De Ouarzazate à Zagora, le soleil dans les yeux! Nous sommes parties juste après le lever du soleil célébré par les oiseaux sans même prendre le temps de déjeuner. Je comptais profiter de la belle lumière du matin sur la route du Sud. Erreur ! nous nous dirigeons plein Est avec le soleil en plein dans les yeux.
La route de Ouarzazate à Zagora traverse tout d’abord des montagnes élevées. Nous ne sommes pas seules sur la route malgré l’heure matinale. Un car nous suit, puis nous double. Chaque fois qu’il croise une voiture ,il soulève la poussière en descendant du goudron. La route est en bon état mais étroite, il faut descendre deux roues sur le bas côté quand on rencontre une voiture.
Arrivée à un col : la vue est splendide, des crêtes se superposent à l’infini. Pas de photo, le soleil est mal placé. En outre, je me méfie des panoramas souvent décevants .
De temps en temps nous voyons des oueds à sec, en regardant bien on trouve de la végétation, des buissons épineux ras, quelques palmiers dans le lit.
Agdz[/i
Avant d’arriver à Agdz, nous descendons et roulons sur une sorte de plateau de cailloux où des acacias poussent de place en place.
A l’entrée d’Agdz un restaurant tout neuf imite une Kasbah. Nous y prenons le petit déjeuner, un délicieux café crème. Le serveur est très disert, il connaît notre hôtel de Zagora et en dit le plus grand bien. Il nous montre le paysage de la terrasse, l’oasis, la Kasbah. Jour de chance, c’est le jour du marché !
La place d’Agdz est très petite, des maisons à 1 étage et à arcades forment un quadrilatère, au milieu, une fontaine et quelques voitures, des cafés.
La ville est encore endormie, le souk n’est pas encore ouvert. Nous faisons quelques pas dans les rues pendant que les marchands remontent les rideaux métalliques des portes. Une foule converge des alentours vers le souk, à pied, à âne ou sur des mulets souvent en amazone. Cette foule est paisible, personne ne nous importune, pittoresques attelages que nous aimerions bien photographier, mais chaque tentative se solde par un refus. On n’insiste pas.
C’est vraiment l’Afrique ! Beaucoup d’hommes portent la djellaba souvent blanche. Leur peau est beaucoup plus foncée qu’à Ouarzazate, certains sont très noirs avec un type africain. Les femmes sont aussi habillée de vêtements plus africains qu’arabes. A Ouarzazate, leurs djellabas étaient de couleurs très vives souvent orange ou vert pomme, mais la coupe était arabe. Ici, la mode est différente, les tissus sont chatoyants souvent brochés d’or ou d’argent pailletés, elles superposent des voiles de différentes couleurs et sont très belles. Refus total pour les photos.
la kasbah La visite de la Kasbah se fait au départ du camping de la palmeraie. Une femme européenne en jupe longue et T shirt fantaisie »tintin » nous accueille, elle fera une visite bilingue en allemand et en français.
jardin Tout d’abord elle nous commente l’exploitation agricole sur 6 hectares, 2 de jardins, 2 de palmiers et 2 pour le camping. Ses explications sont passionnantes : elle nous montre les rejets des palmiers : le palmier a des racines très profondes, il va puiser l’eau dans la nappe phréatique profonde de plusieurs dizaines de mètres. Les jeunes palmiers plantés seuls dépériraient faute d’avoir des racines assez longues, ceux qui se développent sur des rhizomes utilisent les racines de la plante-mère Curiosité pour moi : des dattes sont piquées embrochées sur les pointes des feuilles, je n’avais jamais remarqué que les palmes étaient si pointues et si dures, j’imaginais qu’on avait disposé les dattes pour les oiseaux.
Dans les jardins un autre niveau en dessous des palmiers, les arbres fruitiers, grenades, pommes, coings, amandes. Au sol des fèves de la luzerne et du blé, qu’on remplace à la seconde récolte par du maïs . Les dattiers ne donnent des dattes que tous les deux ans.
Riad Nous entrons dans la Kasbah par le Riad : c’est la cour des invités. En arabe c’est le verger, il reste d’ailleurs quelques orangers mais la sécheresse a eu raison du verger. Les chambres des invités s’ouvrent sur la cour, 200 personnes pouvaient loger jusqu’à trois jours qui est la durée traditionnelle de l’hospitalité. c’est la Kasbah du Caïd de la région, le grand père du mari de Gaëlle, notre guide qui est donc la châtelaine . Elle nous fait visiter sa propre maison et nous explique les aménagements et les restaurations.
Construction de terre et climatisation Les chambres sont étroites et hautes de plafond : la largeur correspond à la difficulté de trouver des poutres en même temps longues et solides : on vit beaucoup sur les terrasses, elles doivent donc être solides. La hauteur de plafond garantie la fraîcheur, l’air chaud monte tandis que l’air frais est renouvelé par des ouvertures basses au ras du sol. Détail que nous n’aurions jamais remarqué sans qu’on nous le montre : des petits trous dans les plafonds pour l’évacuation de l’air sous pression tandis qu’on marche sous la terrasse L’air contenu entre le plafond et la terrasse sous pression causerait des fissures si les trous n’existaient pas.
Nous voyons les travaux de restauration des murs en pisé, certaines parties sont en brique d’adobe ou cuites. Gaëlle nous montre aussi un autre moyen de « climatiser » les pièces : les portes à double ouverture : l’hiver on garde la chaleur en entrant par la petite porte, l’été, le jour on garde la fraîcheur de même, la nuit on peut ouvrir en grand les doubles battants pour rafraîchir !
Salons des hommes, terrasses des femmes Puis nous passons dans la cour des femmes et montons à l’étage sur la terrasse d’où les femmes surplombant le Ryad, derrière des moucharabieh peuvent assister aux festivité des invités. On ne verra pas les quartiers des hommes, bureaux, ou les chambres d’habitation, puisque la Kasbah est habitée.
Sur la terrasse la plus haute Gaëlle nous explique que l’architecture traditionnelle utilise la symbolique des nombres de l’Islam : 5 fenêtres pour les 5 piliers de l’Islam, 140 créneaux pour les 140 sourates .Finalement nous prenons du thé en compagnie de Gaëlle et de sa mère et bavardons un moment. Elles nous recommandent une promenade dans la palmeraie.
promenade dans la palmeraie Nous marchons à pied sur la route des caravanes de Tombouctou à Ouarzazate qui longe la Kasbah à travers la palmeraie vers le Draa (à sec), le sentier en terre battue poudreuse est bordé de petits murs de terre qui limitent les jardins. Il y a tout un système de canaux et de rigoles pour l’irrigation des champs minuscules de fèves, de luzerne pour les bêtes. Les grenadiers sont en fleur. Au homme à grande allure sur un mulet, noir en djellaba blanche, nous salue, passe et repasse. Puis 3 femmes en bleu nous saluent avec cérémonie.
Je me présente:
- « ana Miriam »
elles répondent, j’ai oublié leurs noms sauf celui de la plus jeune Aïcha. Nous faisons un petit bout de chemin ensemble. Elles s’éclipsent par une porte dans un jardin. Nous continuons jusqu’au fleuve, très large. Au loin d’autres silhouettes se rapprochent, l’une est rose fluo, les autres en bleu. Nous les retrouvons plus loin, elles sont très rigolotes et se poussent du coude avec des fous-rires. La plus hardie très noire, nous demande « muskat » on ne comprend pas, elle mime en ouvrant grand la bouche (dents jaunes et écartées), elle veulent du chewing gum, l’une d’elle explique « ma » elle parle d’eau Dominique sort un paquet qu’elles embarquent avec des rires puis s’éloignent à grands pas. Tout en poursuivant notre promenade nous retrouvons nos trois copines Aïcha et les autres qui rentrent au village portant sur la tête un énorme tas de palmes sèches .Aïcha m’attend, elle est curieuse, elle me demande si je parle arabe ou berbère. Elle énumère les mots français qu’elle connaît « bonjour », « le thé », « le pain » elle fait le signe en rond de la forme d’un pain rond. De mon côté, je veux prendre une leçon d’arabe, je dis tout ce que je sais et compte avec elle jusqu’à dix, nous recommençons en chœur, cela la fait rire aux éclats et Dominique en profite pour voler une photo de dos.
Déjeuner au camping au calme et à l’ombre.
Souk Au village les gens rentrent du marché, nous y faisons un tour dans un indescriptible déballage, des moutons des chèvres, surtout beaucoup de quincaillerie, des vêtements d’occasion, quelques légumes un homme bleu m’interpelle, il vend des bijoux vrais ou faux et des belles antiquités.
Vallée du Draa La route suit la palmeraie, de temps en temps il y a de l’eau dans le Draa, des chèvres paissent, de beaux oiseaux blancs, sans doute des aigrettes. Nous traversons des villages de terre endormis à l’heure de la sieste, encore des palmiers et des kasbahs, mais nous avons eu une matinée bien remplie et nous avons hâte d’arriver à Zagora .
Hôtel Zagour Notre hôtel est très bien : une haute bâtisse grise adossée au rocher à la sortie de la ville dominant la palmeraie, la piscine est jolie. L’accueil est très chaleureux, le réceptionniste se souvient de mes coups de fil et de mon fax. Notre chambre est luxueuse, les rideaux sont drapés avec art, il y a de beaux luminaires et des tapis rouge blancs et noir, la clim n’a pas l’air de fonctionner . En cette saison, on s’en accommodera.
Je profite bien de la piscine après cette chaude journée .
Nous sommes prêtes pour de nouvelles découvertes. Nous partons donc à pied dans la palmeraie en bas de l’hôtel. Nous nous faisons rapidement aborder par un garçon d’une douzaine d’années qui s’impose comme guide et nous conduit aux premières dunes contenues par des haies de feuilles de palmier tressées. Nous aurions préféré nous promener seules.Nous aurions pu rencontrer pire, Mohamed parle bien français et s’efforce d’être le plus aimable possible. Il nous cueille des fleurs de grenades, nous raconte qu’il est très sérieux à l’école, nous conduit dans son village . La palmeraie est calme mais la promenade de ce matin était plus magique.
Dîner sous les étoilesNous dînons sous les étoiles sur le bord de la piscine. On nous sert un couscous délicieux sur une très jolie table : nappe jaune, napperon bleu et serviettes vertes. La chauves-souris planent les grenouilles coassent.