Orly: Vol Royal air Maroc de midi Nous sommes en avance, mais nous ne sommes pas seules. Des familles encombrées d’énormes valises, poussettes, gamins sur des trottinettes nous ont précédées et font déjà la queue devant nous. Surprise ! Ce sont tous des juifs qui se connaissent et vont fêter Pessah en famille. Ils s’interpellent, parlent fort. Dans l’avion, les enfants se lèvent, les parents discutent assis sur les accoudoirs. L’ambiance est très chaleureuse. Je suis plutôt émue, saisie par la nostalgie de la fête. Il me vient le fantasme de me faire inviter, entrer par la porte ouverte à la place du prophète Elie. Les chansons de la célébration, les passages de la Haggadah me reviennent en mémoire, la Sortie d’Egypte, la fin de l’esclavage, l’an prochain à Jérusalem…
Dans l’avion c’est plutôt le retour vers le Maroc de ces Juifs français qui ont l’air plutôt assimilés, pas religieux, peu de repas cachers ont été servis.
Un épais tapis de nuages blancs recouvre la France et une bonne partie de l’Espagne – rien à voir par le hublot-
Mais on ne s’ennuie pas dans l’avion, le steward prend dans ses bras les enfants égarés distribue des bisous les repose sur leurs siège.
Enfin, la couverture nuageuse se déchire pour nous laisser découvrir Gibraltar et son fameux rocher, le détroit et les côtes marocaines : les colonnes d’Hercule, un endroit mythique que je n’aurais pas voulu louper.
Jusqu’à Casablanca, l’avion longe la côte, une longue plage sableuse bordée de quelques lagunes s’étire le long de l’Atlantique.
Marrakech L’aéroport de Marrakech est ravissant. La chaleur nous enveloppe à la sortie de l’avion- sensation de bien être.
Au contrôle de police une famille avec 10 passeports nous passe devant, le père reste au comptoir, les autres se sont volatilisés à la récupération des valises. Accoudés au comptoir nous surveillons le policier qui tamponne et tamponne et n’en finit pas de tamponner tandis que la pile de mon voisin ne diminue pas. Nous sommes bien loin des queues derrière la ligne blanche préservant l’intimité de certains aéroports .Le juif me montre le paquet de passeports sous le comptoir, le douanier fait passer ses copains avant nous, cette considération m’amuse, nous bavardons donc pour passer le temps et très aimablement il me propose de marchander le prix du taxi.
Arrivée à l’hôtel La MenaraLe taxi longe les remparts ocre bordés de palmiers et de jardins. Je suis saisie par la beauté de la ville qui a surgi brusquement du désert et des oliveraies. Pas de banlieues affreuses ni de centres commerciaux pour altérer le dépaysement. Une ville des Mille et Unes nuits est sortie du désert.
Notre hôtel est fort bien situé. Il donne sur une rue calme entre la Place de la Liberté et les remparts. C’est une grande bâtisse de trois étages peinte en ocre, avec des boiseries vertes aux balustrades des terrasses. Nous traversons des salons immenses carrelés de mosaïques, décorés de tapis, miroirs et sofas très orientaux.
Notre chambre est vaste, haute de plafond, décorée de très bon goût avec des glaces ouvragées, et des appliques de verre peint serties de cuivre. Au mur, un cadre avec une vieille photo en noir et blanc. Notre terrasse donne à l’est sur les jardins et la piscine, dans la rue la station des calèches
Première promenade en ville Après un plongeon dans la piscine glacée, nous partons explorer la Médina enclose dans ses murs tout proches.
Nous entrons par des rues très calmes, entre de hauts murs ocres protégeant de grands jardins. La Koutoubia avec sa haute tour carrée se détache.
Exotisme extrême : les marocains ont, pour la plupart, gardé leurs vêtements traditionnels, les hommes en large djellaba à capuchon, plus étroite pour les femmes en velours bleu nuit ou marron. Beaucoup de femmes sont complètement voilées mais d’autres sont tête nue. Le vélo ou la mobylette sont tout à fait compatibles avec la djellaba.
Quand nous atteignons l’artère principale, l’avenue Mohamed V, la pollution et le bruit nous suffoquent. La circulation des voitures est clairsemée, peu de voitures privées, pas de camion, surtout des taxis jaune sable, des autobus oranges, surtout une nuée de pétrolettes pétaradantes et polluantes, pas mal de vélos. L’air est épais, vicié, piquant. Il y a beaucoup de monde entre l’esplanade de la Koutoubia et la Placer Jemaa El Fna. Toutes les murettes, les bancs sont occupés par des hommes et des femmes. Nous avons bien du mal à nous poser pour faire une halte. Nous passons devant les hôtels qu’André et Lonely Planet avaient recommandés en nous félicitant de ne pas y avoir trouvé de place. Nous sommes bien mieux au calme à La Ménara.
Jemaa El Fna La nuit tombe lorsque nous parvenons à la place Jemaa El Fna enfumée par les barbecues des gargotes qui proposent des escargots dans des bols, du poisson en beignets, et des brochettes diverses. J’avais espéré qu’on y trouverait notre ordinaire. Le bruit, la fumée et la foule ne rendent pas cette perspective alléchante. Les têtes de mouton sanguinolentes coupent plutôt l’appétit. On pourrait s’attabler sur des bancs et goûter aux spécialités mais Dominique est carrément dégoûtée, je n’insiste pas.
La place est noire de monde, pas d’acrobates ni de charmeurs de serpent mais des conteurs autour desquels la foule fait cercle. L’un d’eux en djellaba blanche, lunettes de soleil genre ray bans sautille, mime et déclame, tout le monde participe, c’est tordant. Les musiciens sont moins séduisants.
La Koutoubia Nous faisons un tour au souk des épices puis retournons à la Koutoubia illuminée .La lune est pleine, toute proche du minaret. Comme un très bon augure, une sorte de don du ciel, énorme point éclairant le jardin fleuri, malheureusement fermé.
Nous terminons la soirée à l’hôtel, je commande, dans la chambre, deux omelettes et une salade niçoise (une erreur), le serveur apporte le plateau, dresse la table sur la coiffeuse. Je lui laisse 10 dirhams, nous sommes un peu embarrassées, nous n’avons aucune idée du pourboire raisonnable. Cela doit convenir, il nous embrasse toutes les deux en sortant.