
Il y a ce quai de la gare de Laval où s’achève immanquablement mes visites devenues régulières dans cette ville et que le vent, toujours, balaie d’une violence incrédule, qu’il soit ensoleillé ou noyé sous la pluie. Comme il balaie immanquablement les souvenirs de cette ville, ne laissant perdurer que ce ruban de béton indistinct aux autres voyageurs, mais qui me le fait reconnaître entre tous comme « le quai de la gare de Laval ». J’y arrive toujours un peu en avance sur l’horaire immuable où la machine ferroviaire a prévu d’immobiliser provisoirement la puissance qui permet de nous arracher à cet instant amer et dur qui condense toutes les séparations. Je m’y avance seul le plus souvent, profitant de ces moments de quiétude qui précèdent l’agitation d’un départ mêlées parfois de l’émotion de quelques retrouvailles, comme ces amoureux s’étreignant dans leur solitude au plus profond de mouvement d’une foule indistincte… J’y attends qu’un bateau vienne s’amarrer devant moi, me proposant un embarquement immédiat. Et là, seulement là, sur « ce quai de la gare de Laval », je ne suis pas surpris de croire possible cette folie…