des litres de p'tit rouge ou de bière déversés sur la ville commence à égailler les esprits. L'esprit de la fête reste tout de même bon enfant et, le ventre bien rempli par un dernier galétou ou gâteau aux châtaignes, chacun repart finalement vers d'autres quartiers de Limoges en attendant l'année prochaine.
Rochechouart, sous-préfecture de la Haute-Vienne, est une petite ville agréable et proprette. C'est un lieu de balade plaisant, avec ses jolies maisons et sa charmante église au clocher tors (en spirale) un peu singulier. Mais c'est surtout pour son élégant château du XVème siècle qu'elle mérite le détour. Surplombant la campagne alentour, il abrite le musée départemental d'art contemporain.
Les collections y sont régulièrement renouvellées selon une des thématiques privilégiées par le musée : paysage, histoire, imaginaire. C'est aussi le lieu de conservation du fond Raoul Haussman, célèbre dadaïste qui vécut et termina sa vie en Haute-Vienne. Actuellement est présenté son travail photographique, mais en d'autres moments, on peut admirer ses collages ou découvrir les étranges productions de son optophone qui "transforme des formes visibles en sonorité et vice-versa".
Depuis quelques années, le musée s'interresse aux arts décoratifs et acquiert des objets conçus par des designers contemporains particulièrement intéressants.
Les fonds sont riches, les expositions toujours bien conçues et le cadre superbe. Il est donc conseillé d'y revenir régulièrement, à chaque nouvelle exposition; on est rarement déçu. Il faut également souligner la qualité du service pédagogique et des ateliers pour les enfants.
Pour s'y rendre : à partir de Limoges, prendre la quatre voies en direction de St Junien. Traverser St Junien, c'est bien indiqué après. Compter environ 45mn.
Horaires : du 1er mars au 30 septembre, tous les jours sauf mardi : 10h-12h30 et 13h30-18h.
Du 1er octobre au 15 décembre, tous les jours sauf mardi : 10h-12h30 et 14h-17h.
Attention entre le 15 décembre et le 1er mars, vous trouverez porte close !
Pour avoir un aperçu de l'église, du château et du type d'oeuvres qu'on peut y voir, vous pouvez voir le diaporama dans mon carnet de voyage "Regards sur le Limousin" (http://www.voix-nomades.com/carnets-voy … mages.html).
Rochechouart, en Haute-Vienne, avec sa petite église et son château du XVème qui abrite le musée départemental d'art contemporain.
Le lac de Vassivière, la plus vaste étendue d'eau en Limousin, enjambe la Haute-Vienne et la Creuse. C'est un lac artificiel, né en 1950 pour alimenter l'usine hydro-électrique voisine. Si des petits villages ont été noyés et oubliés sous ses eaux calmes, on pourrait le croire aujourd'hui naturel, tant le site a conservé un caractère sauvage. C'est que l'hiver le climat y est rude; les routes peu dégagées s'effacent sous la neige. A la belle saison cependant, l'écotourisme ramène son flot d'activité sur ses berges et sur ses eaux. Le mariage fréquent en Limousin des forêts et des lacs est ici illustré à plus grande échelle. C'est beau, c'est calme, c'est souvent même grandiose selon la saison et la luminosité.
Que l'endroit attire les sportifs et les amoureux de la nature, on le comprend, qu'il soit devenu un des grands centres de l'art contemporain, cela était plus improbable.
Et pourtant... l'île de Vassivière abrite le centre d'art contemporain du paysage, absolument incontournable !
On gare sa voiture sur "le continent", puis on entame la traversée sur le pont qui enjambe le lac. Un petit train amène aussi les paresseux à destination. Après une petite balade, en laissant derrière le château et les enclos des animaux, on tombe nez à nez avec le centre et son architecture en forme de bateau renversé, son phare dressé à la lisière de la forêt. Le centre, qui est payant, (environ 3 euros) abrite des expositions temporaires en général passionnantes (mais qui laissent parfois les néophytes perplexes).
La forêt derrière le centre invite à la promenade et à la rencontre des oeuvres in situ. Ce parc aux sculptures est lui libre d'accès. On peut donc y venir et revenir à loisir, juste pour regarder l'action du temps sur les oeuvres. Allez absolument voir la spirale de Goldsworthy qui, selon le niveau du lac, est parfois entièrement terrestre, souvent partiellement immergée, et quelquefois complétement débordée par les eaux.
Dans un cadre majestueux les oeuvres se font discrètes ou au contraire détonent. Parfois devant l'oeuvre en question on est pris de doute (est-ce ce truc, l'oeuvre????). Des petits malicieux s'amusent de plus à brouiller les pistes en formant des dessins avec des pommes de pin ou des alignements de cailloux. Mais que ceux que l'art trop conceptuel rebute n'aient aucune crainte, il y a aussi des sculptures qui parlent tout simplement à nos émotions ou qui font directement écho à la poésie du lieu, invitent à rêver le paysage et ouvrent vers l'imaginaire.
Si vous attendez le coucher du soleil pour quitter l'île, alors vous verrez le sommet des arbres s'habiller de petites lumières bleutées (peut-être mon oeuvre préférée). Avec un peu de chance, si les autres touristes ont déjà déserté le site, vous aurez vraiment l'impression d'être seuls au monde... Juste le bruit paisible de l'eau caressant la terre et le scintillement de ces lucioles bleues au-dessus de l'île.
Bien que de nombreuses maisons furent rasées au 19ème siècle pour cause d'insalubrité, Limoges a réussi à conserver quelques petites places et ruelles qui méritent le détour. A voir, donc, si vous passez une journée à Limoges :
- La cathédrale, la place de la cité et le jardin de l'évêché : autour de la cathédrale gothique s'étendent les jardins botaniques, très agréables, dans lesquels se trouvent aussi le musée de la résistance et le musée municipal avec ses collections d'émail, peinture, sculpture et d'égyptologie. La place de la cité avec ses maisons à colombages est un lieu de sortie agréable à la belle saison, quand les bars et la crêperie ouvrent leur terrasse. Tous les deuxièmes dimanches du mois, le quartier de la cité est le théâtre d'une grande brocante.
- La place St Pierre, la place de la République et les rues commerçantes : la place St Pierre résume à elle seule l'histoire de Limoges. On y trouve une église, 2 ou 3 maisons à colombages, un pavillon construit en 1919-1920, qui servait à l'époque de frigo géant pour la viande venue d'argentine, un ancien bâtiment des PTT de l'après-guerre et des constructions récentes. Cette place borde la rue Jean Jaurès, d'où partent des rues tansversales très commerçantes, particulièrement animées le samedi. Cette petite place a une très grande voisine, la place de la république, elle dans le pur style des 60ies qui nous plonge dans une ambiance de station balnéaire, les mouettes en moins.
- La cour du temple, la place de la motte et le quartier de la boucherie : en remontant dans la rue du consulat ou la rue du temple, perpendiculaires à la rue Jean Jaurès, vous trouverez une ouverture (discrète, ouvrez l'oeil!) sur la jolie cour du temple et ses anciens hôtels particuliers. Non loin se trouve la place de la motte, le coeur de Limoges en quelque sorte. Elle doit son nom à une ancienne motte castrale (celle du vicomte de Limoges si ma mémoire est bonne). Actuellement en lieu et place du château se trouvent les halles, un joli bâtiment avec des panneaux de porcelaine décorés d'animaux et d'oiseaux. Jouxtant la place, la rue Gondinet (avec LA boulangerie de Limoges, LA librairie page et plume et le beau magasin d'art et objets d'Asie et Afrique, Meltingart) s'ouvre sur la jolie rue de la boucherie et pour qui a de bons yeux (le passage est très étroit) sur la place de la barrairette - orthographe à vérifier !
Son nom l'indique, la rue de la boucherie était l'endroit des bouchers et c'est pour cela qu'on y trouve la chapelle St Aurélien, le patron... des bouchers. Si elle est ouverte, entrez, c'est un petit bijou. Petit, mais précieux ! La place de la barrairette doit son nom aux barrières qui servaient à parquer les animaux avant qu'ils ne soient abattus par lesdits bouchers. Aujourd'hui, on n'y voit plus que des maisons à colombages.
- Place St Michel des lions, place fontaine des bancs : à côté de la place de la motte se trouve l'Eglise St Michel des lions avec son clocher typiquement Limousin (comme celui de l'église St Pierre). Les lions qui défendent l'entrée ont souffert de l'usure du temps et s'ils ne valent pas ceux de St Marc à Venise, je suis sûre que les enfants apprécieront quand même de les chevaucher. En redescendant derrière l'église, ou en passant par la rue commerçante Adrien Dubouché, vous arrivererez place fontaine des bancs qui présente elle aussi quelques jolies maisons à colombages.
- La place Denis Dussoubs : en poussant derrière la place Fontaine des bancs, vous tombez sur une place circulaire avec une architecture particulière pour la région, à briques rouges. Si vous la prenez en voiture, sachez que ce n'est pas un rond-point et que vous devez la priorité à droite (c'est un conseil d'amie). Si elle est le lieu d'embouteillages aux heures de pointe, c'est un des lieux de sortie du vendredi et samedi, avec son cinéma, ses cafés, sa brasserie, son glacier et ses restaurants dans les rues adjacentes. Pour ceux que ça intéresse, c'est ici que fut fondée la cgt, Limoges étant, avec ses usines de porcelaine, une ville ouvrière pionnière en matière de syndicalisme. On trouve - à côté de la taverne de maître Kanter - la plaque commémorative de l'évènement.
- Le quartier de la mairie : l'hôtel de ville présente une architecture intéressante. A côté se trouve la BFM, la bibliothèque tout de verre vêtue. Un intéressant mélange d'ancien et de moderne caractérise le coin.
- Si vous voulez traverser la Vienne, empruntez donc le pont St Martial qui es le plus ancien et le plus joli.
Si vous voulez vous faire une idée plus précise de ces différents lieux, ils sont visibles en diaporamas dans mon carnet de voyage "regards sur le limousin"...
Le quartier de la boucherie et ses maisons à colombages, la chapelle St Aurélien, patron des bouchers.
La place de la motte : ses halles et ses cafés, et à deux pas, la cour du temple et ses anciens hôtels particuliers.
La place St Pierre : son église, quelques maisons à colombages, le pavillon du verdurier des 20ies et sa grande voisine, la place de la république des 60ies.
Le bharatanatyam est un des styles de danse classique indienne née dans le sud de l'Inde. C'est la danse classique la plus ancienne au monde, même si elle n'a été codifiée qu'au 19ème siècle. Elle était dansée par les devadasis, jeunes filles mariées au dieu du temple auquel on les consacrait. Au moyen-âge, elles étaient les seules femmes auxquelles on apprenait à lire et à écrire. Par la suite, elles eurent peut-être plus le statut de courtisanes. Puis le temps poursuivant sa course, le bharatanatyam est devenu un art de la scène. Mais aujourd'hui encore c'est une danse qui n'a rien perdu de son caractère sacré et spirituel.
Je ne suis jamais allée en Inde. Je ne peux pas parler de la culture indienne. Mais depuis quatre ans, chaque vendredi, je me rends à mon cours de bharata. Et j'apprends. Au début, je cherchais des pas et des chorégraphies. J'ai été un peu surprise par ce rituel imposé : prier avant de danser. Je l'ai fait par amusement, par curiosité. Réciter le Angikam, louange à Shiva, seigneur de la danse, et réaliser ensuite cette prière muette : frapper le sol pour attirer l'attention des dieux, puis m'excuser auprès d'elle de l'avoir frappée... Aujourd'hui, c'est un rituel qui est devenu naturel et évident. C'est une sorte de passage vers l'état dansé, une entrée en concentration. Et puis il y a la rigueur des adavus - les pas -à répéter : frappés des pieds très rythmés et la précision des gestes, de la posture à travailler. Là encore, la recherche de la perfection est finalement une recherche d'équilibre entre soi et la spiritualité du monde.
Certaines danses racontent les histoires des dieux et des grands héros indiens. Elles sont souvent colorées, pimentées (les dieux ne sont pas sages !) et amusantes - ah! mais il faut s'en amuser avec respect.
On sait souvent de la danse indienne que les gestes des mains ont une signification et qu'on les utilise pour raconter ces histoires. C'est un peu réducteur en fait. Selon la façon dont on utilise un même geste, il peut avoir de très nombreux sens. Et quelques fois... il n'en a pas du tout, car le bharatanatyam a en réalité deux fils : nritya, la danse expressive, mais aussi nritta, la danse pure, qui ne raconte rien si ce n'est le plaisir du rythme et de la virtuosité des mouvements.
Il est vrai qu'en pratiquant le bharatanatyam, on est progressivement immergé dans les récits de Shiva, Ganesh, Krishna... Cet univers nous devient plus familier mais il reste encore quelque chose d'obscur, d'indévoilé à nos esprits occidentaux. C'est que chaque élément dans la parure, le costume, le maquillage, la musique, les mouvements est riche de sens et célèbre soit l'essence divine des choses, soit la beauté en elle-même : celle d'une fleur qui éclôt, d'un paon qui fait la roue ou de lianes qui s'enroulent autour d'un arbre...
Je ne cherche plus seulement des pas et des chorégraphies en allant à mon cours du vendredi. Je vois bien qu'il y autre chose à chercher et je ne sais pas encore quoi. Je me demande si nous, européens, pouvons aller jusqu'au bout de ces réseaux de sens, percevoir vraiment la profondeur de ce langage porté par le corps. D'une certaine façon, nous n'avons pas l'esprit qu'il faut et puis l'idée de la spiritualité indienne nous est parvenue déformée par de doux illuminés...
Je me dis que je ne saurai jamais car le bharatanatyam exprime la destruction et la renaissance du monde par la danse et ce n'est pas aisé à comprendre. Mais j'apprends. Et je pense maintenant qu'on ne peut aimer et vivre une culture que lorsqu'on l'a dansée.
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