Visite sur la tombe de Pouchkine, fleurie de nombreux et modestes bouquets de fleurs, comme autant d’hommages anonymes au grand poète. Honte de ne pouvoir murmurer simplement quelques vers pour cause de lecture trop récente d’Eugène Onéguine ou de La dame de Pic. Héritage de mon « autodidactie », ce long chemin sinueux qui ne passât par la case des « classiques », lus et étudiés à l’adolescence, susceptible de fonder les bases d’une « vraie » culture. Celle qui m’aurait permis de dialoguer «intelligemment» avec le Consul général de France, quand il m’invitât avec quelques autres concitoyens, lors d’un précédent séjour. ce haut fonctionnaire usant de cette rhétorique ouatée et érudite, qui forgeât cette tradition d'un Quai d’Orsay par ailleurs accablé, m’apprendra la lecture d’un article du Nouvelle Observateur (lu à mon retour), par la récente nomination de Philippe Douste Blazy à sa tête…
Mais, pour que la culpabilité n’assombrisse pas définitivement mon séjour, je repense au personnage principal du roman de Dovlatov, intitulé justement « Le domaine Pouchkine » (Editions du Rocher, 2004), qui lors de sa première visite effectuée comme guide dans la maison de naissance du poète, se prend à déclamer des vers du poète Essenine, à la place de ceux que Pouchkine adressait à sa nourrice, Arina Rodionovna. Si je ne suis pas pardonné, me voilà excusé !
Pushkinskie Gori (encore). Un couple de biologistes y élève des autruches et propose aux touristes la visite commentée de ce qui constitue une sorte de réserve ornithologique. Je rencontre là cette Russie dont parle Georges Nivat (Revue des Deux Mondes, mars 2005), qui « résiste à l’occidentalisation, non par esprit de contradiction, mais parce qu’elle est incapable d’adopter des critères occidentaux… ». Et parce qu’elle pressent et ressent combien l’importation brutale de ces valeurs et pratiques constituent un contresens, non pas tant pour ce que sont ces valeurs, mais à cause de cette brutalité même, qui en interdit toute assimilation intelligente...
Pushkinskie Gori (toujours). Place de l’hôtel de ville, les portraits photographiés en noir et blanc des habitants de cette ville de province, distingués cette année à la «Gloire du Travail», comme le proclame la partie gauche de ce monument, alors que la partie droite restitue un bas relief métallique où domine la faucille et le marteau. De l’autre côté de ce qui finalement constitue la cour de l’hôtel de ville, un buste pseudo-granitique de Lénine semble les observer. Cette scénographie urbaine, à connotation socialiste, sise au cœur d’une ville dédiée à la mémoire de celui qui occupe la place incontesté du plus grand poète de ce pays (et que l’on pourrait juger à contretemps), résume une des nombreuses contradictions qui tient ce pays debout.