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 Carnet de voyage – Jean_Luc_Charlot
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 Carte postale from Bréhat.
France (Métr.) Carte postale from Bréhat. Dans ce carnet :
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Crée le 21/04/06
Dernière modification le 14/11/06

Nous ne faisons jamais que marcher ou courir ou rester là. Même quand il s’agit de revenir.

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 Retour de Bréhat (2) - France (Métr.)

Un autre instant j’étais parti sous mauvaise influence (comme l’on aurait dit parti sous une mauvaise étoile). Celle de ces quelques lignes extraites d’un roman de Catherine Clémenson : Interconnexion livre emprunté un peu par hasard à la bibliothèque ou peut-être emprunté (et lu) précisément pour y dénicher ces quelques phrases :
Une splendeur, Paul, c’était simple, on avait envie de l’embrasser et de ne plus le lâcher. D’être dans ses bras, caressée par ses mains aux doigts longs et plats. Collée à lui, juste la tête, un peu en retrait pour rire, et la reposer aussitôt sur son torse avec un gros soupir, et recommencer mille et mille fois.
    A vrai dire depuis que je les avais lues ces quelques lignes me turlupinaient dans le sens de savoir si une femme jamais avait pu penser cela de moi (je ne dis même pas l’écrire) ou quelque chose d’approchant l’important ici étant plutôt de l’ordre de l’idée générale (le mouvement) que de l’exact sentiment que ces mots traduisaient (sentiment forcément toujours singulier). Cette idée dont ce court extrait se faisait si bien l’écho (à la fois la déformant et en multipliant ses résonances) me travaillait depuis quelques temps au point que me mettaient mal à l’aise physiquement ces scènes de cinéma où une femme emprisonnait délicatement la nuque d’un homme qu’elle regardait pendant un instant et que pendant cet instant dans son regard il devenait le monde entier. Un malaise dû non pas à l’envie mais à l’interrogation de savoir d’être sûr qu’un jour moi aussi j’avais été regardé de la sorte c’est à dire amoureusement.
    C’est donc sous ces très peu favorables auspices que j’arrivais dans cette demeure prêtée amicalement pour y passer quelques jours de vacance(s). Il faut dire également combien je suis sensible (comme le papier photographique peut l’être à la lumière) aux lieux et dans ces lieux à l’habiter : cette façon de donner chair de façonner des espaces. C’est à dire de faire d’un lieu l’espace de poser de penser la question de la demeure comme une question généalogique. Il me faut dire d’emblée combien cette maison de vacances de bord de mer m’emplit aussitôt son seuil franchi d’une profonde mélancolie qui ne se démentirait pas au cours des quelques jours passés là et peut-être au contraire se précisât dévoilant ainsi sa troublante efficacité comme lieu de mémoire.
    Je poussais la porte que l’on pouvait croire curieusement victorienne et s’ouvrit alors l’espace de cette demeure dont j’éprouvais aussitôt qu’elle était une maison de vacance(s). Ni odeur ni vision particulière ne justifiaient cette première impression que j’éprouvais tout simplement peut-être à cause de la généalogie vivace des souvenirs joyeux qui s’y étaient construits et que je respirais aussitôt comme une bouffée d’impressions qui me touchaient sur le seuil m’indiquant avec certitude plus que son usage : sa destinée. Alors que simultanément ressurgissait le manque d’une maison de vacances où aurait pu demeurer mon enfance.
    Je pénétrais dans la maison « visitais » les pièces découvrant les objets laissés là non pas en déshérence mais dans l’attente souffrant dans le même instant de ce qui relève de l’effraction et de ces traces qui disent l’habiter ces empreintes d’une vie qui s’incarnait assurément dans ce lieu. Je pensais que depuis longtemps déjà je n’habitais plus mais je logeais. J’enfouissais alors l’idée trop triste pour demeurer simplement mélancolique que peut-être je n’avais jamais habité…
    J’éprouvais ces moments qui ont la capacité de contenir tant d’autres instants révélés déclenchés par un infime événement : la couleur de la mer ou son bruit dans la nuit l’odeur d’une ballade dans les dunes un caillou ramassé dans le sable les enfants partis jouer plus loin alors que lisant un livre un cigare allumé dans le soir descendant, etc. … réminiscence d’un moment d’un instant passé avec elle. Je me demandais s’il serait possible de lui écrire une lettre qui parlerait de ces instants et de cette mélancolie…
    Rentrant de ces quelques jours de vacances je regarderai à la télévision au milieu de la nuit un film de Sylvie Ballyot et Béatrice Kordon qui sont des petites cousines de Sophie Calle un film qui s’intitule « tu crois qu’on peut parler d’autre chose que d’amour ? »
    Je savais définitivement que non.
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