J’avoue une petite préférence pour les cultures précolombiennes du sud. Cette réflexion est évidemment dénuée de sens dans la mesure où tout ce qui nous est parvenu n’est qu’un imparfait et inégal témoignage de chacune de ces civilisations. Pourtant, c'est bien la sécheresse des déserts du sud, garante d'une bonne conservation des tissus et momies, qui a favorisé ces régions. A cela il me faudrait ajouter leur remarquable et étonnante évolution vers l’abstraction, la recherche de formes géométriques nouvelles, ou encore la richesse des couleurs de leur art (céramiques et tissus).
L’art Paracas est la première civilisation régionale à se développer en dehors de l’influence directe des Chavin, sur la côte sud du Pérou actuel (à 4 heures de bus de Lima). Elle rayonnera de Nasca à Chincha, via Ica et Pisco ! Elle a développé peu à peu ses propres modes de représentations, assez loin des bestiaires monumentaux de l’art Chavin.
Tissus ParacasLes Paracas sont avant tout célèbres dans le monde entier pour la qualité de leurs tissus. En coton le plus souvent, ils s’affranchirent peu à peu de la structure du tissage par un usage des broderies. Bien que le nombre de couleurs soit encore restreint, leur vivacité étonnante reste exceptionnelle plus de 19 siècles après !
Les
Unkus du
museo de oro sont à ce titre exceptionnellement bien conservés. Ces ponchos, faits de plumes multicolores de perroquets ou couverts de feuilles d’or, sont le véritable trésor (il me semble) de ce musée ! Les Unkus étaient portés par les meilleurs guerriers et utilisés uniquement pour les fêtes et cérémonies religieuses. Hélas, n'ayant pas été autorisé à prendre de photos dans ce musée, il vous faudra y aller pour les découvrir...
Le
musée national d’archéologie, d’anthropologie et d’histoire du Pérou, situé à Lima (
museo nacional de antropologia, arqueologia e historie del Peru) dévoile également des pièces exceptionnelles. On peut observer des
esclavinas, trouvées dans la nécropole de Paracas, qui sont des ponchos de petites tailles, carrés de tissus brodés qui se mettaient sur les épaules, avec des dessins d’oiseaux, de flore ou d’animaux (voir photo 1).
Nécropole et fardeaux funérairesLa nécropole de Paracas, la nécropole d’Ica, les momies de Nasca... Toute cette partie du pacifique est parsemée de momies. Les Paracas excellaient dans les techniques de momification. La plupart des momies ont été retrouvées en position fœtale, enveloppées dans des tissus (
mantas). Elles étaient ainsi accompagnées d’offrandes et d’objets familiers (les unkus notamment) et enterrées avec leur suite (femmes, serviteurs etc...). Les momies de la culture Paracas, qui ont subies des déformations crâniennes et des trépanations, nous ont légué de précieux témoignages des croyances de cette époque, dont la majorité des tissus (voir photo 2).
Certains de ces sites se visitent, comme les momies de Nasca (voir article de Daniel,
http://www.voix-nomades.com/guides-voya … Nazca.html).
La culture NascaEnfin, comme ne pas évoquer la culture Nasca, qui succéda aux Paracas (intermédiaire ancien) sur le même territoire ? Ses célèbres dessins géométriques monumentaux de plusieurs kilomètres, probablement des lieux de cérémonies, ne doivent pas faire oublier la qualité de sa céramique peinte : les couleurs chaudes (dominante rouge et ocre), des dessins alternant des formes abstraites dérivées de motifs naturalistes ou bien encore des aplats de couleurs cernés d'un trait noir représentant de la flore ou un animal (voir photo n°3, singe représenté à la fois sur une céramique et sur les
lignes de Nasca).
Les cultures Paracas et Nasca me fascinent parce que leur imaginaire, parfois, nous semble bien inaccessible...