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 Sicile : deux fois deux semaines au...
Italie Sicile : deux fois deux semaines aux vacances de Pâques. Dans ce carnet :
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Crée le 01/10/06
Dernière modification le 20/10/06

Fascinante Sicile, palimpseste où l'on découvre sous le baroque, la Grande Grèce, mais aussi les mosaïques byzantines, les rois normands, l'inflence arabe... sans oublier l'Etna, la mer, les ports...

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 16 - Pâques albanaises - Italie
Villa Palagonia Les grotesques qui gardent la villa

Les volets ferment tellement bien que nous ne pouvons pas deviner que c’est la mer sur les rochers qui fait autant de bruit. Il fait beau. Nous partons donc très tôt pour voir les festivités à Piana degli Albanesi que j’avais trouvées sur Internet.

en  route, par l'intérieur

Pas besoin de retourner à Palerme : à Partinico, une route coupe à travers la montagne. A huit heures nous traversons des villages endormis. Allons nous trouver notre chemin ? Un défilé d’hommes âgés précédé par un tambour remonte la rue principale d’un village, nous les suivons.
Les cerisiers sont en fleurs. Nous retrouvons la même végétation que l’an passé à Chypre : « marguerites jaunes, soucis oranges sauvages très bas, giroflées mauves. Des vignes, de vieux oliviers sur des terrasses. La montagne est très escarpée, les rochers souvent à nu. Dès qu’on monte nous rencontrons le brouillard. Dommage ! la route est en corniche, par de belles échappées on découvre la mer et Palerme.

Piana degli Albanese

Nous arrivons à 9h30 à Piana Degli Albanese et trouvons facilement une place de parking. La Messe dans l’église grecque : la Cathédrale San Demetrios est à 10h30, la procession à 12h30 ensuite un spectacle de dans es folkloriques. Il faut donc attendre : promenade dans les petites rues en pente avec des escaliers. Du haut du village, Dominique voudrait photographier les toits ; mais la lumière n’est pas belle, il fait gris. L’église est laide du dehors, inintéressante à l’intérieur. C’est une église grecque moderne avec son iconostase, ses icônes dorées, ses popes. Mais les peintures sont très récentes et de facture simpliste. Rien à voir avec les merveilleuses églises de Chypre.

Musée civique

Pour patienter, je visite le petit musée civique : photos d’Albanie et du Kosovo. Piana degli Albanesi est une colonie albanaise depuis la chute de Constantinople. Plusieurs pièces sont consacrées à la vie des paysans : intérieur d’une maison reconstitué, un pauvre lit, la cuisine dans un coin (tanour à la turque et pour comme en Israël), des outils de menuiserie, de la fabrication du fromage, de la culture des olives forment un petit écomusée. Le plus intéressant c’est une exposition de photos anciennes et d’articles de journaux relatant les luttes des paysans pour la terre à la fin de la deuxième guerre mondiale. La terre était en la possession d’un marquis (650 ha). Les paysans ont réclamé le partage des domaines latifundiaires. Ces luttes furent sanglantes. Le 1er mai 1947, 50 morts sous le feu du bandit Giuliano. J’ai remarqué une rue Togliatti au village.

en attendant le défilé

Tandis que je déchiffrais l’histoire sociale, Dominique s’est postée à l’entrée de la messe. Elle a fait des photos des popes et des villageoises costumées. Nous devons rester deux heures avant la Sfilata. Les visiteurs commencent à affluer sur la place. Peu de touristes, un couple d’Allemands, trois Japonais et quelques Israéliens) . La plupart des gens sont venus des alentours, endimanchés. Les femmes perchées sur de très hauts et fins talons, les hommes pourraient être les figurants dans un film : vieux en noir avec leurs bérets, les jeunes cheveux gomminés raides de brillantine, lunettes noires malgré le brouillard, costumes croisés, chemises blanches, cravates. La plupart sont de petite taille, les pantalons trop longs sur des chaussures brillantes, veston élargi par des épaulettes. Quelques uns portent même un costume trois pièces. Pour faire original, certains se singularisent en bleu marine. Seules les gamines sont à la mode avec des petits pulls étriqués fluo, vert ou rose. Pour les femmes, le noir domine, jupe droite et manteau au dessus de 40 ans, permanente. Noir avec des découpes modernes et chaussures pointues pour les plus jeunes. De nombreuses femmes et jeunes filles costumées se promènent . les jupes sont somptueuses, le plus souvent rouges avec des motifs de brocard, dorés ou floraux . Plus rarement vert pomme ou à fond blanc. Au dessus, un tablier de dentelle très fine noire. En haut des corsages blancs avec de jolies dentelles, des manches bouffantes. Enfin, un grand châle bleu. Certaines arborent des gilets de velours noir. Le plus étrange c’est la ceinture large avec une boucle énorme représentant un chevalier sur sa monture avec une lance (saint Georges ?) Sur la tête, toutes portent un ruban replié assorti à la jupe au pliage compliqué .Les garçons, peu nombreux ressemblent à des Grecs, jupette beige, collants beiges chaussons (sabots) à gros pompon rouge et chemise brodée. Sur leur tête, un feutre arrondi faisant un peu penser à un fez.
Assises sur les marches sous la fontaine, nous regardons les journalistes de la télé filmant la messe et les villageois qui sortent des autres églises. J’achète un arancini chaud et délicieux. Le petit commis pâtissier traverse la place avec ses plateaux sans cesse pour ravitailler le bar .

Sur le corso

Changeant d’observatoire, nous nous perchons sur les gradins pour observer les mouvements de la foule sur le corso noir de monde . Un mouvement montant et un autre descendant fait une sorte de manège. Les mêmes groupes peuvent remonter et redescendre plusieurs fois sous nos yeux . Ils s’embrassent, se souhaitent « Buona Pasqua » ou « Auguri » à l’italienne.  Plus tard à la sortie de la messe ils échangeront des œufs rouges . Ils sont vendus incorporés dans des galettes plates dans les pâtisseries ou sur des étals dans la rue. Une sono déverse des chants folkloriques en albanais très fort. Nous n’avons pas la patience d’attendre le spectacle de chants et de dans e, nous nous contentons de la Sfilata. Les jeunes filles forment une longue procession . les premières portent des paniers d’œufs rouges traditionnels et suivent les étendards portés par quelques garçons. Nous aurions aimé entendre des chants ou de la musique mais le défilé est silencieux. Après le passage des dernières jeunes filles, nous allons voir le lac où le WWF administre une réserve naturelle. Le lac est triste avec les sommets noyés dans la brume. Le chemin est détrempé, la promenade sera courte. Des pique-niqueurs venant de la fête portant des provisions emballées dans les beaux papiers des pâtisseries siciliennes rebutés par le froid en seront quittes pour manger dans les voitures ?

Bagheria

Baghéria, à  une dizaine de km à l’est de Palerme, autrefois villégiature élégante est maintenant une ville pleine d’immeubles sans grand intérêt. Nous devons bien chercher les villas du XVIIIème  cachées dans l’urbanisation moderne. Premier aperçu : une demi-coupole : j’imagine un hammam en ruine ou une église byzantine. Côté face : des fresques de Velazco ? Encadrées par des colonnes, ruine de la Villa Valguanera invisible.

Villa Palagonia

En attendant l’ouverture de la
Villa Palagonia nous nous promenons dans les rues désertes à l’heure de la sieste, volets fermés. Les toits de tuile entourant la Villa Palagonia sont hérissés de statues grotesques : des monstres, des musiciens. Le petit château a une très belle façade incurvée autour d’un escalier monumental. Une grande salle ovale décorée en trompe-l’œil en grisaille sur le thème des travaux d’Hercule sert d’entrée. On pénètre ensuite dans la salle des miroirs. Avant d’entrer une inscription prévient « Regarde toi dans ces glaces et contemple la fragilité humaine »Le plafond est entouré d’une balustrade peinte en trompe-l’œil sur laquelle sont posés des oiseaux et des fleurs. Les murs sont revêtus de marbres polychromes en incrustations. Des murs surgissent des personnages étranges sculptés dans différents marbres, portraits peu flatteurs à la limite de la caricature grinçante. Les murs de la salle de billard sont ornés de profils  de Sophocle, Zénon, Euripide ; . Dans le jardin Démocrite et Héraclite encadrent l’escalier. Les jardins de la villa embaument la fleur d’oranger. Les arbres fruitiers sont taillés avec soin, dans des pots, une collection de cyclamens et de très jolis palmiers.
Nous cherchons la mer et la trouvons à Aspra, petit port de pêche : les barques multicolores sont tirées sur la plage. La foule a envahi la promenade de front de mer : des hommes jouent aux cartes, les jeunes sur leurs vespas sont accoudés à la rambarde. Dans des kiosques on vend des pralines. Des familles se promènent avec des ballons fantaisie métallisés.
Nous rentrons en moins d’une heure, Palerme est moins encombrée qu’hier. Dès que nous retrouvons la route côtière de Trapani, le soleil se montre et nous terminons la soirée sur notre terrasse bien couvertes parce qu’il fait frais.
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