Réveil à 8h30. Les épais volets de bois nous ont protégées du bruit et de la lumière. Je viens juste de m’habiller quand on frappe à la porte. Tomas, encapuchonné dans un kabig marocain ou en djellaba courte rayée, portant des gants de laines, vient frapper à notre porte. Il brandit mes lunettes.
Le petit déjeuner est servi sur la balconnade couverte avec vue sur la mer (et sur l’autoroute). Pour quatre €, nous trois sortes de pain, intégral genre allemand, gris avec une croûte fine, délicieux, et des Wasa au sésame. La jeune femme qui nous sert est très sympathique, italienne, cheveux courts .La confiture est « casera », maison, c’est elle qui l’a faite avec les tomates de Chine, oranges et oblongues qui poussent dans leur jardin en contrebas. Elle est délicieuse.
le jardin de la finca La pluie a cessé, il fait bien gris. En attendant le taxi, nous explorons le jardin, un fouillis de plantes rampantes (des cristophines, des courges énormes envahissant des arbustes. Les citronniers ont des fruits énormes à allure de cédrats, leurs feuilles sont racornies (nous sommes chez des écolos, sûrement pas d’insecticides). Les arbres à tomates sont nombreux, il y a également un petit papayer, un pêcher en fleurs et un figuier défeuillé.
Puerto de la Cruz Le taxi traverse Puerto de la Cruz, immeubles modernes, végétation tropicale, beaucoup d’hôtels. Notre voiture de location est une Clio grise standard (la même que celle de Nicole ou des parents de Dominique). La première sortie, moi-même au volant, a l’air d’un gag : je fais trois fois le tour du pâté de maison, et loupe l’entrée du parking à chaque fois. A chaque coin, un stop, des piétons dans leur bon droit. . Dominique s’énerve, prend les commandes et descend au parking souterrain.
Une jolie promenade arborée, hibiscus et palmiers, nous conduit à une petite plage de sable noir déserte. Plus loin, la côte est abrupte, une coulée de lave a laissé une falaise noire avec des prismes de rétractation. Malheureusement, l’urbanisation anarchique, tours étroites et barres énormes gâche le paysage.
Des bâches de chantier masquent les aménagements de la corniche du bord de mer. Plus loin, plus de travaux mais un péage (3.3 €) : des piscines, des jardins des chaises longues. Ce matin gris, par une température de 17°, personne ne s’est installé.
Cheveux blancs et têtes chenues En revanche, dans la rue à l’arrière de cette base nautique, une foule très dense se presse. Têtes chenues, les retraités de toute l’Europe du Nord se sont rassemblés ici. Malgré nos cheveux gris, nous faisons figure de jeunettes. Des boutiques se succèdent proposant des produits détaxés, des parfums, des articles électroniques, des appareils photos, des lecteurs de CD vêtements de « marques », Adidas ou Lacoste, et des souvenirs canariens : énormes poussins jaunes criards. Plus tard, en écrivant, je me rends compte qu’il s’agit sans doute de canaris ! Cette foire détaxée me rebute. Caricature de tourisme balnéaire. Que faisons nous ici ?
Toujours les mêmes boutiques et la même foule dans les petites rues. Levant les yeux au dessus des devantures on découvre de très jolies maisons chaulées de blanc à balcons de bois ajouré. Dans les ruelles en pente, les balcons de bois, sont décalés. Le ciel s’est dégagé. Malheureusement, nous avons oublié l’appareil photo.
chapelles et églises Nous passons devant plusieurs églises. Une jolie chapelle en bord de mer est réservée aux allemands, une autre aux scandinaves. Dans l’église principale, la Messe du dimanche est en Anglais. Malgré les affiches polyglottes, nous sommes en Espagne ; il règne une véritable ferveur. Des retables, très baroques, très dorés, très surchargés. Le plus remarquable se situe au dessus de nos têtes : un plafond de bois précieux à motifs arabes rappelant les plafonds à caissons. La religiosité qui règne ici fait contraste avec l’agitation mercantile de la rue. Il est difficile de se comporter en touriste ici. Partout des gens sont en prière. L’église donne sur une très jolie placette plantée d’un jardin public. L’eau jaillit du bec d’un cygne qui a renversé son cou vers le ciel dans une curieuse attitude, dans des carrés délimités par un grillage, des coléus, hibiscus et autres arbustes colorés sous des yuccas et des palmiers. Les bancs sont occupés par des vieux.
Nous terminons notre exploration au supermarché Hiperdino (dino pour dinosaure, quel bon goût !) puis nous remontons la côte dans les embouteillages.
Déjeuner sur la petite table ronde devant Platanera dans le patio : crevettes roses.
la Montaneta En face de chez nous, une petite chapelle blanche est perchée sur une petite montagne pointue. Elle attire notre curiosité. Ce sera notre but de promenade ! Nous contournons la base du cône dans des jardins un peu à l’abandon : bananeraies, oignons et pommes de terre. Le long de la route de petits oratoires fermés très soignés et fleuris. Une très belle finca est cachée dans les jardins. Malheureusement de grands panneaux annoncent la construction de chalets adosados du pire effet. Au pied du petit mont : un énorme parking et un restaurant annoncé par d’énormes barriques le « Monastère » composé de tout un ensemble de restaurants spécialisés, l’un dans les fondues, l’autre dans les grillades, un troisième de paellas …L’architecture et la décoration sont assez réussies. Nous traversons un jardin botanique planté surtout de plantes grasses, figuiers de barbarie, pins des Canaries aux longues aiguilles souples. Une bizarrerie : des fleurs rouges sortent de l’écorce des branches. Un pin n’a jamais de fleurs rouges. Est ce une plante parasite.
Un chemin de croix est en cours d’aménagement. Chaque station est illustrée par un azulejo plaqué sur un petit autel blanc. En haut, nous découvrons le cratère du petit volcan et la chapelle blanche, toute seule sur son esplanade de ciment. De là, nous apercevons les neiges du Teide étonnamment proches. Le sommet est caché dans les nuages. Les villages traditionnels de maisons cubiques avec des terrasses rappellent un peu les maisons marocaines. Une grande part d’entre elles est chaulée de blanc. D’autres ont adopté le crépi jaune ou orange. Les terrasses sont carrelées. Vu de dessus, elles forment une mosaïque en camaïeu très plaisante.
Corniche au dessus de la mer Nous terminons la journée par une promenade en voiture vers l’Ouest. L’autoroute se termine quelques kilomètres après notre sortie 38. Après un tunnel la route se poursuit sur une corniche au dessus de la mer. Le belvédère San Pedro est aménagé au dessus des bananeraies. De là, on découvre toute la côte. Un sentier descend dans une palmeraie.
la plage de SocorroPlus loin, la petite plage de Socorro est le rendez vous des surfeurs. Je sacrifie à mon rite : la promenade pieds nus à la limite de la vague. L’eau n’est pas froide, premier bain de pieds. La fin de l’expédition est moins réussie. Nous sommes à la recherche d’un supermarché. Nous nous perdons et rentrons à la nuit tombée.