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 Carnet de voyage – miriam
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 Sicile : deux fois deux semaines au...
Italie Sicile : deux fois deux semaines aux vacances de Pâques. Dans ce carnet :
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Crée le 01/10/06
Dernière modification le 20/10/06

Fascinante Sicile, palimpseste où l'on découvre sous le baroque, la Grande Grèce, mais aussi les mosaïques byzantines, les rois normands, l'inflence arabe... sans oublier l'Etna, la mer, les ports...

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 21 - Tempête sur Trapani - Italie
De retour au gîte à Trappetto calme après la tempête

sur l'autoroute qui mène vers l'ouest


Au lever du jour, le ciel est gris uniforme. Pas une ride sur la mer. Les pêcheurs jettent leurs filets près de notre plage. Dominique appelle de ses vœux le vent qui disperserait les nuages.
L’autoroute de Trapani, distante de 50 km court le plus souvent sur des viaducs dominant les vallées. La vue est merveilleuse. C’est beaucoup plus agréable que sur nos autoroutes françaises, en creux protégées par des remblais et de la végétation qui cache le paysage.
La ferme sur son éperon rocheux est toujours aussi spectaculaire. Nous traversons une campagne très verte plantée pour moitié de vignobles, pour moitié de champs de céréales mais aussi de fèves en fleurs. Quelques oliveraies. Le relief devient accidenté. Trois tunnels nous font franchir les collines.

Trapani, Musée Pepoli

Trapani est une grande ville. Les faubourgs sont plus étendus que prévu. Premier arrêt devant le Musée Pepoli installé dans un ancien couvent de carmélites à côté de l’église de l’Annunziata.
Le couvent ressemble plutôt à un palais baroque. Le cloître est entouré de hautes arcades, il est planté de hauts palmiers et d’orangers. Au rez de chaussée, je retrouve les sculptures des Gagini : le Franciscain de Palerme avait bien expliqué qu’il s’agissait d’une famille. Le plus ancien, venu de Livourne, est arrivé en Sicile à la fin du 15ème  siècle. La plus belle statue est un San Giacomo (Saint Jacques) plus épuré que ceux que nous avons vus à Compostelle.

l'escalier

Le chef d’œuvre architectural de ce couvent est un escalier ! Théâtral, digne d’un opéra : la rampe est décorée d’incrustations de marbre polychrome aux motifs compliqués. Les balustres de marbre vert sont finement ciselés. Une autre rampe est curieusement creusée dans le mur, elle aussi en marbre vert toute en courbures .On imaginerait plutôt les divas descendant l’escalier (festival de Cannes) que les religieuses en habit.
Les salles du premier étages sont celles d’un palais, plafond blanc, nous sommes quand même dans un couvent, mais avec des stucs : angelots, nuages et religieux en soutane. Nous passons assez rapidement à travers la galerie de tableaux. Toujours la même impression : les primitifs du XIIème et XIV même Xvème me séduisent, les yeux révulsés, les couleurs sombres des tableaux classiques ne me plaisent pas du tout. Dans une salle, des paysages aux ruines antiques romantiques  sont datés des années 1700. Il faudrait que je me documente sur les dates du début du Romantisme !

Crèches

Finalement, ce qui me plaît le plus, ce sont les crèches anciennes et les santons du XVIII  et XIX ème, certains en bois peint, d’autres habillés comme des poupées en habits contemporains. Marie et Joseph en habits de cour ! D’autres crèches miniatures sont en corail et en ivoire. Le travail du corail est une spécialité de Trapani. Des compositions avec des ormeaux nacrés, des brins de corail, de l’ivoire et des perles sont de pures merveilles. Crèches précieuses avec des portiques et des colonnes antiques dorées, compositions compliquées  rappelant certaines icônes crétoises où toute l’histoire sainte est  figurée en scènes miniatures . On reconnaît la construction d’une tour de Babel en corail, l’entrée de Jésus dans une Jérusalem d’ivoire, la construction d’une Arche de Noé. Au centre un Jésus d’ivoire en ascension au dessus du sépulcre de pierres précieuses. Tout cela haut d’une quarantaine de centimètres !

majolique

Autre spécialité de Trapani : la majolique. Le carrelage du sol d’une église fréquentée par des pêcheurs montre le plan de Trapani avec sa baie en forme de faucille (drepanon, la faux a donné son nom à Trapani). Départ des pêcheurs et une très réaliste mattanza (pêche au thon traditionnelle. Les gros poissons sont prisonniers dans la nasse encerclée par une foule de barques de thoniers ;

L'Annunziata

L’église de l’Annunziata est très vaste, intérieur blanc et gris, pas trop surchargée plutôt froide et ennuyeuse. Derrière le chœur les chapelles sont plus intéressantes. Une Madone de marbre est très réputée. La chapelle est magnifiquement décorée de marbres marquetés. Equivalent religieux de la décoration de la salle des glaces de la Villa Palagonia. Des lampes orientales sont suspendues comme dans une mosquée. L’ensemble est éblouissant, mais difficile d’y jouer les touristes. Cette Vierge est très vénérée, plusieurs hommes sont en prière . Il serait malvenu de s’attarder trop longtemps pour faire des photos (comme à Santa Caterina à Palerme) Je n’ai pas réussi à débrayer le flash. Dominique s’enfuie de honte. Une autre chapelle est insolite : la chapelle des pêcheurs et celle des marins. Pièces toutes simples décorées de tableaux naïfs, bateaux en perdition sur une mer agitée de vagues blanches. Une femme est en dévotion, elle se recueille, touche une plaque.
Lorsque nous sortons du Musée, le vent s’est levé .Dans les palmes, il fait un bruit effrayant. J’imagine que les palmiers amplifient l’impression de tempête.

Tempête

Trapani est construite sur une flèche qui avance dans la mer. Dans la vieille ville, nous voyons la mer de chaque côté des rues transversales au corso. Elle ressemble à la mer des ex-voto : bleue marine zébrée de lames blanches. Quelques petits bateaux rentrent au port dans l’écume blanche. C’est la tempête.

Les Mystères

Nous laissons la voiture sur un vaste parking et nous dépêchons de rejoindre la Chiesa del Purgatorio où sont déposés les Mystères : groupe de statues représentant la Passion que l’on promène toute la soirée et la nuit du Vendredi saint. Dominique Fernandez a écrit un chapitre entier à leur sujet et a aiguisé ma curiosité ? Comme dans le livre, l’église est fermée. Pourtant les horaires placardés sur la porte sont les bons. Je vais me renseigner dans les boutiques voisines ? Le vieux fleuriste debout sur le pas de sa porte me dit que c’est fermé pour nettoyage, je m’étonne, il mime le balayage. Entre-temps la porte s’ouvre devant Dominique. J’accours. Les nettoyeurs sont là, raclette sur un long manche, ils grattent le carrelage. Nous faisons quelques pas en avant, « Non, c’est fermé, revenez cet après midi ! » Nous regardons donc de loin les groupes de statues très réalistes dans une église vide qui fait un peu hangar.

Promenade dans le centre

Nous nous promenons au hasard dans les rues très calmes, les rues principales : Corso Italia, Corso V Emmanuele ou Via Garibaldi sont bordées de palais aux balcons en arceaux. Les petites ruelles sont plus agréables pas de voitures et surtout pas de vent. Vers la pointe de la flèche  les maisons sont plus simples, toutes pareilles, sans balcons ni ornement. Les façades sont peintes de très belles teintes ocre, jaune, beige, sable parfois rouges. Seules les lanternes de l’éclairage public se détachent sur ce camaïeu aux couleurs du désert. Une digue est terminée par une tour carrée : la Tour Ligny. La mer est déchaînée. Pour rentrer, nous essayons de suivre les quais du port : Bateaux de pêche, ferries pour les îles Egades et même quelques très gros bateaux. Le vent projette du sable et même des petits cailloux. Des Vespas sont renversées. Nous tenons à peine debout, peinant pour avancer. Si on se réfugie dans les ruelles, j’ai peur que les inévitables échafaudages ne s’écroulent sur nous. Cela ressemble à un vent de sable au Maroc ou au khamsin. Peut être est ce le sirocco qui vient de Tunisie ?
Nous cherchons les ruelles en lacis du casalicchio « quartier arabe » aux ruelles tortueuses mais pas arabes. Puis, la Giudeca et le palais original au bossage en pointe de diamant et aux fenêtres Renaissance presque manuelines.

Dans un bar, Dominique achète un arancini. Je ne sais quel panino choisir tellement ils sont appétissants. J’élis jambon blanc, mozzarelle, artichaut confit rehaussé de quelques brins d’une sorte de pissenlit amer et très parfumé. Nous les mangeons à l’intérieur de la voiture sur la digue de la Tour Ligny devant une mer démontée. Je repense à la femme de la chapelle des marins. Peut être savait elle que la tempête allait se lever et son mari ou son fils étaient ils en mer ?

marais salants

Les marais salants se trouvent au sud de Trapani vers Marsala. le vent a chassé les nuages .Un Musée du sel est installé à la Contrada Nubia dans un bâtiment bas couvert de tuiles surmonté d’un moulin à vent portant encore ses ailes. En attendant l’ouverture du musée, nous faisons le tour d’un bassin agité par la tempête. De belles giroflées bleues violettes donnent une note de couleur supplémentaire. Difficile de faire des photos, le vent me déstabilise, elles seront peu être floues.

Le Moulin

Visite guidée du musée : j’apprends que les salines datent des Phéniciens il y a 2500 ans. Le moulin avait un double rôle dans le pompage de l’eau et dans le raffinage (pour faire tourner la meule qui écrase les gros cristaux. La conférencière, jupe longue et grande étole, nous explique comment l’eau piégée dans les grands bassins y reste sept jours avant d’être montée dans les bassins de moins en moins profonds, passant dans quatre séries de bassins . Un mois est nécessaire pour la cristallisation.
Ici, intervient un épisode comique. Deux familles italiennes suivent la visite, deux messieurs, l’un jeune, l’autre plus âgé de belle prestance. Le jeune est un âne. Déjà, lorsque la guide avait mentionné le pompage il n’avait rien compris. Elle avait répété « pomper, aspirer, quoi »- « Aspirer quoi ? » »Aspirer quoi ? »-«  Eh bien l’eau ! »Le monsieur aux cheveux blancs avait montré sa science et la pompe : « une vis d’Archimède » ce qui avait cloué le bec à l’âne Quand la conférencière explique qu’il faut un mois pour obtenir du sel, on peut donc faire4 récoltes en un été
L’obtus la contredit« Mais non, puisque qu’un bassin se vide en une semaine, on peut faire une récolte par semaine » - la guide recommence : « 4 bassins, 4 semaines cela fait un mois, c’est mathématique » ; son contradicteur insiste. Elle recommence pour une troisième fois, en haussant le ton. « C’est la première fois que quelqu’un ne comprend pas quelque chose d’aussi simple ! » Le ton monte encore. Je crois que je vais être saisie par le fou-rire. Les dames sont hilares. La conférencière recommence. Le monsieur cultivé veut mettre tout le monde d’accord, dit que chacun a raison. C’est du plus haut comique. En France, ou ailleurs, je n’ai jamais vu contredire un guide. Les gens écoutent attentivement ou distraitement, posent parfois une question pour étaler leur érudition mais jamais n’attaquent avec une telle véhémence et surtout une telle obstination. Je pense à ce berger de SuperDévoluy se plaignant du peu de questions posées par les touristes. La guide aurait dû expliquer que si la première arrivée de sel au bout ‘un mois ne pouvait être récoltée chaque semaine. Seulement 5 cm se forment, il en faut 30 pour racler le bassin. Nous ne pouvons pas monter au moulin à cause du vent. Arrive le meunier, le vieux propriétaire du moulin. L’obstiné commence son interrogatoire « Est ce vraiment une tempête exceptionnelle comme le disait la dame. Le meunier est moins affirmatif mais il prédit du mauvais temps pour la fin de la semaine. Soupirs appuyés de toute l’assistance. Le meunier revient à la pompe. Bien que je connaisse depuis longtemps le principe de la vis d’Archimède »e je ne l’avais jamais vu fonctionner. C’est une coïncidence de faire sa connaissance en Sicile, patrie d’Archimède. L’âne ne comprend pas si c’est la vis ou le tube qui tourne. Le monsieur aux cheveux blancs lui explique « c’est comme une bétonnière, avez vous vu une bétonnière ? ». Quand le meunier affirme que 21 m3 d’eau peuvent passer d’un bassin à l’autre en une minute au rythme de 70 tours à la minute, c’est le monsieur distingué qui conteste. Les voilà à calculer le pas de vis, le volume du cylindre. Tout le monde s’emmêle entre les tours à la seconde et les tours à la minute, entre les m3 et les litres. Les voilà convertissant, oubliant ou rajoutant des zéros. L’ignorant bée d’admiration « Vous êtes ingénieur ? » Je m’éclipse dans la confusion des nombres. Dominique attend dans la voiture. Ce qui était une aimable comédie tourne au pensum. Comment calculer de tête un volume de cylindre et un débit sans papier ni crayon ? J’ai raté la fin de la visite mais il se fait tard ? En tout cas, j’ai eu un spectacle fort divertissant.

Retour à Trappeto sous le soleil. J’avais pensé qu’en rentrant dans les terres il y aurait moins de vent. J’avais oublié les viaducs de l’autoroute panoramique. Les très grosses voitures roulent normalement, les petites au ralenti.  Dominique se cramponne au volant.  Elle me maudit d’avoir préféré l’autoroute à la route. A Alcamo le trafic est dévié, accident ? Ou précaution ?
Quand nous arrivons à la maison le vent est complètement tombé, la mer est lisse, sans une ride, la terrasse est ensoleillée. Notre lessive est tombée juste sous le séchoir. Nous profitons une dernière fois  de notre belle vue. J’attends sur la terrasse que la grosse boule jaune du soleil disparaisse derrière les crêtes. La soudaineté du coup de vent nous a étonné.
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