(Raconter la constellation, c'est-à-dire les gens auxquels etc.). Ici, campagne pour les élections présidentielles. 2007 sera participatif ou ne sera pas. Entendez par là qu’il s’agit d’écouter. Le Citoyen. Dont la sphère politico-médiatique se serait éloigné. Irrémédiablement. Le Citoyen s’étant vengé de ce mépris, paraît-il, en votant un retentissant « NON » au projet de constitution européenne. La susdite sphère a retenu la leçon. Invente des dispositifs télévisuels où le Citoyen français, « scientifiquement panelisé » (un retraité, un professeur des écoles, une lesbienne, un jeune issu de l’immigration et habitant un quartier sensible, etc.), interroge sans le moindre intermédiaire, un ou une candidate. Est-ce un exercice démocratique ? Peut-être, mais alors il s’agit d’une démocratie « des petits moi, je ». Dans l’exercice télévisuel où Ségolène Royal est invitée, monsieur B. , atteint d’une sclérose peine à terminer son témoignage et termine les larmes aux yeux. La candidate s’avance vers lui et lui touche le bras. Les commentateurs qui analysent ( ?) ce geste (un moment d’émotion fort !) sont partagés entre ceux qui y décèlent un signe de compassion et les autres pour qui s’affichent le jeu de la compassion. Alors sincère ou professionnelle ? Marketing ou clientélisme ? A l’heure de la vidéosphère, ce qui ne passe pas à la télé, n’existe pas. Et peut-être est-ce la véritable raison de votre voyage que de savoir si le monde existe vraiment…
Jeudi. Jour de votre départ vers le continent sud-américain. Portrait de Yolande Betancourt dans Libé. La maman d’Ingrid, otage des FARC depuis 1825 jours. Dans le Figaro, le président Alvara Uribe affirme avoir reçu des informations selon laquelle Ingrid Betancourt se « trouverait à l’étranger ». Alors que 17 chiliens, principalement des militaires ont été renvoyés en cours d’assise par contumace hier, pour un dossier visant la disparition de quatre ressortissants français en 1973 et 1975, sous la dictature de Pinochet. Le soir, le journal Le Monde publie un long papier de Régis Debray (et aussitôt replonger dans les guérillas des années soixante), qui ne contemple qu’une morne campagne (présidentielle, cela va de soi). Jeudi, jour de votre départ vers le continent sud-américain dans l’avion qui est une sorte d’ennui (et réciproquement d’ailleurs, mais ceci est une autre histoire), dans l’avion donc, qui vous plonge dans un nuage de léthargie, vous lisez ces nouvelles, un peu détachés, somnolents : ce qui se passe dans les journaux n’existe pas… JLC.