Tanneurs. Nous avons quitté l’hôtel un peu plus tard qu'hier. Quand le taxi nous dépose il est encore trop tôt. Le taxi a profité de l’heure matinale pour traverser la Médina en empruntant les ruelles des souks déserts.
A la descente du taxi nous sommes accueillies:
- « La France, champions d’Europe ! »
nous avons déjà entendu ce refrain à Istanbul. Un jeune homme nous emboîte le pas et nous montre la Medersa Ben Youssef, fermée. Entre temps il propose de nous conduire au quartier des tanneurs, nous le suivons donc des petites rues très misérables. Il nous indique le bon usage des ruelles : toujours, marcher à droite et dégager à droite si une charrette passe.
Le marché s’installe, les légumes sont posés sur des bâches directement sur le sol : fèves, carottes, tomates courgettes, aubergines. Les marchands sont accroupis parmi la marchandise, des ânes stationnent. Plus loin ce sont des ouvriers du bâtiments qui attendent l’embauche ou le chantier, leurs sacs de toile renfermant leurs outils :truelles, planches pour le plâtre .
A l’entrée des tanneries, on nous offre deux brins de menthe fraîche « masque à gaz ». Heureusement il est très tôt , il fait frais et l’odeur n’est pas encore suffocante. Nous marchons entre les bacs creusés dans la terre. Les peaux de mouton et de dromadaire trempent dans un bain d’ammoniaque venant de la fiente de pigeon, puis dans la chaux, dans l’écorce de chêne enfin dans un bain de fleurs de mimosa (cela nous ne l’avons pas vu, c’est peut être de la blague) . Nous voyons comment les tanneurs raclent les peaux assouplies, ôtent les poils, les amincissent. Certains sont en train de les fouler aux pieds. Ils refusent qu’on les photographie, sans doute leur fierté souffrirait de se voir immortalisé les pieds dans la merde.
Nous passons par l’inévitable boutique de souvenirs, grimpons sur la terrasse. Il faudra acheter quelque chose. Le problème est : à quel prix ? Le marchand déballe d’abord les poufs, les plus souples en agneau, ceux qui sont travaillés en relief en dromadaire. Nous achetons les babouches promises à Catherine . Le prix est exorbitant : 120 Dh. J’essaie de marchander. Le vendeur est ferme. Nous n’avons pas la patience. Il ne rabattra que 10 Dh. Pour faire de la monnaie, il nous conduit dans une échoppe où nous achetons une bouteille d’eau glacée, sortant du congélateur , ce qui nous fait bien plaisir jusqu’à ce qu’on réfléchisse qu’une bouteille pleine aurait dû éclater : c’est sûrement de l’eau du robinet !
Comme nous avons de la monnaie, il nous faut rétribuer notre guide et les tanneurs, j’espérais que tout cela serait inclus dans le prix des babouches ?
Medersa La médersa est construite autour d’une belle cour avec un bassin en marbre, malheureusement à sec. Ce n’est que dentelle de stuc, arabesques, de bois de cèdre, zelliges. Les dessins sont d’une finesse inimaginables avec des variations sur des motifs géométriques et végétaux, stalactites dans les niches moucharabieh à l’étage.
Je ne sais où donner de la tête ni quel objectif choisir. Nous montons visiter les cellules des étudiants. Cet endroit respire la paix et la sérénité. Encore une fois je prête une oreille attentive aux commentaires des guides qui explique que les 4 couleurs des zelliges représentent les quatre villes impériales : Marrakech est évidemment ocre, mais quid des autres Fez, Meknes et Rabat ?
Musée Le Musée du palais M’Nebhi est tout proche. Il est de conception très moderne. . Les peinture modernes me plaisent beaucoup, sur un support de cuir (clin d’œil aux tanneurs) des graphismes berbères ou très modernes se mélangent, traits très dépouillés « hommage à Gaudi », à l’art antique égyptien.
Puis une exposition sur la musique marocaine provenant de la Cité de la Musique de la Villette. Les instruments traditionnels sont exposés dans des vitrines avec des photos et des documents historiques. instruments à vent : trompettes très longues toutes droites, hautbois percé de trous bizarres, tambourins ronds des femmes carrés des hommes, oud et un autre instrument à cordes qui se joue avec un archet. Le musée est installé dans un palais, la cour est couverte d’un vélum ce qui donne une pièce d’apparat magnifique carrelée de zelliges (toujours les quatre couleurs). Encore un endroit reposant pour s’arrêter au calme ! Des bâtonnets d’encens brûlent dans le hammam, on peut s’installer sur des sofas et regarder des vidéos.
Médina A la sortie nous partons à la recherche de la fontaine « Chrob ou Chouf » et nous engageons dans les souks grouillant de monde maintenant sur le coup de onze heures, embaumant les brochettes ou puants (c’est selon). Pour une fois, je m’oriente bien sur la carte et nous trouvons facilement la fontaine, un peu décevante, protégée par un auvent de bois sculpté magnifique, la fontaine elle même est bien ordinaire.
Nous voici maintenant dans les venelles couvertes et encombrées du souk des cordonniers (babouches à volonté, le premier prix annoncé est de 80 dh) puis ruelle des lampes et des lustres en étain, cuivre ou fer blanc suspendus partout .Nous demandons notre chemin, un gamin nous précède dans le dédale du souk pour nous conduire aux teinturiers. Des chèches de diverses couleurs (bicolores souvent) sont pendues. Mais l’atelier de teinture est assez réduit .Un bel écheveau rouge est suspendu et fera, j’espère, une très belle photo.
Nous ressortons facilement du souk par la place Djemaa El fna occupée surtout par les étals de fruits secs et de vendeurs de jus d’orange pressées. Nous nous trouvons en terrain connu, le square de Foucault est bien frais mais fermé, la Koutoubia est inondée de chaleur et se place déserte.
Nous passons l’après midi à la piscine à écrire les cartes postales et à me baigner.
Calèche au coucher du soleil Nous terminons la journée en beauté par une balade en calèche autour des remparts pour 150 Dh, et 1h30.Notre calèche est tirée par deux chevaux noirs un peu maigres mais bien vaillants que le cocher coiffé d’un chapeau de paille stimule de son long fouet. La lumière est très belle. Le Haut Atlas est bien visible, mauve à l’horizon. Du haut de notre siège, nous pouvons jeter des coups d’œil indiscrets sur les jardins des belles villas de l’Hivernage. La promenade est bordée de roses. Nous dépassons la Porte de l’Agnaou et le Palais Royal et découvrons de nouveaux quartiers traversons le jardin de l’Agdal qui est un verger : les orangers sont encore en fleurs et embaument. Des ouvriers agricoles adossés à des sacs remplis d’herbe nous font des signes de la main, nous répondons de la calèche ; Dominique trouve que cela fait un peu « reine d’Angleterre ».
Après l’Agdal, des quartiers résidentiels modernes, des blocs de maisons plus basses à un étage donnent sur un jardin où des femmes prennent le frais. Plus loin les remparts sont bordés de terrains de foot, sans pelouse bien sûr, les cages sont posées sur le cailloutis du désert. Les jeunes sont bien vêtus de maillots de leurs clubs. Ils ont l’air de s’entraîner sérieusement. Puis la calèche se retrouve dans la ville, nous passons sous les muraille du palais El Badi, les cigognes sont au rendez vous, puis la place Djemaa El Fna.