Dans l’avion, je lis les « Carnets » d’Anton Tchekhov (Christian Bourgeois, 2005), avec cette prudence qui est la mienne à la lecture de ce que les auteurs n’avaient pas prévu de rendre public, et bien qu’il s’agisse, particulièrement pour le Carnet I, d’un carnet littéraire et non d’un journal intime. Prudence que Tchekhov partageait également d’une certaine façon, puisqu’on y lit (pages 68/69) : « Quel délice que le respect des gens ! Quand je vois des livres, je me fiche de savoir comment les auteurs aimaient ou jouaient aux cartes, je ne vois que les œuvres sublimes ». En parcourant ces carnets, j’y découvre cependant de savoureuses évocations, le matériau de l’écrivain Tchekhov comme celui-ci (page 91) : « l’homme à l’étui, chaussé de caoutchoucs, un parapluie dans son étui, une montre dans sa boîte, un couteau dans sa gaine. Couché dans son cercueil, il semblait sourire. Il avait trouvé son idéal ». J’y trouve également certains échos à quelques réminiscences personnelles, quand par exemple (page 111), il écrit : « on fêtait l’anniversaire d’un homme modeste. On profitait de l’occasion pour se montrer, se complimenter les uns, les autres. Et ce n’est qu’à la fin de la soirée qu’on s’est ressaisi : le héros de la fête n’avait pas été invité, on l’avait oublié ». Anecdote qui me ramène à cette soirée passée dans le restaurant de la Forteresse Pierre et Paul, où l’on fêtait l’anniversaire d’un enfant qui n’était pas là pour cause de maladie. Une soirée qui fut pour moi, pour des raisons que je ne peux évoquer (et qui tiennent précisément à ce que les auteurs n’ont pas prévu de rendre public), décisive dans ma rencontre avec ce pays.