Jour de déménagement, nous n’allons pas bien loin, une cinquantaine de kilomètres à peine dans la direction de Brindisi. Dès les premières heures de la matinée nous bouclons les valises défaisons les lits et tâchons de rendre l’appartement impeccable. Fortunato a eu la gentillesse de nous permettre de rester jusqu’au début de l’après midi. Ils attendent de nombreux clients, nous voulons leur faciliter la tâche.
concentration de motardsNous passons la matinée à la piscine. Ce soir deux cent Harley Davidson en provenance de toute l’Italie et la Sicile vont converger ici. L’avant-garde arrive dès 11h du matin : quatre malabars de noir vêtus, anneau d’argent à l’oreille, crâne rasé, muscles débordant des gilets sans manche et des débardeurs. Ettore et Fortunato s’agitent derrière le nouveau bar qu’ils viennent de construire avec des grosses planches sur des tonneaux. Ils charrient des tonnelets de bière. Cette arrivée met fin à mes regrets. J’ai toujours du mal à quitter une maison, en une semaine j’ai déjà mes habitudes, nous nous sommes liés d’amitié avec Marianna, Fortunato et sa mère. Cette dernière nage avec moi dans la piscine.
-« Heureusement que mes fils n’ont pas cette allure ! » soupire – t elle.
L’idée de voir le domaine envahi par les hordes chromées et pétaradantes ne lui sourit guère
- « il faut bien encaisser quelque argent ! »
On ne peut que souhaiter de voir leur affaire prospérer.
Voyage en plein midiNous traversons des oliveraies, des vignes, des villages morts sous un soleil de plomb. Le ciel embrumé de chaleur paraît gris. Cette lumière écrasante m’endort je refreine des bâillements intempestifs. Nous sommes seules sur la route à braver une telle chaleur.
Sur la carte, la route parait droite. Dès qu’on pénètre dans un village c’est un labyrinthe de sens interdits. Dès qu’un panneau indicateur manque impossible de trouver la bonne direction.
Tenuta DesertoA 15h20 nous découvrons le domaine de Tenuta Deserto : la route serpente dans les champs, les oliviers entre des chênes magnifiques passe par trois portails. Nous nous arrêtons devant un grand bâtiment de pierre grise »club house » quatre portes-fenêtres arrondies vitrées éclairent une grande pièce voûtée, au dessus un étage avec une loggia avec de très hautes arcades. Les six premières rangées de blocs de pierre et tous les accessoires sont blanchis à la chaux.
Un homme se précipite à notre rencontre nous ouvre ne porte métallique peinte en vert, petite entrée puis une porte en bois : nous sommes chez nous : c’est il Rosmarino .
Il Rosmarino, une bombonnière sans cuisineDans l’entrée minuscule, un frigo, un mini four pour réchauffer un panino pas trop grand ; une plaque électrique d’un genre antique. Même pas d’évier pour faire la vaisselle, pas de table. Quelques jolies étagères encombrées de bibelots inutiles, une série de pots à épice ! Des porte torchons sans torchons ! On soulève un léger rideau de gaze et on découvre un beau lit de fer forgé qui occupe tout l’espace, à part cela un minuscule secrétaire et une armoire vitrée avec un rideau retenu par un ruban- armoire de curé ?deux chaises, un ventilateur, toujours pas de table deux étagères légères fer forgé et rotin en guise de table de nuit. Les murs sont couverts de minuscules aquarelles encadrées de très bon goût. Le ventilateur sur pied est très efficace, il faut dire que le volume est réduit. De belles voûtes de pierre au plafond, en calcaire dur découpé en moellons irréguliers, un peu bosselés avec des éclats, qui semble vernissé.
A San vito dei Normanni, il n'y a pas grand chose!Nous allons en ville chercher les commerçants. San Vito, comme toutes les villes italiennes est un cauchemar pour la circulation : centre historique piétonnier autour des petites rues à sens unique. Nous découvrons un supermarché bien achalandé mais rien qui pourrait nous dépanner : pas de pizzas à emporter pas de traiteur qui fait des plats cuisinés, pas de Tavola Calda. Le système Tavola Calda aurait été idéal mais il ne semble exister que dans les grandes villes.
Tout problème trouve sa solution!!Au retour à la Masseria, avec le propriétaire. Pour nous être agréable, ils nous permettent d’utiliser leur cuisine. Il suffit de traverser la route et le club house. Pour que nous nous sentions plus à l’aise il nous fait découvrir des endroits insoupçonnés. Derrière le bâtiment bas tout en longueur où se trouve notre petit Rosmarino il y a un dédale de courettes de ruelles de maisons de vergers, une tour moyenâgeuse du XVème siècle, un four à pain, un puits, un verger tout à fait extraordinaire dans une cour pavée. Les petits arbres sont installés en creux dans des trous carrés. Je n’arrive pas à comprendre si on leur apporté de la terre ou si on a dallé au dessus du sol. On s’attendrait à voir des pots de terracotta sur le dallage. Non, ici, les arbres sont en creux : petits agrumes, magnifiques pruniers, cerisiers, kakis, abricotiers – jardin sophistiqué comme les jardins des ryads marocains, là où la végétation est un luxe qu’on entretient savamment.