Zonation des végétaux Nous avons pris rendez vous avec la naturaliste pour une
sortie botanique à la Pointe des Epinettes. Nous étudions la zonation des végétaux dans le marais. Sur le haut de la plage : l’Elyme des sables, c’est une graminée portant des épis dont on peut faire une farine salée naturellement. Nous voyons aussi la Kakylée, une plante rampante aux feuilles très charnues. Je suis très émue de voir « pour de vrai » ces plantes pionnières qui ont colonisé l’île islandaise de Surtsey sortie de la mer dont je montre la vidéo depuis des années au collège.
Nous descendons ensuite sur la plage stérile. A marée basse, la spartine est découverte, puis inondée à chaque marée.
Vers l’intérieur des terres, sur le marais, nous découvrons brusquement une plus grande diversité végétale : salicorne, plantain à feuilles étroites et d’autres plantes inconnues. Plus haut encore les carex, puis les roseaux qu’on appelle ici quenouilles, enfin la prairie. Les végétaux supportant le sel ont soit des feuilles très épaisses (genre plante grasse comme la salicorne) soit elles sont recouvertes d’une sorte de vernis : la pruine. Cette végétation est différente de celle qu’on trouve en Europe à cette latitude.
Flèches sableuses A la pointe des Amours se déroule une autre activité organisée par le parc à dominant géologique :
Erosion/Transport/Sédimentation. Le Guide nous montre la distribution des sédiments en fonction de la vitesse du transport par l’eau ou par le vent. A l’arrière de l’île des Amours, à l’abri des fortes vagues se construit la flèche sableuse appelée aussi queue de comète. De part et d’autre s’installe un marais très récent (en 9 ans l’animateur l’a vu évoluer) Deux autres îlots sont reliés par un tombolo datant de plusieurs millions d’année. Occasion d’évoquer la dernière glaciation et le relèvement isostatique.
Pourquoi les coquillages sont ici si petits ? Rapide étude de la faune : les moules, ici, sont très petites ainsi que les
myes (mya arenaria). La taille des coquillages s’explique par les caractéristiques de l’eau. Au niveau de Bic la température de l’eau de l’estuaire est très froide, plus que sur la côte nord. Ceci est dû au profil de l’estuaire. Au niveau de Tadoussac et du Saguenay, un verrou provoque la remontée d’eaux très froides d’origine océanique (courant froid Atlantique). De plus, les courants de surface sont très forts et empêchent le réchauffement des eaux de surface. Au niveau du verrou, la remontée des eaux (de type upwelling) provoque une floraison du phytoplancton qui entraîne une augmentation du zooplancton (krill) ce qui explique la présence des baleines. En revanche, au Bic, la vitesse du courant est telle qu’il emporte les éléments nutritifs si bien que les organismes filtreurs (moules) n’en profitent pas. Pauvreté en plancton et température basse expliquent la petite taille des coquillages.
Erosion, rôle du gel L’animateur montre l’érosion différentielle des grès, pélites (shales et schistes) et celle du conglomérat. Grès et pélites, plus tendre, sont en creux tandis que le conglomérat plus résistant coiffe le relief (Pic Champlain). Grès et Pélites, roches gélives, sont attaquées par le gel qui débite de curieuses frites comme en haute altitude. Le conglomérat est attaqué chimiquement : les galets calcaires sont dissous. J’avais observé hier ces curieuses figures en dentelle. Le rôle du gel est ici primordial. C’est nouveau et étonnant pour moi. Il joue à deux échelles de temps : cycle annuel et influence énorme des glaciations quaternaires.
Glaciations quaternaires Les glaciations ont laissé un curieux échantillonnage de tout le Canada sous forme de
blocs erratiques. Les lignes de rivage ont aussi été modifiées. On peut voir les différentes terrasses.
La morale de l’histoire Le guide continue son exposé par des considérations plus générales : la tectonique des plaques, la création des Appalaches. Tout son discours est soutendu par une morale. La Terre évolue, les paysages changent. Ils sont fragiles. D’où l’importance de la préservation des milieux.
Pique-nique à la Baie du Ha Ha La brume s’est levée avant midi. Il fait un chaud soleil. Sous la voiture voisine de notre Buick j’aperçois un porc-épic. Il est beaucoup plus poilu que je ne l’imaginais. Au dessus de la tête, il est tout hirsute avec de longs et fins poils Les épines sont à l’arrière du corps. Le plus mignon, ce sont ses pattes postérieures qui ressemblent à des petits pieds de plantigrades, d’ours ou d’humains. Pour le photographier, il lui faut faire quitter sa cachette. Il s’éloigne lentement d’un air pataud.
Après le pique nique, il reste seulement quelques écharpes de brumes accrochées sur le relief. Nous découvrons un paysage complètement nouveau : des îles, des montagnes pointues surgissent, qu’on n’avait même pas soupçonnées. La plus grande surprise ce sont les fleurs ! La Baie du HaHA est bordée d’une prairie colorée de roses sauvages d’un rose intense très parfumées, de marguerites, d’épilobes, de pissenlits orange foncés, de luzerne violette, de gros pois de senteurs, martensia. Le sentier qui rejoint l’Anse à Rioux traverse cette prairie éclatante de couleurs. Le sol est tapissé de fraisiers portant des fraises énormes et délicieuses ? Nous sommes au Bic depuis deux jours et nous n’avions rien vu !
La Petite Normande Déménagement à la
Petite Normande, gîte situé en dehors du village sur un plateau dominant le Saint Laurent. Claire, notre hôtesse, est ravie d’accueillir des Françaises. Sa maison est moderne, bois peint en blanc à bordure bleue. Les chambres sont meublées avec simplicité de meubles rustiques en bois clair. Lorsque nous remontons au gîte après le dîner nous avons comme un éblouissement : nous nous croyions à la mer et nous découvrons l’autre rive du saint Laurent qui se découpe nettement. De gros bateaux illuminés passent sur le fleuve qui s’écoule dans toute sa majesté avec des reflets roses et violacés. Des lumières s’allument. Les gros navires semblent décorés de lampions rouges.
Claire nous a rejointes sur la terrasse. Elle nous parle de son amour de la culture française, de son anglophobie aussi. Elle est indépendantistee sans trop y croire. Les gens d’ici se disent volontiers québécois et non Canadiens. Nous commençons à nous habituer à leur parler. Quelques expressions nous font sourire pour faire demi-tour « Faites U-turn » ou « Mon Dieu : il vous faut virer de bord ! »