Promenade matinale le long des remparts. Nous n’avons pas été réveillées par le muezzin, comme en Turquie il nous a semblé, vaguement l’entendre au loin vers 5 h. Au petit déjeuner, le personnel est très attentionné mais les croissants sont rassis.
Nous longeons les remparts bordés de plates-bandes de rosiers en pleine floraison. La lumière est belle. Les murs sont curieusement troués de cavités carrées qui servent de nichoirs aux innombrables hirondelles et pigeons qui planent autour de nous .Peu de circulation automobile, des vélos harnachés d’énormes couffins, des mobylettes surchargées, des carrioles tirées par des ânes ou des chevaux. La promenade est très agréable, il fait encore frais et nous sommes à l’ombre.
Tombeaux Saadiens Nous entrons dans la Médina par le Bâb Agnaou et découvrons un quartier animé, des boutiques d’alimentation. Nous demandons notre chemin, les tombeaux Saadiens, aux passants qui nous renseignent très aimablement mais pas toujours efficacement. Nous tournons dans des rues fort peu touristiques avant de trouver la Mosquée de la Kasbah qui ressemble beaucoup à la Koutoubia en plus petit et moins décoré. La place est jolie avec des magasins de souvenirs très photogéniques et un beau nid de cigogne. Un marchand nous conseille de filer voir les tombeaux avant la foule.
L’entrée du mausolée est cachée par une ruelle qui tourne autour de la mosquée, ombragée par des branchages. Nous entrons dans un jardin ravissant fleuri de pavots, de delphiniums, de roses d’Inde, coquelicots autour de dalles de mosaïque : les tombes des serviteurs. Les mausolées du souverain, de sa mère, de ses enfants sont des pavillons très finement décorés de marbre de Carrare ou d’autres matériaux colorés, des plafonds à caissons de cèdre dorés peints avec de fines décorations de stuc.
Les groupes se succèdent. Il faut faire la queue pour admirer. Cela enlève un peu du charme du lieu. En revanche, nous pouvons écouter les anecdotes des guides. L’un d’eux montre comment le nom d’Allah peut s’écrire avec la main. Il décline la symbolique des chiffres : 1 pour dieu, 2 pour Eve, 3 pour la Trinité, 4 est un chiffre ordinaire, 5 pour le bonheur ou la chance avec l’étoile et la main de Fatima, le 6 : la Création en 6 jours, le 9 et 99 sont sacrés, le 9 avec la preuve par 9 et les 99 adjectifs de Dieu. Parmi les dalles mortuaires orientées vers la Mecque à l’Est on trouve celles des chrétiens vers le Nord (Jérusalem ?). Des chats roux se prélassent, nous profitons du calme, de la fraîcheur, et des fleurs avant de reprendre la visite avec le commentaire d’autres conférenciers.
Palais de la Bahia. Nous traversons la Kasbah pour rejoindre les Palais. Un passant nous conseille de traverser le marché, « suivez cette femme ! », nous sommes dans de petites ruelles moyenâgeuses entre de hauts murs le plus souvent aveugles, on repérera les petites fenêtres très hautes par la suite. Des portes s’ouvrent sur des patios, des cours, pas de voitures, quelques fois une mobylette vrombit, un char à bras s’annonce pour qu’on cède le passage, quelques fois une charrette tirée par un âne il faut se garer, l’âne me pousse sans égards. Nous sommes les seules Européennes du coin mais nous ne ressentons aucune gêne, ni hostilité. Au contraire, on nous vient en aide avec la plus grande gentillesse. Une jeune fille en 7éme année (5ème) nous conduit vers le Palais de la Bahia. Elle rentre de l’école, c’est son chemin, elle habite à côté. En route, nous devisons. Elle est très fière de nous raconter qu’elle étudie dans une école privée, en français depuis la maternelle. Comme toutes les écolières elle porte un tablier blanc sur un pull-over noir (par cette température !).
De l’extérieur, le palais de la Bahia ne ressemble pas du tout à un palais. Nous passons par une enfilade de pièces, pour arriver dans des courettes et des jardins très frais. Chacune de ces salles est décorée de mosaïques, de dentelles de stuc, de plafonds de bois peint. Il nous manque quand même un guide ! Nous glanons des renseignements en nous mêlant aux groupes de touristes. Nous découvrons la pièce où étudiaient les enfants du vizir ; la chaire du professeur est richement décorée. Dans le harem, un guide ferme les persiennes sous nos yeux pour montrer comment les concubines étaient enfermées (ou pour nous signifier que nous ne devons pas suivre sa visite sans payer !)
Mellah Derrière le palais se trouve le Mellah - encore mes fantômes m’assaillent - d’abord ce nom qui signifie sel en arabe comme en hébreu. Vient il du commerce du sel, monopolisé par les Juifs, ou du sel qu’on mettait sur les têtes coupées ou sur les mains des voleurs ? Autrefois je n’avais pas fait le rapprochement entre mellah et sel. Aujourd’hui c’est Pessah, j’espère capter des indices de la fête, grand ménage, herbes amères, matzot, un peu à la manière des Espagnols qui guettaient les marranes judaïsants.
Rien ne me parle dans ce quartier encore plus misérable que la Kasbah, les ruelles sont encore plus étroites et sales, les murs sans fenêtres renfermant leurs secrets. Les habitants –arabes- savent ce que les touristes cherchent et nous indiquent volontiers la synagogue, invisible elle- aussi. Derrière un terrain vague occupée par partie par un dépotoir, pour l’autre partie par un marché aux légumes, le plus misérable que j’ai jamais vu, des inscriptions en hébreu : le cimetière juif, fermé.
Nous faisons nos emplettes au marché, les légumes sont posés par terre sur des bâches et les marchands sont assis au milieu des salades, courgettes ou carottes. Je prends trois carottes, évidemment, aucun prix n’est indiqué mais on me les pèse. Pour un dirham et demi, nous emportons un citron et deux bottes, persil et coriandre, odorants et très frais.
FaudelSur une placette, un attroupement : un rail et un écran translucide qui pivote : on tourne un film. Parmi les badauds nous retrouvons notre petite guide qui nous dit que le chanteur Faudel est là ; ce sera un souvenir à raconter aux élèves en rentrant au Collège.
Le taxi jusqu’à l’hôtel coûte 15 Dh, (10 F) piscine et pique-nique sur le balcon, notre salade de carotte et une boite de thon emportée par prudence de Créteil.
Pour téléphoner en France c’est très facile, il existe des échoppes « Téléboutiques « peintes en bleu avec des cabines et un comptoir pour faire la monnaie, 5 Dh suffisent(3.5F) pour la France, avec 10 Dh on parle un bon moment.
Jardin Majorelle J’insiste lourdement pour que le chauffeur de taxi mette en route son taximètre. Pour aller au jardin Majorelle, il demandait 10 Dh, le compteur marque 7.5 Dh, j’en donne 10, il ne rend pas la monnaie et nous lance un « bonne chance » d’un air furieux, en guise d’adieu. Pour le retour, il sera le premier de la file et il refusera de nous reprendre malgré l’insistance de Dominique qui ne l’avait pas reconnu.
Le Jardin Majorelle est un enchantement. Comme au Jardin Botanique de Madère, les végétaux sont regroupés par milieu : ici une bambouseraie, là-bas, les cactus et les succulentes, un peu partout des palmiers, des bassins rafraîchissants avec des nymphéas, des papyrus, des tonnelles de bougainvilliers. Le mobilier, les bancs, les accessoires, les grosses jarres en terre font partie intégrante du jardin et son peints de couleurs étudiées. L’atelier de l’artiste est d’un bleu violent : le bleu Majorelle. Les rebords des bassins sont bleus également. Chaque perspective est parfaite, un bassin-canal évoque l’Alhambra de Grenade, un autre les nymphéas de Giverny.
Malgré la foule des visiteurs, l’impression de calme subsiste. D’ailleurs, ces touristes sont sympathiques, tout un groupe assis par terre dessine et peint à l’aquarelle, je les envie. Nous passons un bon moment sur un banc adossé à une grille qui ouvre sur l’ancienne maison de Bernard Tapie, haute tour carrée, villa luxueuse basse, jardin de cactées. Au dessus de nous des guirlandes de bougainvilliers orange et rose vif, très haut dans le ciel la frondaison des palmiers se balance. Le jardin se vide vers 16h30, il ne reste plus que quelques irréductibles qui comme nous ont trouvé un coin merveilleux. Nous n’arrivons pas à nous arracher à cet endroit magique.
Au retour, notre chauffeur de taxi a vécu dans le XIII ème, routier et chauffeur d’ambassadeur, il a pris sa retraite au pays. Il est très aimable, comme tout le monde ici.
Nous passons la soirée sur notre balcon à admirer la pleine lune dans les palmes et à regarder les calèches plus actives le soir qu’à la chaleur. Notre serveur nous apporte le plateau du dîner : une tajine assez quelconque pour moi, et nous fait encore la bise en partant.