bateau, Porto Novo, Punta del Sol, FatimaUne traversée redoutéeLe vent s’est levé hier dans l’après midi et a soufflé toute la nuit. La mer sera-t-elle agitée pour la traversée ? En tout cas, je me lève tôt. Ce n’est pas le jour d’être en retard. A 7h25, tout est prêt pour le départ. Elisabeth nous fait un petit déjeuner rapide : pas de café ni de thé à cause du Mercalm, pas de pain frais non plus, c’est trop tôt. A la place, une sorte de croque monsieur au fromage. Délicieux. Dominique est très inquiète. Elle est hantée depuis quinze jours par cette traversée. Nous voulons être les premières pour choisir nos places. Il faut donc arriver tôt ! Elisabeth nous emmène à bord de sa petite Suzuki.
Déjà 14 caddies chargés attendent devant le notre à la gare maritime. Je me précipite, monte la première à bord du ferry. Nous nous installons à l’avant, sur le pont du haut. Nous avons la surprise de retrouver Daniel, le jeune qui nous avait été confié à Orly. Il nous a gentiment saluées.
Le bateau prend de travers les vagues qui font de beaux creux. Des giclées d’embruns inondent le pont du bas. Nous fixons la mer et l’île de Santo Antao qui s’approche sans un regard pour les autres passagers derrière nous. Les poissons volants sont au rendez-vous. La traversée dure une bonne heure. Cela aurait pu être une croisière très agréable sans l’idée que les Capverdiens ont le mal de mer. En tout cas, je n’ai rien remarqué jusqu’au moment de descendre. Certains avaient vomi par terre ?
Le taxi pour Punta do SolSur le bateau, les "adjudants", -des aluguers-, recrutent des passagers. L’un d’eux prétend nous avoir déjà vu dans l’avion et propose de nous prendre jusqu’à Punta do Sol pour 350$. A la descente du bateau à Porto Novo, un autre se présente comme le représentant de Fatima et baisse le prix jusqu’à 300$. Nous le suivons avec une famille française avec deux petites filles.
Le trajet est tout à fait spectaculaire : la route s’élève très rapidement dans une sorte de désert de pierres. Près de la crête, une surprise : une vrai forêt de grands pins, de cyprès, de eucalyptus magnifiques avec d’autres essences non identifiées. Cette verdure est tout à fait insolite et réjouissante.
Nous nous arrêtons d’abord à Cova pour découvrir le cratère de l’ancien volcan, cirque profond cultivé de petits champs et de jardins La route de corda emprunte une arête rocheuse... C’est très impressionnant de voir les précipices des deux côtés de la route étroite, surtout d’imaginer comment elle a été construite et pavée à la main. On n’ose pas se demander ce qui se passerait si une voiture surgissait en face. D’ailleurs, le chauffeur klaxonne à chaque tournant. Le klaxon suffit à déclencher une chute de pierres et le Hiace se trouve caillassé. Heureusement les valises, sacs à dos et ballots divers sur la galerie amortissent les chocs.
Comme le minibus est plein de touristes, on demande des arrêts photo.
Entre Cova et Ribeira Grande, la montagne est entaillée de ribeiras et sculptée de terrasses. Les maisons sont accrochées sur ces pentes abruptes.
Arrivée chez Fatima Après ce voyage époustouflant, le minibus traverse un village fantôme, désert, et s’arrête devant une bâtisse jaune derrière un camping car rouillé immatriculé en France. On nous débarque dans un couloir sombre. Une femme allongée sur un canapé se lève et nous montre notre chambre et la salle de bain de l’autre côté du couloir ? L’accueil est minimal. Parle-t-elle mal français ? Peut-être dérangeons nous ?
La chambre est bien décevante : la fenêtre située tout en haut a vue sur le camping car. C’est propre et correct, mais nous séjournons six nuits. De retour de promenade, allons-nous être enfermées dans cette cellule ? Dominique déprime sérieusement. Il faut dire que nous avons été mal habituées : balcon à Santa Maria, courette rua Banana, terrasse sur mer à Tarrafal, chambres magnifiques à Sao Felipe et Mindelo. On nous avait prévenues que le confort serait rudimentaire, mais on ne s’attendait pas à cela.
Je n’ai qu’une hâte, sortir et explorer le village.
La mer est à 20 m.
Midi, punta do sol, écrasée par la chaleurMalheureusement, c’est dimanche, le village est vide sous la chaleur de midi. Nous croisons un couple de touristes blonds arrivés par le même bateau qui ont l’air aussi perdus que nous. La moitiés des mercerias sont fermées aujourd’hui. Nous visitons celles qui sont sur notre chemin (il y en a beaucoup), toutes sur le même modèle, quelques conserves, du thon, de l’huile, jamais de pain. Après avoir visité trois boutiques, nous avons rassemblé les ingrédients pour un déjeuner acceptable : des bananes, yaourts, de la mimolette et des biscuits secs, genre choco BN sans le chocolat.
La place, au centre, est plus pimpante : la Poste est neuve, un beau bâtiment administratif peint en jaune, un petit snack moderne à l’enseigne Coca Cola et surtout un beau jardin public ombragé de palmiers de toutes sortes, tamariniers, cocotiers, fleuri d’hibiscus et d’arbustes colorés, crotons coléus et d’autres. Nous nous installons sur un banc à l’ombre, les frondes des palmiers claquent dans le vent. C’est un endroit très agréable pour un pique-nique.
Quand nous retournons chez Fatima, nous sommes ragaillardies, le Mercalm et le voyage nous avaient complètement abruties. Dominique aimerait changer de chambre pour avoir au moins de la vue. Ce n’est pas possible. Fatima nous annonce que nous pourrons utiliser la terrasse, mais elle ne peut pas nous la montrer maintenant pour des raisons mystérieuses (c’est la sieste, elle n’a pas envie de monter les deux étages).
Promenade sur le chemin côtier.
Après la sieste nous sommes d’attaque pour une promenade en direction de Fontainhas.
Nous avons des projets : demain nous prendrons une voiture avec chauffeur, après demain randonnée à pied, ensuite nous louerons une voiture... L’optimisme est revenu.
La carte Téléfacil fait encore parler d’elle. Sans avoir jamais appeler en France voilà qu’elle est déjà vide ! 1500$ sont partis à Sao Felipe en un seul coup de fil sur le portable de Bettinho. Dominique ne peut pas appeler ses parents de la cabine. Fatima connaît Téléfacil. Après dîner nous appellerons du bar.
La salle à manger est remplie et nous demandons à dîner chez nous dans la chambre. Le poisson est cuisiné avec des carottes, des choux, des tomates, des poivrons, et comme d’habitude du riz. C’est trop copieux comme toujours. Nous n’arrivons pas à identifier le poisson. Cela fait du bien de trouver des légumes ! Je félicite Fatima pour les carottes.
Lundi 22 Juillet : excursion en voiture avec chauffeurAu petit déjeuner, j’ai résolu l’énigme du pain : on n’en trouve jamais dans les épiceries. Pourtant, il existe une boulangerie industrielle dans chaque île. On se demandait bien où on pouvait se le procurer. Ce matin tout le village défile chez Fatima, un torchon à la main, pour acheter des petits pains. Les dépôts de pain se trouvent dans des lieux inattendus !
8h, ponctuel, un grand HIACE (15 places) rouge nous attend. Au volant, Gabriel, métis très clair, jeune grassouillet, en jean. Il parle beaucoup moins bien français qu’on l’avait cru hier et est ravi que je comprenne un peu le Portugais. A moi donc de faire les efforts de conversation si nous désirons une visite commentée. A Fogo, Albino avait été un guide remarquable mais il était polyglotte. Le prix a aussi augmenté.
Pour arriver à Ribeira Grande nous roulons sur quatre kilomètres de corniche au dessus d’une mer agitée de belles vagues blanches. Il n’y a pas de vent du tout. Par jour de tempête cela doit être impressionnant !
Ribeira Grande est une agglomération assez laide. Impossible d’en saisir le plan de prime abord : nous passons par une ruelle devant un petit marché, arrivons sur une rue commerçante avec des banques le bureau de TACV, deux hôtels minables. Plus loin un quartier plus moderne, un marché africain installé dans des baraques de tôle grise, beaucoup d’aluguers, un garage. Gabriel stoppe au garage pour voir le loueur de voitures, peine perdue, tous ses véhicules sont occupés. Peut-être, n’inspirons nous pas confiance. En voyant l’état des pistes, je le regrette moins.
Le minibus s’engage dans la Ribeira Grande, vallée assez large et cultivée. Au début nous voyons surtout de la canne à sucre, des manguiers magnifiques et je découvre les arbres à pain. Parmi les légumes du dîner, j’avais trouvé une tranche verdâtre d’un légume inconnu un peu farineux au goût situé entre la patate douce et l’artichaut. Fatima m’avait expliqué que c’était le fruit de l’arbre à pain. Ces arbres sont très grands aussi hauts que les manguiers mais plus larges avec de belles feuilles découpées très décoratives et des fruits vert clair hérissés de piques.
Les maisons sont perchées sur des pentes incroyables, parfois sur des arêtes vives où il y a tout juste la place de construire une maisonnette. Elles sont toutes très fleuries. Les fleurs d’agave –ou de sisal- donnent du pittoresque aux photos. Les plus anciennes sont en pierre noire couvertes de paille (cela se dit pareil en Portugais), les plus soignées sont peintes en blanc, rose ou vert vif, la plupart sont en parpaing. Ici, nous faisons une découverte prosaïque : les hommes façonnent sur place des briques de parpaing en tamisant les graviers ou le sable prélevés dans le fond de la ribeira en faisant des trous disgracieux. Des cadres métalliques percés de trous faits à la main servent de tamis primitifs. Ils mélangent au ciment le gravier sur le bord de la route et remplissent des moules rudimentaires. Les parpaings sèchent, alignés. Peut-être les maçons sont-ils des professionnels mais il semble que chacun construit avec l’aide de sa famille ou des voisins sa maison, rehausse d’un étage, rajoute une pièce, tout en habitant les pièces terminées. Cela donne aux villages un aspect inachevé de chantier perpétuel. Quand il y a du travail aux champs ou du grogue à distiller, quand il n’y a plus de sous, le chantier s’arrête et la maison reste en attente... Les harmonieuses maisons basses aux frontons portugais se transforment en immeubles à étages avec des terrasses hérissées de ferrailles qui dépassent et rouillent, d’escaliers qui ne mènent nulle part. Les animaux, eux, sont logés dans des abris traditionnels souvent arrondis, muret de moellons grossier avec un toit de paille couvrant à moitié l’ouverture ronde.
Les nuages, accrochés aux sommets se détachent. Il fait beau. Je dois me gendarmer pour ne pas tout prendre en photo. Gabriel s’arrête volontiers (quand la route le permet). Une excursion en voiture est une sorte de torture pour le photographe. Vu de mon siège un cadrage me plaît, descendue sur la route, je ne le retrouve plus. Le premier plan a disparu. Dans le viseur, le sujet paraît lointain. Et quelconque.
La route s’élève vite à flanc de la montagne. Nous passons devant notre première trapiche (distillerie de grogue). Demi tour à Garça de Cima...
Point de vue magnifique sur Horta da Cima, village au fond d’une vallée très verte. Puis descente en lacets rapide. La route devient piste et plonge dans un canyon étroit. Scènes de western : un cavalier sur un magnifique cheval marron. Encore plus insolites, ces deux colporteurs très noirs, sans doute sénégalais, tenant un portoir sur lequel sont accrochés des montres, des lunettes, des bricoles, un bandana stars and stripes. Je n’ai pas le bon réflexe de sortir l’appareil photo, dommage...
Pour atteindre Cha da Igreja, le minibus gravit une pente incroyable. Nous faisons silence. Chauffera ou ne chauffera pas ? Bravo Toyota, le hiace est monté sans encombre. J’en fais part à Gabriel qui dit que les Peugeots sont bonnes à Sal ou à Sao Vicente mais qu’elles n’auraient pas supporté l’ascension. Il me montre le thermomètre du compteur.
Dans la canne à sucre, toute une troupe est occupée à construire une levada. J’ai oublié de parler des levadas que nous suivons dans le paysage depuis ribeira Grande. Certaines sont suspendues sur des ponts très fins. Elles ne ressemblent pas à celles de Madère : ce sont des rigoles d’une vingtaine de cm de largeur et de profondeur avec une fine bordure de ciment de chaque côté. Pas de chemin qui les accompagne comme à Madère. Comment travaillent les levadeiros chargés de leur entretien ?
Après la campagne riante, nous traversons une ribeira et arrivons au village de pêcheurs de Cruzinhas da Garça : un port minuscule abrité par un gros rocher, quelques barques à quai. Le village est gris parpaing, noir basalte, très sale et très misérable. La mer envoie des paquets d’écume. Gabriel nous propose une promenade à pied. Distribution de crayons. Je descends seule au port. Sur le rocher humide grouillent des dizaines de tout petits crabes.
Nous repassons par Cha da Igreja, le soleil est déjà haut, la lumière moins belle.
Coculi : nous nous engageons dans une petite ribeira cultivée, nous visitons une trapiche. Un jeune commente la fabrication de l’Agua Ardente. La canne est écrasée entre des rouleaux (moteur électrique), le jus arrive dans des barriques stockées dans un appentis... Pendant la fermentation, de grosses bulles soulèvent la surface. Du liquide grisâtre. Elle dure plusieurs semaines puis on distille dans un alambic primitif. Un four alimenté par des paquets de feuilles de canne chauffe une sorte de chaudron (un bidon métallique). Le refroidissement s’accomplit le long d’une gouttière creusée dans du bois où coule l’eau. Au bout d’un vulgaire tuyau en plastique noir (comme les tuyaux d'irrigation) on récupère l’agua ardente. Comment échapper à la dégustation et à l’achat ? Le plus simplement du monde : j’explique qu’il est beaucoup trop tôt pour boire et que l’alcool à jeun nous assommerait par cette chaleur (je mime). Je renifle la grogue : cela sent très bon. Il n’insiste pas du tout. De toute façon la grogue est dans de grosses barriques. Si nous avions voulu en acheter, il aurait fallu apporter notre propre bouteille.
Gabriel nous conduit jusqu’au dernier village au bout de la route, croisant des enfants qui sortent de l’école, portant leurs cahiers, les objets confectionnés pendant l’année, cartons, tableaux de nouilles ou de coquillages, boutures dans des pots de conserves. C’est le jour des vacances. Ils lancent des vivats qui doivent dire que l’école est finie.
Dominique essaie de photographier une petite fille portant une belle bouture sur sa tête. Ses copines sont jalouses et se placent devant elle. On a bien du mal à les disposer pour que la « vedette » soit visible.
Nous descendons la piste à pied. Gabriel nous attend plus bas avec ses copains de la distillerie. Nous déjeunons sous un manguier, à nos pieds une petite levada. Des gamins nous importunent : "money ". La grande sœur ou la mère les éloigne. Spectacle inattendu : un âne s’est échappé, descend la piste au grand galop poursuivi par un gamin pieds nus.
Sur le gué cimenté, plein de bouteilles de bière cassées, le Hiace se retrouve avec un pneu crevé. Heureusement Ribeira Grande est toute proche. Gabriel porte le pneu au garage et nous en profitons pour aller changer de l’argent à la banque.
Le ciel s’est couvert, il fait tout gris.
Dernière expédition : la petite Ribeira de Torre qui aboutit à la Ribeira Grande encore plus verdoyante que les autres. Des bananeraies se pressent sur ses flancs. Dans son creux, coule de l’eau qui arrose des ignames. Les arbres à pain sont encore plus majestueux. Je crois reconnaître un avocatier. Fin de la ballade sous un tout petit pic, une aiguille volcanique ( ?) comme un obélisque.
Notre lampe de chevet est inénarrable : sur un socle de laiton, la lampe est en porcelaine, un bouquet de fleurs en plastique orange sert d’abat jour. Pas d’interrupteur. Quand on tape doucement sur le socle, la lampe s’éclaire faiblement. Au deuxième coup, elle s’éclaire bien, au troisième coup tout s’éteint. D’où provient cette merveille ?
Mardi 23 juillet : Fontainhas, baignadeAu petit déjeuner nous retrouvons une famille française qui était avec nous à Che Guevara et restons à discuter avec eux sans nous presser. La femme parle portugais et profite de toutes les opportunités pour rencontrer des gens. Ils nous découragent d’entreprendre la descente de Cova, très longue et très pénible d’après eux.
Avant de partir nous passons à la poste et à l’office de tourisme.
Nous ne décollons que vers 10 heures, c’est un peu tard. Sous le ciel couvert nous ne pensons pas être gênées par le soleil.
Le sentier monte entre le cimetière et les porcheries (odeur infecte) . Au-dessus du cimetière catholique dans un enclos, le petit cimetière juif. Rien à voir avec les nouveaux chrétiens ou les Marranes (je lis en ce moment une biographie de Christophe Colomb). Les tombes datent du XXème siècle.
Le chemin côtier, nettement au-dessus du rivage, domine Punta do Sol. La vue est très belle. Entre temps, les nuages ont disparu. Après un tournant, nous découvrons le village de Fontainhas accroché à mi-pente avec ses maisons peintes de couleurs vives, ses fleurs au dessus d’une petite ribeira toute pimpante. Les terrasses sont cultivées de canne à sucre, le fond du ruisseau est occupé par des petits champs d’ignames formant une mosaïque vert très vif, chaque parcelle étant séparée par de petites murettes, rubans allongé s’étalant jusqu’à une petite plage de sable gris dans une crique abritée entre des falaises rouges et noires. Cette eau calme me donne envie de me baigner. Quelques cocotiers et de beaux arbres à pain complètent le tableau.
Fontainhas est fleuri de bougainvillées d’un flamboyant. Ce village perché sur une arête est minuscule mais possède une grande école peinte en jaune et deux mercerias signalées par de discrets écriteaux. Un escalier traverse une rangée de maison mettant définitivement fin à la circulation automobile.
Le chemin longe la ribeira puis retrouve la mer. Une petite descente et une grande montée. Nous ne sommes pas seules : un groupe de femmes et des enfants vont à pied au village suivant : Corvo, portant de lourds paquets sur la tête. Elles nous dépassent avant le col.
Au tournant, dominée par un éperon rocheux vertical, une cheminée volcanique formant un mur jusque dans l’eau, cap pointu. La vue est spectaculaire : Ponta do Sol , au loin, avec sa piste d’aviation, porte-avions conquis sur la mer et son port minuscule. De l’autre côté du col, une pente sèche où zigzague un sentier pavé soigneusement et protégé par une murette. Dominique se pose mais cela me démange de continuer le sentier côtier jusqu’à Corvo dont nous apercevons les premières maisons.
Je m’accorde une demi-heure pour poursuivre mon exploration, descends facilement assez loin pour découvrir une étroite vallée, avec un ruisseau, un ruban d’ignames, des terrasses de canne et la suite du village. Complètement isolé : on n’y parvient qu’à pied, peut être en barque. Cependant depuis 1999 l’électrification a été achevée. Je remonte plus facilement que prévu. Nous déjeunons rapidement. Le ciel est sans nuage, le soleil tape dur, pas d’ombre, il fait vraiment très chaud.
Dominique redoute le retour avec la grande montée aux heures les plus chaudes de la journée. Elle part en avant plutôt colère, me reprochant mes expéditions. Nous croisons une famille qui monte des caisses de bière, des bouteilles de Coca-Cola, des jus de fruit. Il y a sans doute un bar à Corvo ravitaillé à pied. J’achète de l’eau fraîche à Fontainhas dans une loja, prétexte pour trouver un aluguer. L’épicière propose de téléphoner à Punta do Sol pour en faire venir un.
Un pick up est arrivé sans qu’on le remarque. Je demande quand il retourne à Punta do Sol : dans un quart d’heure, bonne affaire ! C’est une camionnette de l’aide alimentaire du PAM (Programme Alimentaire Mondial). Un jeune homme parlant très bien Français nous explique qu’ils distribuent de la nourriture aux plus défavorisés : un sac de farine de maïs, un broc de haricots, une bouteille d’huile. Des femmes et enfants viennent à la distribution. On coche des noms sur une liste. Tout se passe très vite. Le pick up repart chargé à ras bord de tous ceux qui veulent profiter de l’occasion.
Quand nous rentrons à la maison, Fatima fait la sieste sur le divan de l’entrée. Aujourd’hui, elle est très causante. Comme nous lui racontons notre journée et que je lui montre les babioles que nous avons données aux petites filles, elle appelle Alicia et lui donne un sachet contenant des élastiques décorés pour attacher les cheveux qu’Habiba m’a vendus le jour de la fin des cours.
Alicia, c’est la jeune fille qui sert les repas, longues jambes miel. Elle n’a que douze ans et est orpheline. Fatima l’a recueillie il y a trois ans et elle travaille à la pension. Je demande si elle va à l’école. Fatima me rassure, ce sont les vacances.
J’ai bien envie de me baigner. Le sentier côtier m’a frustrée. Après le port, il y a une petite plage, des rochers plats, une sorte de piscine naturelle d’eau très calme avec un peu de sable gris. Beaucoup d’enfants y barbotent. Je demande conseil à Fatima. Est-ce raisonnable d’y aller ? Elle m’encourage vivement. Puis-je me mettre en maillot ? Au Cap Vert les femmes restent le plus souvent en short et en T-shirt mais je n’ai pas envie de mouiller mes affaires. Nous avons emporté le minimum, le reste est resté à Mindelo. Pas de problème pour le maillot. Les enfants ne sont pas seuls. Il y a des adultes, des mères surtout. Je me trempe. Il fait frais, agréable, mais il y a trop de monde pour nager. Les enfants essaient de capturer de petits poissons. Après une courte baignade je remonte.
J’ai l’agréable surprise de retrouver Judith et Philippe, les Allemands de Fogo qui viennent d’arriver mais repartent déjà demain.
Nous allons sur le port pour voir le coucher de soleil. Le petit port est protégé par une jetée qui a dû avoir des jours meilleurs si on considère le beau dallage, les escaliers et les grosses boules de pierre qui ornaient la rambarde. Dans la rade, l’eau est calme. Les barques sont tirées à sec sur le ciment, bien alignées. Nous découvrons la vue sur la falaise où nous étions ce midi. Des nuages couvrent les sommets, dommage pour la photo qui aurait été belle ! Le ciel a l’air dégagé vers l’Ouest, peut-être aurons-nous Le coucher de soleil des vacances ? Nous attendons, contemplant les rangées de vagues qui se brisent dans une belle couleur turquoise. la mer scintille d’or le soleil pâlit puis s’enfonce dans une brume invisible où il disparaît.
Mercredi 24 juillet : Paul PassagemNous profitons du premier aluguer qui emporte les touristes au ferry pour aller à Ribeira Grande (50$) où un autre HIACE nous conduit à Paul (50$) en suivant la corniche. Nous devenons expertes en taxis collectifs. Au passage, nous traversons Synagoga, vilain village de parpaing, qui n’a que son nom d’attrayant. Sur une pointe se trouvent les ruines de ce qui a été une synagogue puis une léproserie, rien à visiter.
Paul est un gros bourg le long d’une plage où déferlent des vagues impressionnantes, une poste, un dispensaire, une promenade aménagée sur le bord de l’océan.
Dans la ribeira règne une grande activité : on extrait des galets et du sable du lit de la rivière, à sec. On tamise sur place sur de la tôle percée à la main placée sur des chevalets. Des hommes transportent de grosses pierres à bras. Il semble que la moitié des hommes en activité sont des maçons !
La route pavée quitte le lit de la rivière pour s’élever vers de jolis villages avec des maisons soignées et bien crépies.
De part et d’autre de la route, on remarque de nombreuses chaumières très jolies sous des cocotiers et des arbres à pain. Les étables pour des petites vaches noires et blanches, les abris pour les chèvres et les cochons sont coiffés de paille. Près des maisons, des installations pour la distillation de la grogue sont repérables aux grands tas de feuilles de cannes séchées et à la fumée qui s’échappe de l’alambic.
Les cultures sont florissantes dans cette vallée, la canne pousse drue et très haute. Des hommes la récoltent à la main avec des machettes. Ils travaillent en groupe, alignent les cannes débarrassées de leurs feuilles et font des sortes de fagots que les femmes transportent sur leurs têtes. Les enfants, en vacances, circulent un tronçon de canne à la main, mâchonnent et crachent.
La route pavée monte vers Passagem. Nous faisons des haltes fréquentes sous les manguiers et les arbres à pain qui sont de grands arbres dispensant une ombre épaisse et fraîche. Sur les bords de la route, canalisée dans les levadas, suintant des roches, en piscines dans des citernes rectangulaires, en flaque dans le lit du ruisseau, partout comme un miracle, la présence de l’eau. Ce sont les ignames avec leur beau feuillage vert vif qui sont les plus gourmands. Les bananiers paraissent plus vigoureux qu’ailleurs. Les régimes sont de belle taille, ce qui n’empêche pas les femmes de grimper allègrement la côte, un régime en équilibre sur le petit coussin porté sur leur foulard. Elles se prêtent simplement à la photo. Notre étonnement les fait rigoler, cela leur paraît si naturel de porter de 35 à 50 kg, pieds nus sur les sentiers grimpant vers leurs maisons.
Dans le fond de la vallée, autre occupation : la lessive. Des draps, couvertures serviettes ou vêtements sont étendus directement par terre sur les galets ou les graviers.
Les sujets de photo ne manquent pas : fleurs de cactées ou de frangipanier, fruits, maisons couvertes de chaume, sans compter les petites filles qui réclament « photo, photo ». Un hameau aux chaumières basses dispersées parmi de gros rochers nous paraît spécialement joli. Nous y pénétrons et les habitants doivent retenir leurs chiens.
Une petite fille offre des mangues. J’en prends 4 et lui donne 40$. Elle n’avait rien demandé. C’est la saison de la cueillette des mangues, les enfants ramassent celles qui sont tombées, mais elles sont cueillies avec des petits sacs pour éviter qu’elles ne s’abîment. Pas d’échelles. Un homme et son fils grimpent dans un immense manguier. Nous ne les aurions pas remarqués si le jeune ne nous avait appelé "bonjour !". On cherche celui qui nous interpelle. Il est très haut dans le manguier et saute de branches en branches aussi lestement que les macaques de Tarrafal.
Au loin, sur les terrasses, les hommes binent la terre avec des binettes à très court manche.
Les pick-up montent et descendent, chargeant des sacs de mangues, les fagots de canne. Le poisson est aussi vendu sur la route ? Tandis que je dessine et que Dominique observe la cueillette des mangues, nous voyons passer une assiette de maquereaux.
Cette route est très animée, à côté de ceux qui travaillent aux champs, de celles qui portent ou qui lavent, il y a aussi une pléiade d’enfants qui vont, viennent, nous rendent visite, sont assis sur le parapet. Certains jouent à l’awélé, d’autres aux cartes, deux au baby foot.
Une vieille femme nous tient compagnie tandis que je peins. Attend t-elle l’aluguer ? Elle lui fait signe mais ne monte pas. Surveille t-elle la cueillette des mangues ? Elle parle toute seule, peut-être récite t-elle des prières ?
A Passagem, le jardin tropical est décevant, la piscine est vide. Avec ses bougainvillées, il n’est pas plus fleuri que les maisons aux alentours... Nous nous rapprochons de la muraille rocheuse haute de plus de 1000 m. Le paysage devient plus austère, les terrasses de canne moins fournies, les arbres plus dispersés. Nous redescendons tranquillement, le ciel se couvre. Quand nous pique-niquons quelques gouttes tombent. Le pique-nique est écrasé, les bananes sont en purée peu ragoûtante, Dominique renonce à son sandwich. Le ciel est maintenant tout gris, peut-être allons-nous avoir de la vraie pluie ?
Nous trouvons tout de suite un aluguer direct pour Ponta do Sol à Paul (100$). Deux femmes très pittoresques montent à Ribeira Grande. Elles balancent sur la galerie leurs cuvettes en plastique contenant des carottes, puis bavardent très fort. Elles descendent en même temps que nous sur la place de Ponta do Sol. L’une d’elle nous parle en français. Elle l’a appris à Paris Saint-Germain : "très chic, très cher". Elle est vêtue d’une minijupe vert brillant d’un T-shirt de basket et d’un bandana aux couleurs américaines. Nous l'interrogeons. Elle peut porter jusqu’à 35 kg : « cela tient tout seul », puis elle s’éloigne en parlant toute seule. Nous la retrouvons chez Fatima chez qui elle livre ses carottes.
Les nuages sont très bas, la lumière est sinistre : grosse déprime.
Fatima nous fait dîner à 19h30 de poisson bouilli plein d’arêtes. Après le dîner, promenade nocturne. Tout le monde est dans la rue, surtout les enfants et les jeunes. La ville s’anime. Nous restons sur la belle place écoutons les frondes des palmiers qui claquent au vent.
Jeudi 25 Juillet : Ribeira da TorreNous avions prévu de monter au cratère mais les nuages cachent les sommets. La « petite mousson » se prépare. Drôle de mousson qui ne donne qu’un fin crachin pendant quelques minutes. Juste suffisante pour humidifier l’air, pas assez pour laver la poussière. Rien à voir avec celle d'Asie !
L’aluguer nous emmène à Ribeira Grande. Le chauffeur qui parle français prétend qu’on ne trouvera rien pour Xoxo et fait le taxi privé pour 700$ (c’est archi-faux, on verra des aluguers toute la journée).
Nous descendons au pied de l’aiguille volcanique fine et verticale comme une tour : est-ce elle qui donne le nom à la ribeira ? Nous sommes venues ici avec Gabriel mais j’avais bien envie de me promener dans cette vallée exceptionnellement arrosée : le chemin est même inondé.
Miracle de l’eau dans ces îles arides. Dans les flaques, des gyrins tournoient à grande vitesse, auto-tamponneuses brillantes aquatiques qui filent. De grosses libellules rouges volettent. Dans les nombreuses citernes cimentées s’ébattent des grenouilles bruyamment. Le chemin pavé monte jusqu’à un hameau perché puis continue dans les bananeraies jusqu’à un autre, sans fin. Au fur à mesure qu’on monte, les bananes laissent la place à la canne. Sur les petites terrasses, on a planté du manioc avec les cannes. Puis apparaissent les haricots-congos qui forment ici de très gros arbustes presque des arbres. Le manguier donne une belle ombre pour se reposer.
Dominique s’y arrête tandis que je continue l’ascension sans en voir le bout.
Rencontre sympathique : un jeune homme m’adresse la parole en français : " je m’appelle Pierre, Pedro, et vous ?". Son compagnon, sourd muet, me tend une mangue toute astiquée que je refuse. J’ai laissé le porte monnaie à Dominique. Pedro a envie de me raconter sa vie : sa mère demeure en haut dans un village, invisible dans la montagne. Son père est décédé trois mois auparavant. Il monte couper la canne et entretenir les culture de sa mère : "mon patron m’a donné des petits jours pour aider ma mère". Il fait à pied les 19 km qui séparent Cova où il vit avec ses cinq enfants. Je lui aurais donné 20 ans. Je lui souhaite bon courage. On se serre la main. Il est tout content d’avoir bavardé en chemin. J’emporte avec moi son histoire triste et émouvante.
Nous repassons devant la piscine. Des grenouilles qui flottent le ventre en l’air, crevées. Cela me paraît bizarre. En regardant mieux, je découvre qu’elles sont accouplées. Le mâle beaucoup plus petit est cramponné sur le dos de la femelle énorme et gonflée sous le poids du mâle. Ils chavirent tous les deux. Je ramasse un caillou et leur jette. Ils esquissent des mouvements de brasse maladroite sur le côté. Ils sont donc bien vivants. Mais une nuée de têtards attaque un cadavre déjà à moitié décomposé. L’accouplement les épuise-t-il au point de les faire mourir ? Dans le ruisseau les pontes forment de minces rubans d’œufs alignés en guirlandes.
Nous nous installons sur un mur cimenté à l’ombre, je peins les sommets pointus au loin, les villages perchés, les terrasses, au premier plan, les grosses feuilles des bananiers et des ignames. En face, une cascade, de temps en temps on libère un bouchon de terre dans une levada, l’eau ruisselle sur une terrasse. Des fougères délicates poussent sur les murs. Dominique descend un peu plus bas devant une jolie trapiche entre de gros rochers. Exceptionnellement, cela sent bon la mélasse. Je suis déçue par la peinture et m’applique au dessin.
Arrêt dans les bananiers au bord d’un ruisselet puis pique-nique en haut d’une murette sous un arbre à pain. Il fait bon.
Le retour est un peu long le long de la route au fond du lit de la rivière crevée de carrières de graviers. Les pick-up et les Hiace soulèvent de la poussière. Nous rencontrons un vieil homme portant une sorte de corde tressée. Nous avions remarqué au marché de telles cordes suspendues avec les saucissons. Je lui demande ce que c’est : du tabac.
Tout à coup, nous entendons parler français, une Capverdienne d’Aulnay sous bois et ses deux filles nous rejoignent. La mère est très bavarde, fière de son village et de son île. Les deux adolescentes ressemblent à nos pires élèves : déplaisantes, râleuses. Le chemin est trop long ; visiblement elles n’apprécient pas la promenade à pied.
Après la douche, lessive à la Capverdienne : dans des bassines avec la planche de bois et le savon bleu. L’eau sale est récupérée dans une autre bassine. On n’a pas le droit de la jeter. Sert-elle pour d’autres usages ? En tout cas, nuitamment et illégalement, elle est balancée dans la rue.
Nous nous reposons, allongées sur le lit. Dominique se lève brusquement et fonce à la fenêtre. Il manque une de ses vieilles Addidas Nastase, introuvables ! Crevées, grisâtres et puantes (garées sur le rebord de la fenêtre pour éviter d’être asphyxiées). Qui a pu voler une seule chaussure ? Et surtout celle là ! Je file à la cuisine exposer le problème à Fatima. Signe de croix, elle sort illico et raconte à qui veut l’entendre l’histoire de la godasse disparue.
Tout le monde est sur le pas de la porte, Fatima, ses bonnes, les jeunes qui réparent une mobilette, les menuisiers qui travaillent de l’autre côté de la rue... Fatima hèle les enfants qui traînent. Nous regardons sous le camping-car poussiéreux et rouillé qui est le domaine réservé d’une chatte noire maigre et hargneuse. Pas de chaussure. Dominique exhibe la deuxième tennis, minable.
C’est une blague, tout le monde en convient. Les enfants cherchent. Dominique en envoie un grimper sur le toit du mobilhome. Puis, idée géniale : nous offrons une récompense à qui la rapportera.
C’est un jeune menuisier qui a l’idée de regarder sous l’essieu du camper. Je sors un paquet de chewing gum qu’il partage avec les enfants. Maigre récompense, nous nous ravisons et lui offrons un fanta au bar.
Happy end. Nous en rigolons rétrospectivement des heures après, regrettant de ne pas avoir pris la photo de la vieille godasse, du vieux camping car et de tout le quartier sur le pied de guerre.
Vendredi 26 juillet : Cova, aluguersA 7h30, l’aluguer de Porto Novo nous emmène à Cova pour 500$.
Cette route mérite à elle seule le voyage : nous roulons sur les crêtes au dessus d’une mer de nuages. J’avais un peu oublié la route de l’aller ou plutôt, j’avais tout télescopé : le cratère, le chemin de crête... Dans mon souvenir tout était situé dans le même coin et nous aurions pu marcher ensemble sur la route de crêtes après avoir fait le tour du cratère, erreur ! Une dizaine de kilomètres séparent les deux sites. Le cratère est beaucoup plus près de Porto Novo, il est situé dans une belle forêt de pins, cyprès tamaris et eucalyptus.
Dès que nous descendons du Hiace, une douzaine d’ânes gris clair et blanc très petits et très poilus passent portant des bidons. Deux enfants galopent pour rejoindre la troupe. Cavalcade sympathique. Nous descendons dans le cratère pour en faire le tour. Mais ce n’est pas une balade occupant toute une journée
Nous partageons le pique-nique et nous séparons. Je ferai la descente mythique seule et Dominique me rejoindra à Passagem en aluguer.
J’escalade donc le rebord du cratère sur un mauvais sentier (il en existe un meilleur mais je ne l’ai vu qu’après). Pierres blanches, poussière claire. A mi-pente, je me retourne pour regarder les champs de maïs formant une mosaïque, on dirait la piste d’un cirque, les ânes galopent, puis deux cavaliers à cheval qui semblent courir sur un hippodrome.
Au petit col, sur le rebord de la crête, je découvre le fameux sentier aux 77 virages. Le panorama est magnifique mais aucune impression de vertige : un parapet en bon état protège le chemin muletier pavé. Si j’avais mes chaussures de randonnée j’aurais pu dévaler la pente, avec mes tennis je ressens chaque pavé, mais il n’y a aucun danger. Les gens ont exagéré la difficulté sans doute pour magnifier leur exploit. En revanche c’est une balade merveilleuse, le sentier épouse tellement la paroi qu’on ne le voit même plus quand on se retourne. Je compte les tournants : au 19ème, trois jolies vaches rousses paissent sur une petite terrasse; vers le 50ème, de magnifiques champs de choux bleutés bien pommés et une levada ruisselante; au 60ème, un jeune homme habillé de blanc, cheveux longs bouclés, se présente : "je suis Laurino, ma profession, agriculteur, voici la maison de mon père". Il me montre fièrement les terrasses. Deux tournants plus tard une petite fille m’offre un bouquet de fleurs rouges et jaunes ressemblant à des giroflées géantes, puis un petit garçon, des capucines. J’apprécie à leur juste valeur les présents, les fleurs sont un véritable trésor dans cet archipel désertique. Après avoir descendu la muraille minérale, je suis dans un jardin fleuri. Les caféiers sont aussi en pleine floraison : bouquets blancs sur des arbustes plus hauts que moi aux feuilles sombres et brillantes. A la première maison, on me propose de l’eau de source fraîche "qui sort de la montagne" dans une bouteille décapsulée. Ce n’est pas gratuit 120$ (en ville le tarif des restaurants est seulement de 100$). Comme je n’ai pas de monnaie, c’est 150$. je n’ose pas la boire pensant m’en débarrasser dès que je verrai la première merceria.
Un petit garçon me conduit chez Sandro qui attend les touristes devant sa porte et me fait monter au premier étage de sa maison rose. Il a envie de bavarder et n’insiste pas pour me vendre les souvenirs qu’il confectionne lui même : des allumettes collées sur des bouteilles qu’il ponce et vernit ensuite et remplit de grogue. C’est très laid. Les napperons brodés de sa copine capverdienne ne valent pas mieux, maladroits, j’en aurais fait autant... Sandro est français, de Hyères. Il me questionne sur notre périple au Cap Vert.
J’ai mis une petite heure pour rejoindre le premier village (après les 77 tournants). Il reste 8 km pour arriver à la ville de Paul. Sandro m’assure que j’y serai avant Dominique. Je trouve rapidement le village au dessus de Passagem où nous nous étions arrêtées avant hier. Je reconnais le manguier où les enfants jouaient à l’awélé. Au manguier suivant, une petite fille m’offre des mangues que j’achète 20$. Elle est ravie. Je m’installe sur le muret où nous nous étions arrêtées pour manger les fruits mais le parapet est en pente, une mangue roule, la petite fille accourt m’en donner une autre et les enfants me tiennent compagnie.
Au moment de reprendre la route, je m’aperçois que je n’ai plus mes lunettes. Je remonte le chemin en courant. Peut-être les ai-je laissées chez Sandro ? Les enfants les ont peut-être ramassées. Je suis toute rouge et essoufflée de la remontée quand je trouve Dominique dans un vieux pick up. Nous essayons de retourner chez Sandro. C’est loin. Au village, j’ai l’idée d’appeler Sandro qui m’a laissé sa carte avec son numéro de téléphone. Nous demandons où il est possible de trouver un appareil. Le téléphone se trouve dans une curieuse maison ronde dont les murs sont en bouteilles de bière et le toit en paille. Le propriétaire, blond, européen, anglophone, a toute les commodités modernes : téléphone et ordinateur.
Nous reprenons le chemin connu et déjeunons sous un bel arbre à pain repéré la première fois. Un pick up s’arrête. On nous propose de nous emmener à Ponta do Sol mais nous voulons nous arrêter à Ribeira Grande pour passer à TACV et remplacer les lunettes de soleil perdues.
Ce n’est pas un Hiace transportant des passagers, c’est la poissonnerie ambulante. Nous voyageons à l’arrière avec un carton plein de merlans séchés, des bassines de mangues ainsi qu’une balance. A chaque hameau le chauffeur klaxonne, des enfants échangent les mangues contre du poisson séché, une femme vient avec un saladier vide qu’on lui remplit pour 50$. C’est très sympa, deux garçons assis avec nous croquent dans les mangues, nous nous arrêtons dans tous les villages. Nous sommes ravies de ce nouveau mode de transport. A Paul, un autre passager monte, souliers cirés, belles fringues. Il propose de parler à Sandro de mes lunettes et de me les faire parvenir.
Sur la corniche, Dominique veut prendre en photo en souvenir de ce voyage sympathique. Je trouve tout de suite des lunettes noires au marché africain pour 500$ mais même avec une pile neuve ma montre ne fonctionne plus. Le vendeur reprend sa pile et ne fait rien payer. Le bureau de TACV est fermé, tout le personnel est à Ponta do Sol pour l’atterrissage du seul avion de la semaine. Dommage, nous avons raté cet événement !
Dominique aujourd’hui a prix six aluguers différents et a confirmé le vol ce matin.
Il fait lourd et humide à ponta do Sol, ailleurs il faisait beau. Pour me rafraîchir je retourne me baigner avec les enfants sur le port. Je suis la seule blanche.
Pour dîner Fatima nous sert un magnifique garupa, beau poisson rouge à chair délicieuse.