« Tienes frio ? »
Une parole se perd dans le vent froid qui balaie les flancs de la montagne de Tigua.
« Tienes frio ? »
Une deuxième fois, plus haut, plus fort.
Deux enfants me regardent avec leurs billes rondes, allongés dans les champs sur terre battue. Deux petites voix qui viennent rompre le silence venteux. Le ciel est bas et lourd.
Tendre la main pour toucher les nuages.
Personne aux champs, en ce milieu d'après-midi, un dimanche. L'odeur de terre humide remonte. Du silence à perte de vue : l'heure des siestes, du repos, l'heure de ne rien faire.
Un retour en arrière. La Lozère, dans la maison familiale, Louis, mon grand-oncle est attablé. Il ne dit rien. Seul le bruit de son couteau qui épluche une de ces petites pommes fripées est perceptible.Toutes paroles seraient malvenues. Il est de ces silences qui portent en eux l'explication de toutes choses.
Par le fenêtre de la cuisine s'égare un rayon de soleil timide qui éclaire le journal posé devant lui. Les murs de granit. La pièce en clair-obscur. Le visage buriné de Louis, modelé par la lumière.
Sur le poële, un verre de vin qui chauffe. Louis rajoutera un sucre.
Ici, Daniel peint, à la lueur d'une fenêtre. Sans voir le paysage, enfermé dans son établi qui lui sert aussi de chambre, il peint des paysages de Tigua, des scènes de vie, des femmes en tenues traditionnelles. Une palette de couleur dans cette chambre terne qui tamise tous les bruits.
Il garde son chapeau comme Louis gardait sa casquette.
Il ne parle pas ou très peu seulement quand on le presse de le faire.
Ses yeux parlent pour lui. Il regarde, il observe, retranché dans son mur de silence. Louis regardait avec son oeil unique qui riait, qui parlait.
Toujours l'odeur de la terre, de la pierre humide dès que l'on franchit le seuil de la maison.
La chienne vous regarde partir sans détacher ses yeux sombres de votre silhouette qui s'éloigne. Soulagée de votre départ. Elle reste avec son maître dans l'enclos protégé de son territoire. Tous deux enfin seuls, en cette fin d'après-midi.
Aurélia