Musée Dar Si Saïd; Dès 8 heures nous prenons un taxi pour le Palais El Badi. Il est beaucoup trop tôt. La ville est endormie, les ruelles sont désertes et la place des ferblantiers commence à peine à s’animer. Les boutiques ouvrent à peine. Nous marchons tranquillement dans le Mellah et nous perdons dans les ruelles. Curieuses échoppes : une fenêtre seulement s’ouvre sur une sorte de placard rempli de pommes de terre et de charbon, je n’ai pas compris où se tient le marchand.
Le Musée Dar Si Saïd ouvre juste. Un gardien nous fait les honneurs de la visite rien que pour nous. Il nous laisse deviner l’usage des différentes poteries. Je reconnais mortier et pilon pour le khôl, boites à crèmes et onguents décorées au henné, nous calons devant la baratte.
A l’étage, il commente les appartements des femmes ainsi que les techniques de fabrication des tapis « le blanc, mouton blanc, le noir, mouton noir, le rouge, henné, l’orange safran » pour les teintes, « noué, tissé » ou « tissé, brodé » ou « noué, tissé, brodé ». les kilims me plaisent beaucoup, certains servaient de tapis de selle, de réserves à grains. Leurs motifs géométriques sont extrêmement variés. Les tapis noués paraissent grossiers à côté de ce que nous avons vu en Turquie. La visite est menée tambour battant, c’est un peu dommage de ne pas prendre son temps, mais c’est très vivant.
marchands d'épices Dans le souk du Mellah, les étalages sont maintenant prêts, les cônes d’épices colorés de safran jaune, de piment rouge, de Ras el Hanout vert sont parfaitement lissés. D’autres produits sont plus énigmatiques, surtout une pâte verte et des cailloux blancs. D’étranges marchandises sont suspendues, des peux de chats, de renards, des lézards morts desséchés, des iguanes. Je les photographie au grand dam de Dominique qui se fâche. Le marchand explique que ce sont des gris-gris en usage pour la magie.
Un marchand d’épices me vante sa marchandise, décrivant avec précision tous les usages. La pâtes qui m’avait intriguée : c’est tout simplement du savon vert ou marron. Il me montre l’argile vendue sèche en plaques brutes, l’alun qui ressemble à de gros cristaux de quartz, des petits pavés ressemblant à des savonnettes sont de l’ambre et du musc qu’il nous frotte sur chacun de nos avant-bras pour nous parfumer. Il me fait entrer dans l’échoppe pour essayer une pâte fine qu’il délaye dans de l’eau de rose et dont je me badigeonne le visage. C’est très sympa mais il faudra acheter quelque chose, mais quoi ? Et à quel prix ? Je n’ai pas le temps d’élucider la question, Dominique furieuse a pris la poudre d’escampette. Je la rejoins penaude et gênée, il faudra éviter de repasser dans cette ruelle. Encore une fois on nous propose de visiter la synagogue.
Palais El Badi, cigognes et montagnes enneigées Du palais El Badi, rasé, il ne reste plus que les murailles d’enceintes colonisées par les cigognes, un bassin rempli d’eau, les autres bassins sont plantés d’orangers. Nous découvrons donc une vaste esplanade encadrée par des murs ocre. Le chauffeur de taxi nous a expliqué le mystère des trous carrés dans les murs, il s’agirait de joints de dilatation pour éviter que la muraille ne se fissure à la chaleur. Dans cet espace vide, il règne un calme étonnant juste troublé par le retour bruyant d’une cigogne au nid salué par un cérémonial de claquement de bec, le cou complètement retourné vers l’arrière. Nous découvrons des vestiges de céramiques et des souterrains. Dans une salle le minbar (chaire) de la Koutoubia est exposé, datant du XIIème siècle, et réalisé à Cordoue, une merveille d’incrustations et que marqueterie.
Enfin, nous montons à la tour en haut des murailles et je fais La Découverte de la journée : l’Atlas et ses neiges éternelles dont je n’avais pas soupçonné la présence. Encore une autre montagne magique qui me touche avec une intensité inexpliquée. La première fois que j’ai ressenti une émotion de ce genre, c’était le Canigou, puis l’Etna, et l’été dernier l’Ercyes. Certaines montagnes possèdent un magnétisme qui m’attire. Elles s’imposent brusquement dans le paysage comme une évidence.
Toute la journée j’ai retrouvé avec le même plaisir sa silhouette, à l’arrière du pavillon de La Ménara, le soir derrière les remparts… étrange que nous ne l’ayons pas remarquée plus tôt !
Nous commençons à bien nous repérer dans la Médina, à partir de la place des Ferblantiers l’avenue Housséin el Fetoucki mène au square de Foucault puis à la Koutoubia, l’avenue Mohamed V.
En chemin nous achetons dans une gargote des sardines frites et dans une pâtisserie des gâteaux miniatures en triangle en aumônières pour moi, des sablés pour Dominique. Piscine puis déjeuner sur le balcon.
Visite à la Ménara Dominique a prévu d’aller à pied à la Ménara à travers le quartier de l’Hivernage où se trouvent de luxueuses villas dans des jardins, et de beaux immeubles (toujours ocres dans le style de Marrakech et les plus grands hôtels. C’est donc une promenade ombragée et agréable. Mais il faut ensuite traverser ensuite une zone aride sans ombre. Des enfants vendent de l’orange pressée pour 5Dh. J’ai de petits doutes sur la propreté du verre (unique) ce qui gâche un peu le plaisir.
Arrivées au parc de la Ménara, nous découvrons la foule des dimanches.
Le dimanche est le jour néfaste pour les vacanciers. Nonobstant les banques et les boutiques fermées, le dimanche est le jour où tous les autochtones profitent des lieux de détente, parcs, plages … que les touristes trouvent généralement à leur usage réservé en semaine.
La Ménara est une vaste oliveraie irriguée, promettant un calme ombragé et agreste. Aujourd’hui chaque arbre abrite une famille munie d’un butagaz, de théières, marmites mais aussi radiocassettes, ballons et djembés. Le verger résonne donc de musique enregistrée ou improvisée ainsi que des cris des enfants. Autour du bassin carré dans lequel est censé se refléter un pavillon carré et solitaire, une procession continue de promeneurs se presse. Les adolescents ressemblent à nos élèves, les plus effrontés sont les enfants de 5 ou 6 ans qui viennent directement mendier un dirham ou un crayon « donne moi le bois » alors que je dessine. Cette foule qui vient profiter de son dimanche en famille est inévitable.Nous avons un moment la compagnie d’une belgo marocaine qui fume une cigarette avec nous, seule elle n’aurait pas osé.
Quand nous décidons de faire des photos des remparts sous le soleil couchant, nous trouvons tous les bancs occupés et de nombreux passants déambulent dans la contre-allée. Peu d’enfants, surtout des couples et des groupes de femmes assises ensemble, revêtues de leur plus belle djellaba de velours, la plupart d’entre elles ne sont pas voilées et souvent maquillées, foules paisible.