La gazelle J’ai très bien dormi dans notre chambre minable de la Gazelle, loin de la circulation et bien dans le noir. Ce matin, dans un demi sommeil,j'entends l’appel du muezzin. Les pépiements assourdissants des oiseaux du jardin m’ont levée. Se font-ils la cour? Ou se disputent ils? J’assiste à d’étonnantes prises de bec sur les rameaux du chêne vert. Par contraste avec le désert de pierre, notre jardin est vraiment ravissant. Au sol des rectangles, séparés par des levées de terre, pour l’irrigation. Dans des jarres, des succulentes, cactus et aloès, des palmiers des hibiscus, des grenades en fleurs mais aussi de la vigne. La courette au centre est abritée du soleil par des roseaux tressés. Ornement laid et dérisoire, une gazelle sculptée en terre, lourd et courtaude, la gazelle qui a donné son nom à l’hôtel, genre de chamois trapu.
les gazelles Hier, Dominique a demandé au gardien du parking pourquoi on nous interpelle « eh les gazelles : ». D’après lui ce serait une déformation berbère de « Mademoiselle », » si vous étiez avec un homme, ce serait « madame ». Dominique est agacée de se faire traiter de « gazelle ». Cela m’amuse plutôt. Surtout en regardant celle de l’hôtel, poussiéreuse et lourdaude, qui me ressemble un peu.
Bakchich? Depuis que nous avons quitté la grande ville, je m’interroge sur la politique à suivre vis à vis de la population locale en matière de bakchich. A Marrakech, c’était simple, pour les monuments on paye 10 Dh, pour les services rendus, une petite pièce attendue, et exceptionnellement une pièce à un mendiant qui n’insiste pas d’ailleurs.
En dehors de Marrakech, cela me paraît plus compliqué. En ville, les gens semblent avoir des occupations. Ici, on dirait qu’ils n’ont rien d'autre à faire que d’attendre le touriste. Les adultes ont la manière de nous aborder avec courtoisie. Ils proposent un service et n’insistent pas. Il suffit donc de notre part, d’être polie de dire bonjour, de sourire et de refuser aimablement. Le problème est plus ardu avec les enfants qui se jettent littéralement dans la voiture et cherchent à y agripper quelque chose. Ils ont perpétuellement l’air d’être sur le chemin de l’école avec leur cartable. Très petits, ils quémandent « un dirham » mais quand ils disent « donne moi le bois » en parlant d’un crayon avec lequel je dessine, ou « donne moi le pain » cela serre le cœur. A Marrakech, il y a une vie économique en dehors du tourisme, ici, il semble qu’ils attendent tout du touriste, et on le comprend bien. Le temps des caravanes n’est plus. La culture des oasis ne peut plus nourrir à elle seule une population aussi dense, le désert est très aride pour l’élevage. L’artisanat semble très développé mais à but touristique.
Le plus sain me paraît d’assumer la condition de touriste, et d’accepter le service des hommes qui nous feront visiter leur village, de rémunérer les services rendus (question subsidiaire, combien ?) en gardant présent à l’esprit qu’en France, en Italie, en Grèce ou en Turquie, l’entrée des monuments tourne autour de 30F ou 40 F et ici 7 F. Il y a donc de la marge pour donner 50 Dh au guide de la Kasbah ou 20 Dh à celui qui a consacré un moment à commenter la visite du village .Cela ne ressemble pas à la mendicité des enfants.
Petit déjeuner complet, c’est une bonne surprise.
Aït Benhaddou La route qui nous mène vers Aït Benhaddou suit la palmeraie de Ouarzazate puis s’engage sur la Hamada gris beige couverte de cailloux. Ici et là, des reliefs bruns noircis, au loin, des montagnes rouges. C’est le désert que je connais et dont je rêvais. Au détour de la route un village, je descends de voiture et découvre un canyon profond avec encore un peu d’eau dans l’oued. Je suis à peine sortie que deux enfants accourent brandissant quelque chose de coloré : ce sont des uromastix d’une trentaine de centimètres de long. Ce sont eux que j’ai photographié au souk du Mellah à Marrakech) l’un d’eux est d’un beau vert fluo, l’autre orangé-rouge. Je distribue 1 Dh par enfant et nous repartons.
Nouvel arrêt devant Ait Benhaddou, photo de l’oasis. L’eau reflète le ciel bleu. Les jardins sont verts vif, la Kasbah ocre. C’est un paysage de rêve .Pas étonnant qu’il ait été choisi pour le tournage de films à grand spectacle : Laurence d’Arabie, Jésus de Nazareth…
A l’entrée du site, un grand parking gardé par un très vieil homme, chassieux, plusieurs cars mais surtout une armada de 4x4 , nous ne serons pas seules. Pour rejoindre l’ancien village perché de l’autre côté de l’oued il faut descendre une rue bordée de magasins de souvenirs bariolés. Les vendeurs sont déguisés en hommes bleus avec une djellaba bleue, un chèche, ils nous invitent à visiter leur échoppe. Nous nous les éconduisons facilement « après la visite- Inch Allah ! » Dans le lit de l’oued deux dromadaires attendent la photo, puis un charmeur de serpent et son cobra dressé.
L’entrée du village n’est pas visible, nous nous promenons dans les jardins ombragés par des amandier et d’autres arbres fruitiers, un petit cognassier est en fleurs. Sous les arbres poussent des oignons et de la luzerne. Des barrières de feuilles de palmiers tressées ou des roseaux protègent les jardins. De là, la forteresse se détache sur un premier plan de palmes et d’amandier.
A l’intérieur du village, pas de droit d’entrée, pas de guides officiels ou autoproclamés, pas d’enfants. c’est très cool, nous nous promenons au hasard. Des marchands nous invitent dans leur boutique « pour le plaisir des yeux » sans insister plus .Un jeune que nous avons repoussé un peu sèchement nous demande « vous n’aimez pas l’artisanat marocain ? » Autocritique : ces gens sont charmants mais susceptibles, à nous de trouver la formule pour être aimable sans se laisser prendre dans un traquenard.
Ait Benhaddou nous a séduites, pourquoi ne pas réserver une chambre dans un hôtel pour le voyage du retour plutôt que de faire étape à Ouarzazate? En face de la Kasbah, l’hôtel a une piscine magnifique et un prix raisonnable : 200dh en demi pension. après avoir réservé à la réception (patio ravissant carrelé) nous faisons une agréable pause à la piscine. J’aurais aimé dessiner, heureusement nous reviendrons.
Tamgad Nous continuons sur Tamgad, traversons l’oued. Les femmes font la lessive,elles ont étendu leur linge multicolore sur les buissons. Cela aurait fait une jolie photo, mais nous devons renoncer aux portraits, sauf pris à la sauvette ou en payant. Cet usage de donner un peu d’argent en échange d’une photo me choque de moins en moins. Les gens sont tellement pauvres que le tourisme doit être considéré comme une industrie, apportant un peu d’argent à chacun. Monnayer son image est plus gratifiant que mendier, une sorte d’échange s’instaure. la petite fille qui posait gracieusement méritait plus son dirham que les enfants qui nous harcèlent.
Nous renonçons justement à la visite de Tamgad à cause des enfants qui sont une nuée autour de nous, les seules touristes.
La Kasbah du Glaoui de Tifoultoute Tifoultoute, encore une Kasbah du Glaoui, perchée au dessus d’un oasis. Très rénovée, elle abrite un restaurant, pour 10 Dh, on nous offre en thé en plus de la visite. La cour intérieure est couverte par un vélum formant un salon d’apparat avec des poufs très laids, des tables rondes et des banquettes avec des coussins. Un car de touristes allemands est arrivé avant nous et l’endroit a peu de charme. La vue des terrasses est très belle, on découvre la vie du village situé en contrebas, dans les cours intérieures on voit les étables. Je ne sais pourquoi, cette architecture m’évoque la Crète, sans doute à cause des puits de lumière, de la couleur rouge et des pièces sans fenêtre autour de la cour. Un vieux qui rentrait son âne s’est aperçu que je l’avais photographié, il réclame de l’argent. J’expédie un dirham de la terrasse. La pièce atterrit, bien entendu, de l’autre côté du mur, dans la rue . Dominique me fait remarquer que je jette littéralement l’argent par les fenêtres.
les studios Atlas L’après midi, visite des Studio Atlas où ont été tournés des films à grand spectacle. C’est complètement kitsch ! Le guide est un jeune, frimeur et hâbleur, qui s'accorde très bien avec ce décor. La montagne Tichka est bien visible à l’horizon, les couches d’argile rouge ont des teintes magnifiques