Au petit matin, il brouillasse. Après faux départs et atermoiements, nous décidons d’attendre que la brume se dissipe en traînant dans les boutiques et en écrivant nos cartes postales. Nous visitons une exposition photo des paysages de Gaspésie.
Vers 11H30, le soleil est tout proche. A midi, nous embarquons dans un petit bateau bleu presque vide pour faire le tour du rocher Percé. Comme par enchantement, la brume se lève. La mer est bleue. L’île est toute pimpante sous le soleil. Nous croisons les premiers Fous de Bassan en vol. Ce sont vraiment de grands voiliers de près de deux mètres d’envergure. Ils sont impressionnants quand ils plongent à la verticale. Ils se précipitent à toute vitesse sur leur proie et soulèvent l’écume. Contrairement aux mouettes et goélands qui accrochent leurs nids dans les anfractuosités inaccessibles des falaises, les Fous de Bassan nichent au sommet de l’île sur un plateau dominant la mer. Leur colonie compte des milliers de couples et blanchit le haut de la falaise comme de la neige. Dans l’eau, une troupe de phoques batifolent.
Nous débarquons sur une pelouse où s’élèvent plusieurs maisons de bois. L’une d’elle est la Maison Boutiller, entrepreneur Jersiais du commerce de la morue séchée.
A l’approche de la colonie des fous, le vacarme se fait entendre. Le Fou de Bassan reconnaît son ou sa partenaire resté au nid, à la voix. Les appels très bruyants sont incessants. Les postures et le cérémonial des fous sont très expressifs. Quand les partenaires se retrouvent, ils se donnent des coups de bec, puis tendent le cou, bec tendu vers le ciel, ils se caressent et se frottent le cou.
Dans certains nids formant un monticule il y a souvent des poussins. Certains sont encore très petits, couverts de duvet blanc le bec noir, encore tout faiblards, incapables de tenir sur leurs pattes. D’autres sont déjà gros. Ils échangent des coups de bec avec leur parent (père ou mère ne sont pas reconnaissables et alternent dans la garde du nid.
Les fous sont des oiseaux territoriaux. Ils gardent jalousement leur nid et leur minuscule coin de terre. Ils sont très agressifs. Ce sont de très beaux oiseaux avec leurs yeux bleus, leurs becs gris et leurs pattes palmées soulignées d’un liseré vert.
Nous faisons encore une promenade sur le haut d’une plage de galets. Mer aux tons pastels, seulement deux ou trois rouleaux se brisent. Un chemin et les rails séparent la plage du marais vert brillant avec les beaux reflets du soir. Au fond, des montagnes boisées. Le coucher de soleil est somptueux dans les nuages à l’Ouest et sur les rochers entourant Percé qui s’éclairent de rose et d’orange.