Le réseau des autobus n’a plus de secret pour nous : munies d’un ticket giornaliere on peut sauter d’un métro dans un bus, faire quelques centaines de mètres et descendre. Il suffit de consulter la liste des arrêts principaux et de suivre les panneaux lumineux à l’intérieur du véhicule avec le nom de l’arrêt suivant. Ce matin le 178 nous conduit directement à Capodimonte.
Nous suivons les indications du Guide bleu négligeant les œuvres les moins connues. C’est une sorte de jeu que de retrouver les œuvres décrites : les étiquettes italiennes ne correspondent pas toujours à leur équivalent français. Quel est le véritable nom du Titien ? Tiziano Vecellio et celui de Raphaël ou du Pérugin ? Le cadre a parfois changé de salle comme la Madeleine de Titien. Le Titien est ma première découverte. Nous avions bien dû en voir au Palais Pitti mais je n’en avais plus le souvenir. Ses portraits de PaulIII sont frappants.
En revanche, Botticelli, Martini Masaccio sont d’anciennes connaissances que je suis heureuse de retrouver. La Vierge à l’enfant avec des Anges de Botticelli était à l’exposition de Florence. Masaccio et Maselino étaient les auteurs des fresques de la Chapelle Brancacci. Martini est un souvenir de Sienne.
J’ai aussi plaisir à reconnaître Signorelli (de Cortone), Vasari, Sodoma et Andrea de Sarto (Volterra). Même si ce ne sont pas des peintres aussi grands que les précédents. Deux salles sont consacrées au maniérisme, mouvement pictural que j’ai du mal à cerner surtout quand je lis que le Greco était la quintessence du maniérisme avec le Corrège et le Parmesan.
Complètement différent mais extraordinaire, la Parabole des Aveugles et le Misanthrope de Breughel. Ces tableaux sont saisissants. Pas besoin d’étoiles dans un guide pour marquer le chef d’œuvre !
En réaction avec le maniérisme : les Carrache (Caraccio), une découverte, mais je suis moins convaincue !
J’avais rendez vous à Naples avec le Caravage. J’avais lu sa biographie romancée par D Fernandez avant notre voyage en Toscane. Hormis un bébé mort, grisâtre et peu avenant au Palais Pitti, je n’avais rien vu de lui. Ce rendez vous est à la hauteur de mon attente. Je goûte peu la peinture du 17ème siècle, le plus souvent sombre et bigote, les yeux révulsés vers le ciel. Le Caravage a beaucoup trop de personnalité pour être confondu avec des peintres de moindre importance. Son éclairage caractéristique anime le tableau.
Découverte aussi, Ribera, le Napolitain espagnol.
Comme à mon habitude, je fais ensuite une révision de mes tableaux préférés.
Catacombes : encore loupé !Ensuite nous avions prévu les Catacombes de San Gennaro, basilique paléochrétienne. Hélas je suis la seule visiteuse, le guide ne se dérange pas pour une seule personne. Dominique passe dans l’autobus et descend à l’arrêt suivant où nous nous retrouvons.
Il y a d’autres catacombes à Santa Maria alla Sanita : la grande église coiffée d’une coupole de tuiles jaunes vernissées qui émerge à côté de la rue qui va à Capodimonte. L’église et le quartier de la Sanita sont au creux d’une vallée profonde. On y accède par un ascenseur. C’est un quartier très populeux, très pittoresque et mal famé selon le Guide du Routard.
L’église est très grande, très baroque, très décorée avec un escalier magnifique en incrustation de marbres précieux. Des œuvres contemporaines complètent la décoration, pourquoi pas ? Un gamin s’échappe des mains de sa mère et s’élance bruyamment vers l’autel. Dominique bougonne son couplet (ou plutôt son refrain) sur les enfants mal élevés. Ce n’est pas du tout le cas de cet enfant qui prie avec ferveur. Il courrait pour aller plus vite prier ! Ici aussi pas de visite de catacombes si je suis seule.
L’après midi, nous allons chez AVIS près de la gare pour reconnaître le trajet. Tour de la ville close, cernée de grosses tours rondes et noires. Nous passons près de l’Albergho dei Poveri, l’énorme bâtiment est caché par des échafaudages, en restauration.
Manifestation des chômeursA six heures une manifestation organisée par le Comité des Chômeurs se réunit Place Cavour ; Bandiera Rossa, les Partisans, l’extrême Gauche a sorti son répertoire, deux voitures, un mégaphone, deux banderoles un service d’ordre efficace mais bien peu de manifestants, quelques centaines peut être un millier en étant très optimiste. Quand on sait combien il y a de chômeurs à Naples !
Les ordures ne sont pas ramassées : vergogna !Partout des affiches manuscrites protestent contre la saleté. Les ordures ne sont pas ramassées : Vergogna ! D’autres ont collé des tracts ronéotés : rendre à la place Cavour sa dignité ! Qui sont les défenseurs de la propreté ? Après les déclarations de Sarkozy qui veut laver La Courneuve au Karscher, j’ai un peu tendance à croire que la propreté est une valeur de Droite. Ici, il ne s’agit pas de dealers ou de criminels, tout simplement d’ordures ménagères. Ces ordures sont une source d’inspiration linguistique : j’admire la richesse de la langue italienne qui utilise sur les panneaux des expressions variées et des tournures diverses qui traduites en français seraient du langage soutenu presque littéraire « l’immondizii ». J’imagine en français un écriteau : Prière de déposer l’immondice dans les conteneurs. On est à l’opposé du Globish en 600 mots ! Les affiches sont souvent manuscrites. La protestation est individuelle, pas encore stéréotypée. Devant une porte quelqu’un a demandé de ne pas garer les voitures. Au lieu du symbole « Interdit de stationner », il a écrit « Ici vivent des êtres humains, nous aimerions bien vivre ! ». En effet, dans les bassi, la porte est souvent la seule ouverture qui éclaire l’appartement, si une voiture les bloque, les habitants sont emprisonnés.
Une aventure : traverser la rue !Ces derniers jours, nous avons acquis de l’assurance dans l’art de traverser les rues.
Au début du séjour, cela nous semblait une entreprise périlleuse. Avec l’expérience on acquiert de nouveaux réflexes : chercher le feu rouge, impérativement le rejoindre, même si il est loin, utiliser les bandes blanches de passage piéton, négligées par les automobilistes, elles ne doivent pas être ignorées, elles sont disposées là où le passage est le plus facile. Ce n’est pas une protection mais c’est quand même un e indication. Attendre que d’autres passants se décident : l’union fait la force ! Passer sans hésiter en indiquant d’un geste aimable de la main qu’on remercie l’automobiliste qui aura la gentillesse de ne pas nous écraser. Et cela a l’air de marcher ! Dominique agite le bandana blanc. Avec les voitures et les autobus seulement ! Les motos et les vespas ne respectent rien, ni les trottoirs, ni feu rouge, encore moins les passages piétons. Au sein d’une file de voiture, il suffit d’un autobus ou d’un camion et c’est l’embuscade mortelle !