La « une » qui est, dit-on ici, la chaîne du pouvoir, produit chaque dimanche un résumé des actualités de la semaine. De cette semaine-ci (11 au 16 juillet 2005), le téléspectateur russe pourra retenir que les députés de la DOUMA se sont littéralement « foutus sur la gueule », si l’on en croit les images de violents coups de poings échangés et de députés jetés à terre, puis roués de coups. Malgré (ou à cause ?) des explications contradictoires proposées par ce reportage, l’origine de cette violence parlementaire parait assez confuse, quoique la tenue de propos franchement antisémites par quelques députés du parti d’extrême droite « La Patrie » dans cette enceinte, semble bien avoir été la fameuse goûte d’eau qui, à un moment ou un autre, fait déborder invariablement le vase des bonnes manières, fussent-elles parlementaires.
Mais aussi, qu’un nouvel épisode judiciaire est en préparation dans l’affaire IOUKOS, que l’on croyait définitivement close après le démentèlement de l’entreprise et la condamnation de son principal dirigeant. Cette fois, il s’agit de l’ancien responsable du service de sécurité de IOUKOS, accusé par une ancienne employée d’avoir commandité des meurtres et diverses menaces à l’encontre du personnel. Assise sur un banc, calme et détendue, elle révèle au journaliste qui l’interroge, pourquoi elle s’est décidée finalement à témoigner, malgré le danger d’apparaître ainsi, à visage découvert : pour se débarrasser du poids d’un secret trop lourd… Le journaliste précise quant à lui que ce responsable est actuellement en Israël, « où il vit très bien… ». L’antisémitisme du commentaire est à fleur de peau.
Il apprendra également (le téléspectateur russe), qu’un leader de l’opposition qui s’est déclaré candidat à la future présidentielle de 2008, se retrouve accusé de malversations politico-financières, particulièrement, de l’acquisition supposée frauduleuse d’une datcha de cent cinquante mètres carrés près de Moscou. Une longue explication, finalement incompréhensible, livre les multiples détails de ce détournement d’un bien d’Etat.
Journal télévisé (2). Chaque soir, au cours du journal télévisé de 21 heures diffusé par la première chaîne, Vladimir Poutine est montré au téléspectateur russe, soit s’entretenant avec un interlocuteur (ce soir-là le futur ambassadeur russe en Chine), soit participant à une réunion de travail où s’étudie un problème grave pour l’Etat Russe… Cette manière de faire participer le téléspectateur à l’intimité de travail du Président (l’entretien ou la réunion se déroule en effet devant les caméras), tout en présentant tous les aspects d’une mise en scène très finement contrôlé par le service de communication présidentiel (le Président est toujours filmé de face ou sous son profil droit), m’évoque un autre livre de Pelevine, « Homo Zapiens » (Seuil, 2001), lu également cet été. Dans ce roman, tous les évènements politiques ne sont que des programmes virtuels, imaginés et conçus par une société audiovisuelle ad hoc… Horizon possible de la représentation communicationnelle qui me plonge soudain dans un abîme de perplexité et d’angoisse, quand je songe qu’une telle fiction paraît si proche du sentiment vécu par certains russes.