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 Carnet de voyage – Jean_Luc_Charlot
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 Cartes postales professionnelles
France (Métr.) Cartes postales professionnelles Dans ce carnet :
14 article(s)
0 diaporama(s)
8 photo(s)
Crée le 26/04/06
Dernière modification le 22/04/08

Nous pensons toujours ailleurs, écrit Montaigne, au détour d’un chapitre des Essais, intitulé De la diversion.

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 Cartes postales from le métro parisien - France (Métr.)

Et tous ces inconnus qui glissent sur le trottoir ombré d’une journée qui s’inaugure et s’évanouit devant la vie qui s’impatiente.
Inconnus traversant des amazonies secrètes où devenus voyageurs
Ils rêvent qu’on prononce leur nom
Inconnus d’ici, d’ailleurs, de partout !
Extravagants
Inconnus se tenant à l’entaille des baisers
Elle
Elsa extirpée d’une nuit inachevée et dont le feu s’éteint
Sous sa robe
Le vent la dépouillant de ses dernières peaux de tendresse
Lui
Aragon ridicule prêtant un serment nuptial par delà un ciel sans nuage
Inconnus s’amarrant au précipice d’une nuit irraisonnée
Elle
Noyée dans une robe de mariée qui pourtant caresse un bassin trop large d’une promesse natale
Ses lèvres redessinées carmines
L’allure d’une maquerelle rêvant à l’introuvable qui s’abreuverait de son lait de tendresse
Inconnu
Obstiné en son courage
Lui
Derviche ridicule pivotant sur lui-même
Aveugle avançant d’un pas impubère
Mendiant sur le trottoir obombré où capitulent des étreintes scellées dans une obscurité autrefois complice
Et tous ces inconnus
Indifférents comme une passée d’oiseaux masquant comme définitivement des visages successifs qui furent leurs œuvres
Comme une figure d’Albert Camus, inévitablement…
Inconnue
Elle
Bordant sa présence d’un cri frayant dans un vent indéfinissable mouchetant l’herbe ondoyante
Ce cri pourfendant le corps de l’amant d’une passion impérieuse
Mais
Tous ces inconnus glissant sur le trottoir ombré d’une journée qui s’inaugure n’en ont que foutre
Indifférents qu’ils sont à ce pollen saprophyte :
Ce cri aimant un corps pourfendu

Mais par où puis-je aller ?
De traverse ?

Inconnu
Lui
Rimbo se balançant comme si un mort l’habitait traçant le trajet d’un somnambule qui passerait du rêve au cauchemar
Mais comme imperceptiblement
Inconnu
Lui
Rimbo bordant sa présence d’un cri comme le bruissement calme et hardi d’une débauche de pluie
Cri s’obstinant à travers la vitre des convenances :
Ne me laisse pas seul !
Un cri
Comme mendiant une échancrure un souffle dans le hurlement compulsif de leur indifférence
Inconnus traversant un reflet inconvenant où parfois devenus vivants
Ils rêvent que les fleurs sourient et les fleurs chantent
Comme dans un poème de Fernando Pessoa ?
Inconnues achetant des parures nouvelles comme autant de promesses intactes
Et parmi ces inconnues
Celle-ci
Najda déclarant :
J’aimerai pouvoir lire ce que vous écrivez en moi et entretenir avec vous un rapport d’exquisité
Inconnus traçant des cercles sur la poussière des nuits qui menacent
Ou bien
Eveillant des dormeurs solitaires d’une main légère et précautionneuse
Inconnus (encore)
Inventant des fabulations où le drame toujours devient comédie puisque le monde est leur rêve
Où même
brouillant les pistes des assoiffés d’azur
Leurs frères
Eclaboussant la lumière
Balisant des ombres invisibles et nues
Inconnus produisant des chimères et déclarant ceci :
Nous sommes tous des groupuscules !
Comme une figure de Félix Guattari, inévitablement…
Inconnus ne faisant que quoi ?
Que marcher et courir ou rester là
Scrutant les lèvres et les mots d’où jaillira une débauche de particules phosphorescentes
Caressant cette phrase :
Il faudrait du bonheur pour faire péter tout ça !
Mais
Dans le brouhaha de leurs vies emmêlées
Ils savent que déjà les silhouettes noyées de sommeil ont bu le sang des hommes
A vrai dire
Ils ont des larmes aux yeux comme des inconnus glissant sur une terre de grande adversité
Et tous ces inconnus assortissent leurs ardeurs au terminus du hasard qu’on pourrait dire comme égayé d’un noir différent
Presque transparent
Image enfin juste d’un cauchemar lessivé de façon désordonné
Inconnus
Condamnés à glisser sur le trottoir ombré d’un vieux cimetière
Cherchant la trace ou les restes d’une idées multicolore comme :
Conduire un morceau de banquise vers l’équateur
Inconnus
Héritiers tardifs d’un monde d’ombre et de lumière
Egrénant les diverses hypothèses possibles
Trois exactement :
D’abord
Ensuite
Et puis enfin
Comme une figure de Serge Daney, inévitablement…
Inconnus
Fourbus
Harassés
Hagards
Demeurant dans l’orage de contemplations enfantines et se découvrant convaincus que trop de (…) cohabitent et coexistent simultanément pour qu’il puisse y avoir encore de la place pour la raison
Comme une figure de Bernard Marie Koltès, inévitablement…
Et parmi Eux
Elle
Inconnue
Hannah épuisée d’avoir voulu labourer la mer
Ecrivant une ultime lettre douloureuse lestée d’un certain poids de menace
Ecrivant ceci :
Préparez vous à la solitude !
Inconnus
Conservant l’équilibre des pas au dernier pont des fuites
Les pieds somnolant dans les décombres de printemps perdus
Ces utopies funestes
Inconnu
Laissant l’indécence des mots encombrer le trottoir de moraines
Comme autant de tortionnaires de passage
Mais
A vrai dire
Ils ont les larmes aux yeux
Ces inconnus glissant sur le trottoir ombré d’une nuit qui

Alors
Demain peut-être
Inconnus
Ils marcheront comme on murmure
De traverse ?
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