Il me reste de ce mondial 2006, pour l'essentiel vécu dans les andes péruviennes, ces formidables envolées lyriques si caractéristiques des commentateurs de radio de cette région. Ils sont d'ailleurs les véritables chefs d’orchestres de ce spectacle, le 23ème joueur (acteur ?) du jeu. Leurs voix s’animent sans cesse, échos "d’exploits" dont il n’a même plus lieu de voir l’action ni les joueurs pour en imaginer la
Geste héroïque...
La gradation du bonheur éprouvé s’écoute comme un concerto d’intonations rituelles, à la fois codifiées et spontanées ! Ici, on a l’emportement sur plusieurs temps et les commentateurs radios sont des professionnels de la respiration maîtrisée. Une sensation fugace de danger, et la
Voix s’achèvera par un long decrescendo, de l’aigu vers le grave. Le moment de grâce, celui de la délivrance fusionnelle et libératrice, ou pire, résignée et dramatique, reste évidemment proclamée par ce « Goooooooooooooool !! » interminable, inventé par un argentin il y a 30 ans et repris depuis dans tous les pays d’Amérique latine, au Pérou comme ailleurs. Les premiers instants sont marqués par une pause infime de quelques millièmes de seconde, puis l’Appel retentit, annonçant à tous l’instant du Jugement, de l’ivresse céleste de joie ou d’une plongée dans des abîmes de déception ! Les commentateurs deviennent alors l’espace d’un instant des muezzins du ballon rond, car il y a quelque chose de sacré dans cette fête païenne, comme une communion collective et rituelle que les pays d’Amérique du Sud ont incorporé à leurs croyances...
Mondial 2006, dans le bus de Pisac à Cusco, France-Espagne (3-1 !), 28 Juin 2006.Traduction de la photo : « Le coq a chanté ! ».
Pour la petite histoire : ce qu’il y a de sympathique avec les sud-américains, c’est qu’ils ont trouvé le moyen d’assouvir leur passion footballistique presque chaque année. Entre la
copa America, organisée tous les 2 ans, et la coupe du Monde, qui a lieu tous les 4 ans, tout voyageur aura donc la chance d’observer et de vivre un de ces événements hors norme presque 3 années sur 4, au début de chaque été. Cette fête du ballon rond deviendra le principal truchement de vos rapports au pays et à ses habitants, du bus à votre taxi, de vos lectures de presse aux discussions de comptoirs. Le Pérou, dont l’équipe n’est hélas pas souvent dans les phases finales de ces communions nationales, n’en n’est pas pour autant une exception !
La radio est de loin le vecteur le plus fascinant de cet événement.