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 Carnet de voyage – miriam
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 2003 - De Fès à Rabat en passant pa...
Maroc 2003 - De Fès à Rabat en passant par la vallée du Ziz et Meknès. Dans ce carnet :
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Crée le 05/02/07
Dernière modification le 05/02/07

Février : contrastes climatiques, voyage des trois saisons à bord de notre Toyota Corolla, villes impériales et dunes....

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 2Fès : la médina, le musée Batha et les tombeaux mérinides. - Maroc

La prière de l’aube me réveille dans le noir complet. Je n’arrive pas à distinguer le chant d’un muezzin, toute la ville bruit d’un chant confus. Je me rendors tranquillement jusqu’au lever du jour. Ornée d’arabesques bleues vers l’extérieur – la couleur de Fès – et de vertes vers l’intérieur – la couleur de l’Islam.
Un groupe de touristes nous donne le signal du lever : nous les croisons au petit déjeuner : des femmes mal fagotées, blondes, parlant une langue slave.

Visite guidée


     A neuf heures le réceptionniste de l’hôtel nous appelle un guide « officiel » au café d’en face.
Il commence la visite à Bab BouJeloud, que nous avons trouvée hier soir, nous montre les arabesques bleues, la couleur de Fès vers l’extérieur de la ville , et vertes , couleur de l’Islam vers l’intérieur. Nous descendons les deux rues principales Talaat el Kébira et Talaat Es Seghira que nous avions parcourues la veille, pleines de monde. Ce matin à neuf heures, les boutiques commencent à peine à ouvrir. C’est l’hiver, explique le guide, la morte saison pour le tourisme. Avec la menace de guerre en Irak, les commerçants fassis ont perdu la clientèle américaine, c’est une véritable crise économique.
       Mercredi, c’est l’Aïd el Kébir, les familles auront du mal à payer le mouton du sacrifice. On nous fait valoir cet argument pour nous pousser aux achats. Les marchands, pressés de faire affaire nous donneront de bons prix, selon le guide.

      Notre visite guidée payante ressemble plus à un  parcours de rabatteur vers les différents magasins : à peine avons nous quitté Bab Bou Jeloud, nous nous trouvons dans une boutique d’articles de cuivre. Courte démonstration avec le poinçon et les deux maillets de bois, une recette pour astiquer les cuivres au jus de citron, on nous fait résonner le fond de deux plateaux de cuivre et de laiton et il faut passer aux emplettes. Poliment, je demande la carte du magasin et promets de revenir demain, ou lundi…Ouf ! Le premier piège est déjoué.

      Nous suivons le guide à vive allure dans le dédale des ruelles et des impasses. Dominique lui fait part de son étonnement de voir la médina si propre et si soignée, nous assistons au ramassage des ordures (deux fois par jour) : un âne lourdement chargé porte les sacs plastiques et le collecteur ramasse consciencieusement tout ce qui traîne. Les rues sont aussi lavées chaque matin, un caniveau au milieu d la ruelle draine les eaux usées. De gros efforts portent sur le nettoyage. C’est très surprenant comparé à Marrakech ou au Caire .

Balek !

     Partout on a installé de la paille et des petits sacs d’orge destinés aux moutons de la fête qu’on voit circuler dans des chariots à roulettes poussés par des hommes « Balek ! »Ce cri nous fait pousser, nous nous effaçons pour laisser le passage à un mulet ou à un âne lourdement chargé. La médina est interdite au trafic automobile. Certaines rues portent le panneau rond bordé de rouge représentant un quadrupède « interdit aux ânes et aux mulets ».
A chaque pas, une perspective mériterait une photo ou un dessin : un petit auvent de tuiles vernissées vertes colonisées par des plantes folles, une sorte de tambour à claire-voie remplaçant les moucharabiehs égyptiennes que j’avais pris d’abord pour des garde-manger, une porte ancienne cloutée et ciselée. Certaines portes anciennes ont deux heurtoirs, celui du bas pour les piétons celui du haut pour les cavaliers. Une main de Fatima cloutée orne généralement le haut du battant.
      Les volumes décalés des hauts murs aveugles dégagent des perpectives inattendues, un minaret carré surgit, parfois un cyprès d’un jardin caché.

      Au début le guide faisait un effort de commentaire en nous décrivant les palais cachés, j’espère qu’il ouvrira une porte , qu’un couloir nous mènera à un patio enchanté. Point du tout ! Il ne sait que nous conduire dans des magasins pour touristes pressés : autocollant VISA, coupures de journaux punaisées attestant de la visite de clients célèbres : le Président Reagan, le premier Ministre portugais. Exotisme de Tour Opérators ! Nous croisons d’autres touristes qui, comme nous, suivent le circuit des gogos. D’ailleurs le commentaire devient de plus en plus rare. Ceci a le don d’irriter Dominique qui ne veut pas jouer le jeu et ne rentre même pas dans les boutiques. Je  me prête à cet exercice imposé avec plus de politesse que d’enthousiasme.

Chez l’herboriste

      Chez l’herboriste au boniment honnête « nous ne soignons pas toutes les maladies, seulement le rhume, les maux de tête, les problèmes de peau et les rhumatismes » le marchand vante les propriétés antimites du musc et désodorisantes : en frotter les tapis et les rideaux . Il me fait renifler l’anis noir enfermé dans un balluchon minuscule dans du PQ, cela débouche le nez et les sinus. A la fin de la démonstration, il faut bien sûr acheter. Dominique a filé dans la ruelle, je suis bien embarrassée et me laisse tenter par 5 grammes de safran (pas celui en poudre qui est du curcuma)  mais les pistils rouge sang à 2 dirhams le gramme. Pour 100DH, le guide rajoute un paquet d’argile qui doit servir de shampooing. Sur le moment, je suis ravie de ce cadeau, justement il nous manque du shampooing dans les bagages ! Après réflexion j’ai dû drôlement me faire avoir sur le safran !

      Tout autour de la boutique de l’herboriste des confiseries présentent des nougats multicolores, des sucettes pastel, de longues torsades enrubannées dans des emballages de Cellophane qui donneront de jolies photos.

      Nouvelle boutique, nouveau piège à touristes : des broderies cette foi-ci. Pas de démonstration du point de Fès, les brodeuses préparent la fête chez elles. C’est un peu dommage, ce point de croix particulier exécuté à deux mains avec du fil DMC bleu m’aurait bien intéressée. Mais pas l’achat d’un service hors de prix. En l’absence des brodeuses, j’ai moins de scrupules. j’essaie de ménager la susceptibilité du marchand et me souviens de la copine de Fatiha qui brode chez elle à la commande, je lui en raconte qu’il s’agit d’une de mes amies et trouve donc une porte de sortie honorable pour les deux parties.

      Nous retrouvons notre axe de référence Talaat El Kébir les « Champs Elysées » de Fès puis la charmante place Nejjarine où nous nous promettons de revenir seules.

     Dans la boutique des djellabas pour touristes, Dominique achète le cadeau pour sa mère. C’est un caftan vert, une djellaba comporte une capuche pas le caftan. Il y a des djellabas de toutes sortes à tous les prix, en soie aux couleurs délicates, en laine épaisse ou fine, unie ou rayée, en coton aux couleurs criardes pour les touristes avec des broderies voyantes et peu soignées. Malheureusement notre budget exclue la laine et la soie .J’essaie de marchander, c’est un des plaisirs de l’achat. Mais la présence de notre guide est plutôt un handicap qu’une aide (il doit percevoir une commission au pourcentage). Nous avons dû nous faire bien avoir, car ce dernier magnanime offre un cheiche bleu qu’il noue autour du cou de Dominique.

     La Karaouine est entrevue par les portes ouvertes ;
Après la kissiria, bazar fermé pour les soieries, nous entrons par un couloir dérobé dans un ancien fondouk occupé par des tisserands qui travaillent la soie ?) De beaux coupons de 3x2m pour 300 DH sont bien tentants. Si on achetait ici la tête de lit ?
Cela m’agace de faire des achats le premier jour des vacances. J’avais en tête autre chose : un kilim. Dominique ne veut pas de tapis pour une autre raison technique : le mur de la chambre est en béton et elle n’a pas envie de faire des trous pour l’accrocher. Elle n’éprouve pas du tout la même fascination que moi pour les tapis.

     Le guide, tout content d’avoir compris quelle sorte de marchandise nous tente nous entraîne dans une coopérative de tapis et chez un berbère qui vend des kilims.
Les kilims qui me plaisent sont ceux qui sont rebrodés avec des matières différentes, des motifs en reliefs mais ce sont les plus lourds. De toute façon, c’est un gros investissement, il n’est pas question de traiter cette affaire à la va-vite avec ce guide sur les bras.

      Nous passons rapidement par la rue des teinturiers, toute la rue dégouline de noir (les pauvres TBS blanches) toutes sortes de vêtements sont mis à sécher : des pantalons, des chemises. Ce n’est pas du tout comme à Marrakech un show pour touristes.

      Enfin nous prendrons un taxi à la place Safarine qui nous ramène en quelques minutes à l’hôtel  où nous nous débarrassons enfin du guide moyennant finances – à notre appréciation, je lui donne 120DH selon la suggestion du réceptionniste de l’hôtel.

     Quand nous sortons acheter un sandwich pour déjeuner, il commence à pleuvoir dru. J’enroule le nouveau cheiche bleu et nous voici sous une belle averse ! Heureusement notre quartier regorge de cantines et restaurants à bon marché. Pour 15 DH nous rapportons un sandwich aux brochettes de viande hachée épicée avec de la salade, tomates oignon, poivron dans un demi pain rond.

     Les rues pavées de la médina sont très glissantes sous la pluie : un cycliste s’étale sous nos yeux. La pluie cesse dès qu’on rentre. Nous sommes sorties au pire moment.

     Un soleil magnifique sèche le patio. Je m’installe pour écrire sur une table du bar devant la piscine, Dominique s’allonge au soleil sur un transat. Le ciel est d’un bleu qu’on n’aurait pas pu imaginer ce matin.

Musée Batha

      Le Musée Batha se trouve dans la rue qui longe l’hôtel de l’autre côté de la piscine. Rue large bordée d’un côté par des bâtiments officiels luxueux avec des jardins plantés d’orangers En face, d’impressionnants murs enclosent le palais. Le Musée est occupé par une exposition de céramiques « les arts du feu » les autres collections sont fermées. En cette morte saison, des ouvriers rénovent les zelliges de la terrasse et repeignent les murs. Nous sommes presque les seules visiteuses. Des gardiens sont censés nous suivre dans les salles mais ils préfèrent bavarder au soleil en bordure du jardin. Nous avons donc un palais pour nous seules ! Les portes peintes et les plafonds ouvragés ont plus de charme que les poteries néolithiques ! En revanche les céramiques de Fès bleues et blanches me captivent : des plats de dimensions impressionnantes sont dignes des réceptions du palais. J’imagine la pyramide de couscous ou les monceaux de gâteaux. …La géométrie des entrelacs et des arabesques me fascine.  Je cherche les symétries, les constructions au compas, du carré on passe à l’octogone, sur chaque face de l’octogone, un triangle, puis les motifs se compliquent. Ou alors, d’une étoile à 6 branches on arrive à 6 cercles qui se recoupent …Quel plaisir ce serait pour un prof de maths que d’imaginer un cours sur ce thème !

     Le Palais comporte deux ailes symétriques précédées chacune d’une terrasse carrelée ornée d’une fontaine. En contrebas, un jardin luxuriant, un peu à l’abandon à l’ombre d’un chêne immense. Parmi les mauvaises herbes, des papyrus, des géranium, des arums. Des dizaines d’oiseaux volettent d’arbre en arbre. Deux allées perpendiculaires partagent le jardin, à leur intersection, une petite fontaine. Il fait beau, le calme contraste avec l’agitation de la médina toute proche. Peut être derrière d’autres murs anonymes se cachent d’autres ryads insoupçonnés ?

      Dominique me laisse faire un  nouveau tour dans les salles d’exposition et retourne à l’hôtel chercher les guides. Elle revient avec le sac à dos et une idée géniale : aller voir se coucher le soleil des tombeaux mérinides.

Tombeaux mérinides

      Un petit taxi rouge nous y conduit en quittant la médina par Bab Boujeloud, la belle porte bleue. Le taxi traverse des cimetières avant de monter sur la colline qui fait face à la ville ancienne, Fès El Bali. Une corniche est plantée de jardin. De là, une vue dégagée sur la ville.
Des nuages sont arrivés, le soleil est bas, sous les nuages noirs, la lumière est très belle. Les murs crénelés prennent une teinte chaude. La colline est couverte d’une herbe vert vif avec des plaques de petites fleurs orange comme des soucis miniatures, fermés à cette heure-ci. Un berger pousse devant lui un troupeau de moutons.
Nous repérons les toits des principaux monuments, le mausolée carré de Moulay Idriss et la Karaouine, entr’aperçue à la sauvette est livrée à nos regards avec ses toits vert et ses murs blancs.

      Les tombeaux des mérinides sont bien en ruine, rien de spécial à y voir de près. De loin, sous la lumière du soir, ils ont fière allure, ruines romantiques d’un siècle révolu…
Nous nous promenons tranquillement, un homme nous commente le panorama, il nous situe le quartier des tanneurs au delà d’un mur rose. Ses explications sont très claires. Puis il essaie de nous vendre des sacs en cuir. Un autre s’approche avec un sac en plastique et nous montre des djellabas beaucoup plus soignées en meilleur tissu que celle que nous avons achetée ce matin pour 250 DH, on se laisse tenter pour 100DH. Je m’apercevrai ensuite qu’il s’agit de djellabas que les femmes marocaines portent dans la rue .Nous rentrons à pied par les jardins .puis par un marché aux légumes très fréquenté et très boueux .Pour dîner, le tajine de l’hôtel est bien gras.
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