Réflexion sur le voyage, ou plutôt sur le voyageur.
Sylvain Tesson a choisi un « voyage contre le temps », by fair means, à cheval, à pied, à bicyclette, à la rigueur en moto, dans la lenteur à contre-temps du tourisme pressé.
Eloge du vagabondage, de la marche, dans la tradition du wanderer du XIXème siècle. Rencontre avec des moines-mendiants, des ermites modernes russes. Discipline du marcheur, discipline aussi de l’écriture. « Le cahier de riz et la flûte à bec sont avec le bâton de pin et le chapeau à plume les quatre choses indispensables à [la vie dans les bois. ». Joie de la vie dans les bois. Tesson célèbre plutôt la forêt profonde ou la steppe d’Asie que les incontournables touristiques.
Témoin du monde ? Voire. Il écrit : « Le wanderer que je suis redeviendra humaniste lorsque cessera la suprématie du mâle ». Il est presque trop bien cet homme ! En plus il sait escalader. Les cathédrales que les touristes visitent en troupeau à la suite d’un conférencier, lui, il grimpe les flèches gothiques comme un acrobate et se qualifie lui-même de prince des chats.
Là, c’est trop ! Je décroche. Un peu de modestie siérait à ce voyageur parfait qui finit par m’agacer. Peut être suis-je une lectrice grincheuse ?
je ne connaissais pas André Masson, peintre cubiste à ses débuts puis surréaliste, ami d'Artaud et d'Aragon.
Ce bestiaire m'a ravie.
Délicatesse du tracé, habileté de la construction, originalité de l'œuvre, couleurs chatoyantes ou acides.
Animal-sujet ou animal-prétexte comme ces rascasses qui structurent un paysage. Chevaux qu'il faut chercher. Insectes étudiés puis reconstruits, agrandis dans le pré.
Espagne de corridas, ou squelette d'âne..
Exposition temporaire du 6 Avril 2009 au 5 septembre
musée de la Poste
de 10 à 18h sauf dimanche
34 bld Vaugirard
Du livre de bord d'un Capitaine du 19ème siècle faisant état aussi bien de la météo que de la pêche, illustré sobrement, aux carnets de terrain de Humboldt, Paul Émile Victor ou Monod...
Carnettistes fameux comme Titouan Lamazou ou Le Corre
Carnets d'artistes reconnus comme Dubuffet..
Carnets sonores,quoique un peu bavard pour le carnet n°4 sur le Bénin.
carnets de baroudeurs ou de flâneurs
Exotisme de l'Inde, du Botswana
Ou regard amusé sur une Poste auvergnate, ou sur les cafés parisiens..
même un "voyage" à l'hôpital
Cettes expo est riche de surprise
Aquarelles ou dessin à l'encre. Collages, gouaches;
tous les formats sont admis du petit carnet d'esquisse au panoramique en accordéon.
j'admire la technique, la maîtrise du dessin. j'envie les portraitistes. Nombreux sont les portraits qui racontent la rencontre.
les carnettistes se racontent aussi, trait commun : le plaisir d'observer, de prendre son temps, la perception aiguë de la réalité qui domine nettement la démarche purement esthétique.
Exposition temporaire : du 20 avril au 12 septembre
Musée de la Poste
34 bld de Vaugirard
de 10 à 18h sauf dimanche
L'exposition Carnets de voyage a été l'occasion de me rendre au Musée de la Poste.
Situé 34 bld Vaugirard dans le prolongement de la rue de l'Arrivée à deux pas de la Gare Montparnasse, il est d'accès facile. un parking souterrain attend les paresseux.
11 salles présentent la Poste sous ses aspects les plus divers: maquette de Relais de Poste, costumes, reconstitutions historiques, de la malle postale à l'Aéropostale en passant par les Messageries maritimes, les pigeons voyageurs ou les ballons de Paris Assiégé en 1870.
certaines salles sont ludiques : on peut jouer les télégraphistes et écrire en Morse ou chronométrer une opération de Tri Postal.
La philatélie n'est pas oubliée, ni le cinéma.
L'école Duperré a investi la dernière salle en détournant les enveloppes, les timbres, tampons et les cartons ondulés pour un mail art très séduisant.
A deux pas de la Gare Montparnasse, ou de la Tour, ou de la Coupole...un joli musée offre une balade dans le temps. Maquette d'un relai de poste ou des anciens navires des messageries maritimes. Affiches de l'Aéropostale, confection des timbres. on peut s'amuser à télégraphier en Morse ou à trier le courrier...
Le Musée abrite aussi de belles expositions : les élèves de l'Ecole Duperré ont joué avec enveloppes et cartons ondulé pour des constructions plastiques très originales, l'Exposition carnets de voyage, et dans la Galerie du rez de Chaussée les bestiaires du peintre andrré Masson
Au retour d’Espagne, la couverture m’avait attirée. Malgré la consonance hispanique du nom de l’auteur, il s’agit d’un roman français. Littérature féminine – cela change de mes lectures guerrières récentes !Littérature féministe?
Dans les années 70, j’aurais été enchantée de cette saga familiale où les femmes occupent le rôle principal. Initiation après le premier sang, femmes un peu sorcières douées de pouvoirs magiques qu’elles se transmettent en secret…Cérémonie de la boîte qu’il ne faudra ouvrir que 9 mois plus tard, gestation d’un « don » différent d’une femme à l’autre… la mère Frasqueta découvre des bobines de couleurs,elle brodera la vie recoudra les chairs, fera des robes de mariées magiques... une de ses filles sera conteuse…
Construction intéressante, le roman est une succession de contes, qui pourraient se raconter indépendamment l’un de l’autre. Celui qui donne son nom au livre : »le Cœur Cousu » est le cœur offert à la Vierge qui trône sur le Paso de la Semaine Sainte. C’est le récit que j’ai préféré.
Mais je ne suis pas entièrement convaincue. J’aurais aimé sentir plus la société espagnole réelle. Le village où se déroule l’histoire est plutôt un décor convenu, les révolutionnaires, la guerre civile, à peine esquissés. Plus étoffée est décrite la partie algérienne, mais là aussi on voudrait sentir la vie réelle. Cet a-priori de conte fantastique dilue un peu le propos.
Jaffa, ville mixte où se côtoient Juifs et Arabes.
Un garage: le patron est juif , il emploie ses enfants, mais aussi deux mécanos Hassan et Toufik.
une cohabitation exemplaire?
Mali est amoureuse de Tooufik, on pressent dès le début que ce ne sera pas si simple.
L'histoire tourne à la tragédie.
Des acteurs magnifiques, une mise en scène efficace.
Ronit Elkabetz incarne un personnage fort, dur, fermé c'est une actrice extraordinaire.
Ce n'est pas franchement un film qui fait voyager, l'essentiel se déroule dans le garage ou dans le salon des Wolf.
L'essentiel est ailleurs, dans l'intimité de la famille, dans la confrontation des deux peuples, dans le non-dit...
Ron LESHEM : BEAUFORT roman Seuil 342p
Je n’ai pas vu le film.
Beaufort évoquait un château des Croisés, comme ceux que nous avions vus à Rhodes, l’an passé.
Je savais quand même que Beaufort était au Sud-Liban.
Souvenirs anciens d’une autre guerre : je montais au château de Yekhiam quand l’alerte était donnée. Plutôt que de m’enfermer dans l‘abri, j’ai peint des aquarelles sous le vrombissement des avions de chasse.
La première partie du livre « Il ne pourra plus… » m’a étonnée, choquée, comme si j’avais reçu un coup par surprise. Ce n’était pas l’état d’esprit de Tsahal que j’ai pu connaître même aux heures noires Kippour. Jamais je n’avais pu imaginer que les soldats seraient devenus des fauves de guerre. Naïve que je suis ! Je n’aime pas spécialement les récits de guerre et le livre a failli me tomber des mains après une cinquantaine de pages. Héros et héroïsme, fraternité machiste, humour bidasse, m’insupportent. Ce « cacou d’Afula » dressant sa section à devenir des combattants disciplinés et aguerris ne m’était nullement sympathique.
La seconde partie : « Retour au Front » prend une autre tournure. En 2000 après 18 ans d’occupation, la question du retrait du Liban fait son chemin dans le public israélien. Les soldats de la section d’Ezer subissent des pertes que l’auteur ne minimise pas. Avançant dans le récit on se rend compte qu’ils sont morts pour rien. Est-ce ma lecture qui est antimilitariste ? Ou est-ce l’intention de l’auteur ? Au fil des pages, la lecture au second degré se précise. L’horreur de la guerre. Et surtout le gâchis. La fin de Beaufort est une déroute….
« my country? right or wrong,..” au Liban, n’a aucun sens.Cette lecture me conforte dans le sentiment de révolte devant mon poste de télévision quand l’expédition au Liban de 2006, nous avait surprises au Vietnam. Images prémonitoires des terribles images de Gaza.
Je m’étais toujours étonnée de l’absence de la guerre dans les romans israéliens que j’avais lus.
Dans la cour d'une maison à Bamako se déroule le procès du FMI. Procès dans les formes avec juges en perruques, avocats de l'accusation et aussi de la défense, témoins à charge.... Des tirades décrivant les nuisances de la Dette qui pèse sur les finances des pays africains mais aussi les chants d'un griot, les doléances des femmes simples...
Ce n'est pas comme le suggèrent les lignes ci-dessus un énième film militant. C'est un vrai film avec une histoire, des histoires, un décor splendide. Des acteurs magnifiques. Des allers-retours entre l'économie et la vie quotidienne des habitants de la maison.
Un vrai beau film...
Site Internet du film : http://www.bamako-film.com/
Véronique TADJO : Reine Pokou – Concerto pour un sacrifice
Joli livre qui se lit d’un trait et qui commence comme un conte.
C'est la légende d'une reine baoulé qui a sacrifié son enfant pour sauver son peuple en fuite.
Le récit n’est pas linéaire. Il a un commencement qui est la naissance d’une princesse, la mort du roi, les luttes de successions… Mais il a autant de fins qu’on veut l’imaginer. Les différentes interprétations du sacrifice de l’enfant jeté pour apaiser la colère du fleuve se répondent comme les partitions des interprètes du concerto.
Pour moi, ce serait plutôt une fugue où se mêlerait héroïsme et ambition de la princesse, désespoir de la mère, intervention des hippopotames, des sirènes, des génies, poésie et intervention du surnaturel.
Echo du sacrifice d’Abraham. Le père sacrifie son fils, mais ici aucune divinité bienveillante ne fait apparaître un animal qui serait immolé. L’enfant meurt.
Véronique TADJO : Reine Pokou – Concerto pour un sacrifice (Actes sud)(90 pages)