Nous quittons à regret "La Nouvelle France" pour un motel à Mont saint Pierre où j’ai réservé deux nuits. Mont saint Pierre est un trou perdu avec une petite anse tranquille sans même un seul bateau, défiguré par la route 132 et ses 4 motels, le nôtre étant le plus ancien et le plus minable. L’auberge de jeunesse peinte de couleurs vives a un air plus pimpant.
Monts ChicChocs La route qui mène au Parc de Gaspésie en passant par le Poste de la Galène, est une route de graviers qui s’enfonce tout de suite dans la forêt des Monts Chic Choc. Nous prenons en stop deux jeunes filles logeant à l’Auberge de jeunesse, l’une d’elles est française. A 10H, une navette – un gros bus scolaire jaune – nous emmène au départ de la randonnée. Dans le car, le guide se présente. Uniforme, chemise blanche rayée de gris et casquette verte.
Montée au sommet Le sommet est à 1265m d’altitude. 475m de dénivelée et un trajet annoncé 1h30 sur une ancienne route construite par l’armée canadienne ne présentant donc aucune difficulté et une pente pas trop raide. Tantôt nous passons sur des dalles de granite inclinées, tantôt sur du cailloutis qui roule sous le pied. Nous grimpons doucement et régulièrement. Malgré ses appréhensions, Dominique atteint assez facilement le pied du plateau.
Comme au Mont Albert, la forêt boréale est remplacée brusquement par une bande étroite de sapins et épinettes nains maltraités par le vent. Sur le plateau : la toundra.
Au Mont Albert, la serpentine orange en dalle aplatie était le plus souvent recouverte par la tourbière et par une jolie mousse verte. A Jacques Cartier, c’est un désert de pierraille : granite fractionné par l’action du gel en cailloutis décimétrique recouvert de lichen. Entre les pierres la pelouse est rare, fleurie de blanc (surtout une petite potentille et le cornouiller du Canada qu’on rencontre dans tous les sous bois, avec ses fleurs à 4 pétales et ses feuilles ornées de nervures creuses).
Sur le plateau il faut encore parcourir un bon kilomètre pour arriver à la tour du poste Eole, le très bien nommé. Le vent a rafraîchi la température. Nous sortons des sacs sweat shirts et coupe vent. Je mets la capuche du K-Way par-dessus la casquette pour protéger mes oreilles du vent qui pince. La marche devient pénible sur le chemin pierreux. Dominique progresse avec difficulté. Evidemment le comité d’accueil des caribous n’est pas venu. La longue caravane des promeneurs colorés n’est pas faite pour les attirer.
Les plantes de la toundra J’arrive juste à temps pour me joindre à l’activité animée par les Guides du parc, ciblée sur la flore de la toundra. Le guide nous montre les coussinets des fleurs miniatures retenant un peu d’air isolant. Tout est conçu pour garder un peu de chaleur dans ce milieu hostile, froid, venté et souvent glacé. Disposition en rosette, en coussinets à l’abri d’une petite pierre. Cette végétation est extrêmement fragile. Le guide nous montre un saule qui pousse à l’horizontale, ses branches rampant sur le sol, je les aurais confondues avec les racines. Au Mont Albert, également, un petit saule haut de moins de 10 cm ne poussait que dans ces sommets.
Sols polygonaux
Descendant du plateau, il nous montre les
sols polygonaux résultant de l’alternance gel/dégel : un tri s’opère dans la granulométrie. Les roches les plus grosses remontent et se placent sur les côtés d’un vaste polygone (de l’ordre du mètre). Vu du ciel en hélicoptère, ce phénomène doit bien se remarquer, mais il faut avouer que sans le guide, je n’aurais rien observé seule.
Petits arbres A la lisière de la forêt, les petits arbres, hauts à peine de deux mètres pour les plus grands d’entre eux, sont très âgés. Peut être âgés de plusieurs centaines d’années, ils ont germé lors d’un épisode climatique plus doux. Actuellement, les graines ne germent pas même si certains arbres portent des cônes. Ils se multiplient donc par marcottage et forment de petits groupes touffus qui proviennent du même pied père. Leur forme tordue résulte de l’action des vents dominants ce qui n’est pas extraordinaire en soi – on observe la même chose en bord de mer -. Un autre facteur se surimpose : l’accumulation de la neige. Sur ce sommet venté, la neige est peu épaisse. La coche de neige permanente protège les basses branches qui se développent à l’horizontale. Le faite de l’arbre est un flèche droite tandis que les branches latérales sont cassées par le gel.
Les caribous Je remonte sur le plateau à la recherche de Dominique. Les autostoppeuses l’ont rencontrée beaucoup plus bas. J’engloutis mon sandwich et dévale le chemin pour la retrouver dans la forêt. Elle a vu trois caribous. Marchant doucement, en silence, elle ne les a pas effrayés. Je suis très contente. Elle a été récompensée de l’ascension pénible. Elle est très fière. Elle les a montré à d’autres promeneurs qui marchaient sans les remarquer en bavardant. D’où l’avantage de se trouver seule !
Retour par l’autobus de 15H30, finalement la descente était plus ardue que la montée. 15H45 au poste de la Galène. Il est trop tôt pour rejoindre notre charmant logis.
Dernier circuit en voiture dans le Parc de Gaspésie Il fait si beau que nous reprenons la Buick pour sillonner une dernière fois le parc de Gaspésie. La Route des Crêtes nous conduit au Belvédère du Castor : vue sur le Mont Albert (photo) puis au Lac des Américains où nous faisons une charmante promenade de 1.5km sur un sentier sablé recouvert de bois broyé, doux aux pieds à travers une sapinière pour arriver à un petit cirque glaciaire ? L’eau est bleue, les roches rouges sous le soleil qui baisse. Tout est parfait. Nous avons déjà parcouru 130km mais nous avons envie de revoir les orignaux du Lac Cascapédia ou du Lac Paul ou Noir. En route donc ! A Cascapédia, un gros bock mâle broute tranquillement ses herbes aquatiques. Au Lac Paul, encore u n mâle, mais au lion. Au lac Noir, on croit en apercevoir un. Peut être est ce une illusion, ou s’est il éclipsé ? Nous repassons devant la Nouvelle France à regrets, nous étions tellement bien ! A 9h nous sommes revenues au motel : 69$, no comment !