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 Carnet de voyage – miriam
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 Cinq semaines au Cap vert
Cap-Vert Cinq semaines au Cap vert Dans ce carnet :
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Crée le 17/06/06
Dernière modification le 21/06/06

Découverte de 5 îles en 5 semaines, chez l'habitant. Notre premier contact avec l'Afrique.

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 15. Sao Nicolau, Tarrafal, plages - Cap-Vert
retour des pêcheurs

Tarrafal semble être au bout du monde. Ville sans queue ni tête, une promenade le long du port, une rue large bordée d’acacias, perpendiculairement à la mer, allant jusqu’à l’église, la poste, la banque et quelques discrets magasins. Ailleurs, les maisons sont construites n’importe comment sans qu’on trouve des rues bien définies. Procession interminable des enfants qui portent des bidons et des seaux allant aux fontaines publiques.

Une magnifique plage de sable noir

Nous cherchons une plage vers le nord et marchons environ deux kilomètres pour arriver sur une magnifique plage déserte de sable noir, réputée pour guérir les problèmes articulaires. Un seul rouleau, véritable mur liquide vert et lisse qui s’enroule avant de venir se fracasser, très impressionnant d’autant plus que le reflux est très fort. Je me cramponne en enfonçant mes pieds dans le sable mouillé pour ne pas perdre l’équilibre. Pourtant, quand la vague se retire, l’eau m’arrive tout juste au dessus des chevilles. C’est très agréable de sentir ce sable mou sous mes pieds. Dominique me décourage et nous rentrons.

Notre chambre au-dessus du magasin général

En ouvrant la porte sur le couloir pour faire un courant d’air, avec l’aide du ventilo, il fait presque frais. La veille nous avions été surprises par la chaleur pour la première fois au Cap Vert.

Les gamins de tarrafal ont des planches de surf en bidons

La plage de Tarrafal, ce matin, était vide et nous avait paru sale et triste. A quatre heure de l’après midi elle est remplie de gamins qui ont bricolé des planches de surf très ingénieusement : une dizaine de bidons rectangulaires vides dans un sac de maïs en plastique, une ficelle et deux bâtons forment un flotteur rigide. De belles vagues déferlent avec une belle écume blanche sur laquelle ils se laissent glisser. Les vagues sont moins puissantes et je suis en confiance avec tous les enfants. Je m’amuse beaucoup à sauter dans les vagues. Sur le sable, le spectacle est partout : les surfers, les petits avec ou sans slip noirs se roulent dans le sable noir. Certains jouent au cerceau avec des jantes de roues de vélo. Dominique en a repéré un très rigolo avec son slip qui lui tombe aux genoux tout couvert de sable avec une bouille effrontée. Vers six heures, les adultes arrivent, des jeux de volley s’organisent. A un moment tous les occupants de la plage convergent vers une bagarre. On sépare les combattants. Nous rentrons pour nous installer sur la terrasse en compagnie du chien Orféo et attendre que le soleil se couche sur les îlots. Au dernier moment, la boule jaune, avant de virer au rose, disparaît dans la brume. Nous regardons les habitants faire la promenade sur la route qui longe la mer, les bateaux qui rentrent au port, les pêcheurs sur leurs petites barques et des filles faire une partie de foot.

Mardi 30Juillet

Dès six heures, je m’installe à la fenêtre. Tarrafal est éveillée depuis un bon moment. Des groupes d’hommes passent en bavardant très fort. Quelques femmes portent des bassines. Je contemple l’usine de l’autre côté de la route : des murs jaunes enferment une aire carrée de ciment légèrement en pente, au fond un bâtiment bas aveugle couvert de tôle surmonté par une imposante cheminée. Quelques objets : deux filets, un chaudron. Sur l’aire, hier, des ouvriers ont répandu et ratissé ce qui me paraît être du gravier. A quoi cela peut-il bien servir ? Aquinino lèvera peut être ce mystère ?
D’ailleurs, toute l’agglomération de Tarrafal me renvoie à cette question. De quoi vivent ces gens ? Evidemment de la pêche. Je ne vois aucune industrie et nous sommes en plein désert. Mais ce n’est pas si évident si je compare le nombre de barques avec celui des autres ports que nous avons visités, à Tarrafal de Santiago surtout où nous avions eu tant de plaisir à aller voir le retour des pêcheurs.
La ville s’agrandit, il semble qu’on cultive ici les maisons qui poussent anarchiquement. Certaines sont fort imposantes et plutôt bien construites. Est-ce l’argent de l’émigration américaine ? Dans son bureau du magasin général, Aquinino affiche ses diplômes de Los Angeles et chez Alice ,où j’ai acheté du poisson et du riz hier soir, un jeune, pas du tout surpris de mon exigence de « take away », m’a répondu en parfait américain. Le bâtiment peut-il être considéré comme la plus grande industrie locale ?
En tout cas, il faut bien loger ces gens et cette foule d’enfants.
Le petit déjeuner est servi dans la cuisine de l’appartement d’Aquinino, vaste cuisine américaine, made in USA avec tout  l’équipement moderne, micro onde, robots ménagers, batterie de cuisine, au grand complet, décor de bon goût. La femme d’Aquinino très discrète, ne parlant que le Portugais, nous laisse en compagnie d’un autre locataire, sur la table papaye et gâteau.
La banque est une école de patience. Elle ouvre à 8heures, mais à 8h30 tout le monde est assis à attendre que les employés s’installent.

Notre 4X4 noir et rose

Nous avons un magnifique 4x4 noir avec une capote rose. Cela change la vie !

Rando de la chapelle à Ribeira Brava

A la sortie de Tarrafal, la route monte dans le désert puis traverse des champs en altitude. Un vaste parking permet d’admirer toute l’île. On voit la mer de tous les côtés et aussi le sentier qui va de la chapelle Nossa Senhora da Monte à Agua das Patas puis à Ribeira Brava, la capitale de Sao Nicolau. Des petits lacets descendent au flanc de la colline, puis des maisons dispersées dans une ribeira cultivée. Dominique me laisse au village de Cachaço et fera un grand détour de 35 km par la route pour me retrouver en bas à l’entrée de Vila Ribeira Brava.
Je monte à la chapelle blanche bordée d’un liseré rouge sur une place fleurie. Au village des ânes stationnent devant la fontaine publique. Je passe devant un grand jardin irrigué où poussent des fraisiers, des betteraves et des salades, à côté il y a également une pépinière de petits arbres dans des pots en plastique. Le sentier muletier est bien pavé mais très raide. Il est même pavé avec beaucoup de soin, on voit des dessins, des croisillons et j’arrive vite à des maisons très fleuries. Aboiements. J’ai un peu peur, mais les chiens restent chez eux.
Dominique m’attend à Agua das Patas. La jolie Jeep ne freine pas très bien, c’est plutôt gênant en montagne. Peut-être les petits pavés glissants y sont ils pour quelque chose. Heureusement il n’y a pratiquement pas de circulation à cette heure ci.

Ici on ne passe pas inaperçues!

Dominique a rencontré une dame qui a attendu l’avion avec nous à Sao Vicente et qui lui a parlé. Nous la retrouvons et j’essaie de faire la conversation avec mon petit portugais. Je complimente le paysage. Elle se désole : "c’est sec, si vous étiez venues après la pluie cela aurait été plus joli, tout vert. Les champs sont prêts, on y sème quelque chose."

La petite capitale de la petite île

Ribeira Brava est une très jolie ville au creux de la vallée avec ses rues étroites bordées de vieilles maisons peintes à étages aux fenêtres ornées de ferronneries compliquées. Les places fleuries sont très fraîches. Nous nous installons dans un jardin public sous des flamboyants et de jacarandas. Il y fait très bon.
Visite de la ville, de la vieille cathédrale blanche, l’intérieur est peint en blanc, bleu et doré. Dans la rue principale, les boutiques anciennes sont nombreuses. Les produits d’entretien trônent dans leurs belles vitrines de bois. Certaines, comme à Mindelo, sont tenues par des chinois. Nous faisons le tour par le haut de la ville pour voir les minuscules jardins contenant parfois un seul plant de canne, un plant de coton ou un papayer.

Route en corniche

Nous prenons ensuite la direction de l’Est et suivons la route en corniche le long de la mer. Le Petit Futé l’a qualifiée de fantastique. Nous ne sommes pas déçues. L’eau transparente a des couleurs magnifiques, les vagues font un liseré blanc signalant des rochers invisibles. Du côté de la montagne, les coulées empilées donnent des formes étranges, mur vertical d’une cheminée qui traverse les couches horizontales, grottes, arches, blocs éboulés...
Sur la gauche, deux villages de cubes de parpaings peu photogéniques. Au bout de la route, le village perdu de Juncalinho est flanqué de deux cônes très bien conservés, l’un d’eux porte un cratère couronné de roches noires. Juncalinho n’est pas encore défiguré par le parpaing. Ses maisons sont encore en pierre couvertes de chaumes, les rues poussiéreuses, certaines maisons plus modernes sont peintes surtout en jaune. L’électrification est arrivée mais le village est tranquille. Un homme rentre sa vache et ses deux veaux. Partout, des chèvres.

Pique nique

Nous prenons une piste pour trouver un coin pique-nique. Cette piste est assez mauvaise, pavée seulement par endroits, le plus souvent caillouteuse et poussiéreuse. Curieusement, il y a pas mal d’arbres, il nous faut de l’ombre mais aussi un endroit pour garer la voiture. L’endroit a l’air complètement désert mais nous rencontrons toute une troupe avec des bêches et du fourrage sur la tête. Il y a des champs que nous n’avions pas remarqués !
Au retour, nous prenons une autre piste vers la mer : au bout trois barques hissées sur des tronçons de tubes en plastiques (comme sur des rondins). Deux gamins,- l’un d’eux ressemble à Jimmy Lavital-, pêchent avec une canne de bambou, un fil et un hameçon. La pêche est miraculeuse, à peine a t-il lancé, il remonte un nouveau poisson frétillant. Je me mouille les pieds sans aller plus loin. Dominique demande au père des gamins s’il y a une plage dans les environs : oui, Prahina après Vila Ribeira Brava.

Baignade à Prahina

La piste qui descend à Prahina est vraiment très raide. Je ne m’y serais pas engagée. Au retour je serais vraiment très surprise de voir comment la Suzuki grimpe. Dans une petite anse, une estrade est installée sur la plage. Au Cap vert, il y a toujours des estrades pour des spectacles musicaux sur les plages fréquentées. Les Capverdiens n’ont pas l’air d’être des fanatiques des baignades mais ce sont des fervents des fêtes sur les plages.
Au lieu d’un gros rouleau menaçant, les vagues arrivent en sept ou huit rangs. Interférent peut-être à se multiplier ainsi, elles se neutralisent et perdent de leur violence, se brisant avec une belle écume blanche sans que je me sente aspirée par le reflux. Ni giflée par le mur liquide. Il y a quelques baigneurs. Prudente, je reste quand même près du bord. Je joue avec les vagues d’eau presque tiède et limpide. Elles n’ont pas assez de vigueur pour soulever le sable, l’eau est donc parfaitement transparente.
Sur la route du retour, je découvre des villages très verts, de la canne à sucre, quelques cocotiers, de papayers, des jardins. Quelques chaumières basses sont du plus bel effet.

Dragonnier

A Faja, je photographie un dragonnier, mais la circulation s’intensifie. Trois aluguers passent.
Nous terminons la soirée sur la terrasse. Pendant que le soleil se couche nous regardons le manège des barques et des petits chalutiers qui rentrent moins d’une heure après être sortis. Une barque pose ses filets près de la plage. Les barques ne sont pas hissées sur la plage comme ailleurs. Elles dansent dans l’eau dans la belle lumière du soir qui tombe.
Le dîner d’Alice est infecte, ce qui ranime notre dispute. Dommage, la journée avait été excellente.

Vendredi 31 juillet : Monte Gordo, Faja Côte Ouest


Montée au monte Gordo en 4X4

Le temps est couvert. Lorsqu’on arrive au col avant Cachaço, il fait même carrément frais. La piste du Monte Gordo est très étroite. Au beau milieu devant une maison toute une foule fait du ciment. Ils aplatissent leur tas pour qu’on puisse passer au-dessus. Je me renseigne : "Est ce que la route est carrossable ?". Une femme regarde le 4x4 et nous rassure. La montée est impressionnante, cela grimpe tout droit pendant un bon moment puis les lacets sont très serrés, des épingles à cheveux. La Suzuki est très vaillante mais comment se comportera t-elle à la descente ? Dominique n’a pas du tout confiance. Une fois engagées, nous n’avons d’ailleurs plus le choix. Nous arrivons à une maison, une grille barre la route. Il faudrait continuer à pied. Une jolie forêt d’eucalyptus et de plantes inédites aurait été bien tentante sans le soucis – que dire, l’angoisse du retour. Qui gâche tout.
D’autant plus que Suzuki refuse de repartir. Que faire ? De toute façon il faudra redescendre. Je pars quelques minutes en exploration. En d’autres circonstances j’aurais été enthousiasmée par la forêt magique avec les mousses et les lichens qui pendent, les cultures soignées dans le cratère. J’aurais cherché les caféiers censés s’y trouver. Mais dans ce matin gris et froid avec la perspective de la panne ou pire encore, je n’ai pas le cœur à herboriser.
Quand je reviens à la maison, Suzuki, refroidie, veut bien redémarrer. Nous faisons une distribution de chewing gum et de crayons aux enfants de la maison forestière, très polis.

LA VOITURE EST MAUVAISE !!

Dominique entame la descente. Je la précède à pied pour dégager la route des passants éventuels, je baragouine "la voiture est mauvaise". Incrédulité,- "pas de freins"-. J’explique sans doute mal, le mot portugais doit être très différent.
Dominique descend à 5 à l’heure. Les premiers virages, j’ai à peu près confiance. Si elle a réussi à maintenir cette allure, cela devrait bien se passer. Ce qui m’inquiète le plus, c’est la grande ligne droite. J’ai peur que la voiture ne s’emballe.
Une vieille avec deux enfants descendent un bidon d’eau sur la tête du petit et de la lessive. Je me gare. Dominique les décharge du bidon et de la lessive. La petite fille est ravie. A un tournant, des hommes maçonnent le parapet, les femmes gâchent le ciment et surtout vont chercher l’eau pour en refaire d’autre. Elles sont 4 avec leurs seaux. J’essaie de les faire pousser, - pas moyen-, elles entourent la voiture. Je recommence : "Carro mau ! Non !". Celle qui porte un maillot de foot est catégorique, la voiture est très bien, pour un peu, elle la conduirait elle même. Elles ne comprennent pas pourquoi nous encombrons le passage. Je trouve la solution : "la voiture a chauffé, elle doit refroidir". Cela, je sais le dire en Portugais, et cette explication leur convient.
Heureusement, parce que Dominique, au volant, est sur le point d’exploser. La femme au maillot bleu répète doctement les explications à ses copines. Ppour les freins, elle est incrédule. La Suzuki est une bonne voiture.
Dominique maintient la cadence de tortue tous freins serrés, à pied et à main. Nous sommes presque en bas, il faut encore franchir l’obstacle du tas de ciment (on l’aplatit à nouveau). Imprévu : un âne refuse obstinément de dégager le passage. Un gamin tire de toutes ses forces sur la ficelle, l’âne coince ses sabots, rien à faire, une des maçonnes lui donne des coups de pelle (elle tape sur le harnais, pas sur l’âne). Après l’âne, je monte en voiture, la descente se termine bien mais nous avons besoin de nous refaire. Pause à la chapelle pour être au calme.
La chapelle était très belle sous le soleil, se détachant toute blanche sur le ciel bleu. Aujourd’hui, sur un fond de nuages blancs, elle ne mérite même pas la photo. De plus, il fait froid.

La galerie de l'eau

A Faja, nous cherchons la galerie qui a permis d’apporter l’eau de la nappe phréatique captive sous une vallée fossile : un tunnel long de plus de 2km. Tout le monde connaît la "galeria" et nous en indique l’entrée près d’une entreprise de menuiserie. Le menuisier lui-même nous guide à la grille cadenassée: Rien à voir : une galerie cimentée avec une arrivée rudimentaire d’air de l’époque du forage. Un responsable parlant très bien le français nous commente l’ouvrage. En cette saison, la nappe est vide, on attend la pluie sur le Monte Gordo pour qu’elle se recharge, alors viendra le délicat travail de fermeture des vannes et de distribution de l’eau d’irrigation.

les jardins de Faja

Faja est une véritable oasis avec de jolis jardins des vergers enclos dans des murettes surmontées de claies en bambou. Les papayers sont magnifiques. Certains ont des branches verticales comme les cactus des westerns. Les bananiers sont florissants ainsi que la canne à sucre à la base presque rouge avec des anneaux rapprochés. Des rangs serrés de carottes, de courges, de salades de betteraves sont très bien entretenus, désherbés (il y a même des mauvaises herbes ici !). Je demande à une femme sur le bord de la route avec un sac de mangues où je pourrais acheter des papayes ou des bananes mûres. Elle appelle un jeune homme qui me demande un sac en plastique "uma bolsa" et disparaît un long moment puis revient avec deux magnifiques papayes oranges pour 70$. Nous nous promenons dans les petits sentiers. On se  croirait dans une oasis. Les nuages sont bas, il tombe une sorte de crachin pendant quelques minutes.
Dès que nous passons le col vers Tarrafal, plus un nuage et chaleur accablante. Nous traversons la ville et continuons vers la plage, la route traverse une sorte de plaine caillouteuse très laide, le long de la montagne, des éboulis et des pierriers sans intérêt. Le village de Barril est formé de cubes de ciment le long de la plage. Sur une pointe, un joli petit phare et surprise ! Plus loin, un bosquet d’acacias de belle taille qui donnent une ombre agréable, une plage de sable fin à l’abri des gros rouleaux. Ce serait un endroit idéal si ce n’était une décharge avec des gravats et surtout des centaines de bouteilles de bière entassées. Pour gâcher encore plus cette plage merveilleuse, des pelleteuses viennent chercher du sable. Quel dommage ! Nous pique-niquons sur le bord de l’eau. Le vent rend la chaleur supportable. Je pourrais même me baigner si nous n’avions prévu de continuer l’exploration de la côte Ouest. Dès que nous reprenons la voiture, le paysage devient plus intéressant, les montagnes se rapprochent avec des reliefs imposants et des couleurs variées : cendres noires oxydées en surface orange à jaune, poussière jaune, roches rouges violacées, noires ou grises, mauves de loin. Certaines coulées se débitent en prismes. Un volcan aux pentes couvertes de cendres grises présente trois cratères emboîtés, extrêmement bien préservés. Seules quelques rigoles creusées témoignent de l’érosion, mais de loin le cône est très régulier. Au retour nous remarquerons que du côté de la mer un secteur est effondré.
Les petits acacias forment des buissons secs, ne serait-ce que pour eux. Je prie pour une pluie abondante le mois prochain. Ils semblent à la limite extrême de la sécheresse, seules quelques branches paraissent encore vivantes.

Praia branca perché au bout de la piste

Praia Branca est un très joli village à mi-pente avec des maisons colorées. Comment-peut on habiter un tel désert ?
Après Praia Branca la route pavée devient piste poussiéreuse pavée seulement aux endroits critiques. Le rivage est très découpé et rocheux. La piste contourne un canyon très étroit découpant une coulée noire formant des orgues basaltiques. La piste devient alors scabreuse. Je retiens mon souffle, transpire de peur, conduis en pensée le 4x4 . Quelques fois, on ne devine plus la suite de la route. Il semble qu’elle donne directement sur le vide. Je descends pour voir s’il y a une suite à la piste. Oui, elle continue en pente raide. Dominique, cramponnée au volant, a déjà eu son compte de frayeur. Elle est forcée de continuer. On ne peut pas faire demi-tour. Que se passerait-il si un véhicule survenait en sens inverse ? Ce n’est pas si impossible que cela. Les rochers sont habités, partout on voit des pêcheurs perchés sur les rochers. Comment sont-ils arrivés ? Finalement nous trouvons un espace assez large pour faire demi tour. La falaise en face est vierge. Pas une trace de chemin côtier, seul le roc plongeant quasiment à la verticale dans l’océan. Fin du voyage ? Fin du monde ?
Au retour on retient son souffle jusqu’à Praia Branca.

Jeudi 1er août : Praia Debaixo da Rocha

Balade dans un désert

D’après Aquinino, il faut une heure de marche pour rejoindre cette jolie plage de sable blanc. D’après le guide Olizane, il y aurait 6 km d’après la carte encore plus.
La piste traverse la plaine caillouteuse hérissée de petits monticules (des coulées) et creusée d’entailles (canyons). L’environnement immédiat est assez laid et surtout ennuyeux, toujours des scories bulleuses de tailles diverses sans intérêt. Heureusement à l’arrière plan le Monte Gordo domine le plateau formé d’épaisses coulées avec un alignement de petits cônes.
Les nuages cachent le plus souvent le soleil ce qui permet de marcher dans une relative fraîcheur. La suite de la piste est cachée par des chicots rocheux. On a du mal à savoir par où passer. Je crois qu’un canyon est caché derrière le rocher et je prends la piste qui le contournerait. Dominique m’emboîte le pas. Erreur ! Nous avons perdu un bon quart d’heure. Après avoir marché plus d’une heure, on ne voit rien qui indiquerait une plage de sable. La mer est à quelques centaines de mètres plus bas, bleue, calme. On entend parfois se fracasser une vague sur une avancée rocheuse. Elle est trop loin pour nous rafraîchir. La piste se déroule devant nous dans ce désert. Seule distraction, des oiseaux, genre de rapaces ressemblant à des vautours aux plumes marron. Enfin, le sentier bifurque à 90° vers l’océan. Fausse joie, pas de plage !

La plus belle plage du Cap vert

Récompense après deux heures de marche : la plus belle plage du Cap vert se mérite ! Sable blanc, gerbe de prismes basaltiques qui ne sont pas sagement alignés en orgues mais disposés en bouquets formant des arches, des sortes de grottes. Le sable fin, doux au pied, blanc contraste avec la roche noire, donne à l’eau transparente des teintes turquoise. La mer est extrêmement calme. Même tout près du bord, je vois les grains de sable qui roulent sur le fond au gré du flux et du reflux. Avec le masque de plongée, c’est une immersion merveilleuse : être dans le bleu, voir le soleil faire ses jeux de lumière sur le fond, les petites rides de sable. A un moment, je nage au milieu d’un banc de poissons.
Au retour, les nuages se sont dissipés et il reste encore deux heures de marche sur les cailloux. Après la baignade je me suis bien rafraîchie mais pour Dominique c’est un calvaire.
Nous rentrons à 2h. Enfin de l’eau glacée. On déjeune de yaourts et moi de fruits.

Dernière baignade à Tarafal

Dernière baignade sur la plage de Tarrafal. Pas de vagues aujourd’hui, dommage, c’était rigolo.
Dernière soirée sur la terrasse. L’atmosphère est plus brumeuse. On ne distingue pas les îlots comme les autres soirs. Le soleil, grosse boule jaune, nous donne un espoir de coucher de soleil mais comme tous les soirs il est englouti dans la brume. Nous regardons les gens déambuler sur la promenade le long du port. Des enfants ont fabriqué un radeau en bidons tout à fait perfectionné avec des rames en tasseaux de bois et couvercles de pots de peinture. La surface de l’eau prend des couleurs changeantes dorée, puis rose mauve enfin argenté. Curieusement, ici, les différences sociales sont plus visibles. Les femmes, qui vendent le poisson, passent avec leurs fichus, leurs pagnes enroulés portant des seaux noirs et des bassines. Des enfants misérables et poussiéreux jouent à la plage. En revanche des groupes bien habillés en tennis neuves, des hommes en pantalons repassés chemise et mocassins passent avec des serviettes d’hommes d’affaire. Certains enfants grassouillets et habillés en Nike et en Gap parlent américain.
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