Cachora - Choquequirao : Jour 1
Conducteur de diligence ! A Arcopata, la gare routière des taxis collectifs de Cuzco, ma première rencontre ressemble à un texan péruvien. Nez aquilin, os sur la peau, gilet marron sur une chemise à carreau, lunettes de soleil et chapeau en cuir. Mon cow bow inca est le sosie local de Clint Eastwood. Ils ont probablement le même âge. Il conduit aussi vite qu'il semble sur le point de nous lâcher à tout instant, tant il semble peiner à respirer.
Rarement un voyage solitaire fut pour moi l'occasion de tant parler aux gens : négociants en pierres précieuses, chauffeurs de taxi, muletiers, propriétaires agricoles, paysans... D'un simple trek organisé hors des circuits traditionnels, - essentiellement pour des raisons financières et par pur individualisme assumé -, me voilà en train de découvrir tous les visages de cette région des Andes.
Et nous n'avons cesse de parler. De tout. Du traité de libre commerce que le gouvernement péruvien veut signer avec les Etats-Unis; de cet argent du tourisme que les habitants ne voient pas, car il part pour Lima, où se trouvent tous les détenteurs des capitaux; de cette route asphaltée en très bon état que Fujimori a fait construire, changeant radicalement le destin de toute la région.
«
Désormais », me dit-il, «
il est possible de vendre sa récolte du matin à Cuzco quelques heures plus tard. Plus d'intermédiaires ni de temps perdu. Regardez le village d'Ancahuasi que nous traversons, l'enrichissement est évident... ». A première vue, je ne vois que des maisons un peu tristes et pauvres, en adobe, des rues non pavées et un manque criant d'infrastructures. Le paysage défile vite. A gauche, cependant, le contraste est réel : école en béton, poste, commissariat. L’amélioration est très nette, même si elle est réalisée sans aucun souci d'aménagement urbanistique.
A voir la diversité et la richesse des cultures de la région de Cuzco, on ne s'étonne plus beaucoup de l'ancienne puissance des empires précolombiens : trigo (blé), frijoles (haricots), quinoa, talwui (haricots blancs), pomme de terre, tomate... Même les montagnes les plus reculées, comme la
Bella Veronica (voir photo), sont exploitées par des cultures en terrasse jusque dans les moindres recoins... Autre sujet d'étonnement, les forêts d'eucalyptus et de pins, qui parsèment toute cette région et qui servent à la production de meubles. Réparties équitablement entre les différentes communautés, les
ayllus, elles en viennent à me rappeller parfois des paysages d'Amérique du Nord...