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 Carnet de voyage – miriam
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 Atlantique, AntiAtlas, Atlas et Ria...
Maroc Atlantique, AntiAtlas, Atlas et Riads des Mille et Une nuits Dans ce carnet :
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Crée le 17/03/07
Dernière modification le 18/03/07

Février 2007 - d'Essaouira à Marrakech par le chemin des écoliers,  amandiers en fleurs et splendeurs des riads

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 Taroudant arrivée au riad - Maroc

Riad M’Haïta

      De l’extérieur, le Riad M’Haïta, ne paye pas de mine. La rue est étroite, les boutiques miteuses jouxtent une mosquée moderne. Une porte métallique peinte en bleu et un écriteau. Quand on la pousse, on découvre le riad : un jardin planté d’orangers en fleurs, un pamplemoussier chargé de fruits, des hibiscus rouges, des fleurs jaunes, une rangée de cannas. Tout autour, un damier noir et blanc cassé par une fine frise qui souligne les recoins. Le bas des murs d’habitation est carrelé de bleu et blanc avec des motifs végétaux et compliqués surmonté d’une rangée de petites bouteilles réversibles. Au-dessus le mur est blanc. Portes et fenêtres laquées de bleu marine. Tables et guéridons sont carrelés de bleu et blanc. Les chaises sont en fer forgé très sobre et très moderne.
Dans un recoin, un salon de rotin près d’une cheminée rehaussée construite en briques. Notre chambre donne sur le jardin. Elle est aussi dans une harmonie bleue et blanche. Deux lits avec des couvre-lits à rayure, un kilim bleu rebrodé au mur, une belle lanterne. Sur chaque lit, un peignoir blanc.

     La cuisine et le salon qui occupe le fond du jardin sont dans des teintes rouge et blanc. Un très beau pavé, brique jaune et noir. Deux banquettes recouvertes de tissus à rayure noire beige et brun clair surmontées d’un kilim berbère jaune orangé avec des motifs animaux stylisés d’une grande beauté. Deux lanternes suspendues à des lampadaires de fer forgé bornent le salon avec la belle cheminée surmontée d’une hotte arrondie peinte en rouge. De l’autre côté : la salle à manger blanche et rouge. Grande table laquée de blanc découpée par un chemin de table à larges bandes rouges. L’escalier très sobre sans rampe est brun rouge. Un pilier est souligné d’un carrelage rouge et blanc.
L’étage, une jolie terrasse et des chambres de rêve, baldaquins, et carrelage. La dernière a même son hammam privé. Comme nous sommes seules à occuper le riad nous y aurons accès.

     Je suspends ici la description minutieuse de chaque pièce. L’énumération des splendeurs serait fastidieuse. Nous vivons dans un  palais. Pour nous seules. Latifa est la Gardienne de ce palais. C’est une petite dame voilée de blanc en robe de lainage bordeaux tricotée avec un petit tablier blanc de soubrette et un visage souriant. Comme nous sommes les seules hôtes du riad, elle sera entièrement à notre service. C’est une situation inédite pour nous. Qui n’avons jamais eu de domestique sauf une femme de ménage à Madère, une heure par jour, qui ne sachant que faire chez nous avait plié nos vêtements dans l’armoire ce qui nous avait plus gêné que plu.
     Latifa nous fait visiter toutes les pièces puis nous propose un thé ou un jus de fruit. Elle cueille les pamplemousses sur l’arbre et revient avec une cruche et des grands verres. Nous lui avons demandé des salades pour midi et commençons à savourer la vie de château assises dans les fauteuils de rotin du salon de jardin.
Il fait plus chaud à Taroudannt qu’en montagne. Nous quittons avec plaisir jeans et polaires pour des tenues légères. Latifa tire le rideau blanc suspendu à une tringle torsadée pour faire de l’ombre à la table extérieure. Elle apporte deux saladiers : concombres à la crème et salade marocaine de tomate, poivron oignon. Elle a ôté la peau des tomates et a coupé très fin tous les ingrédients .J’essaie de deviner l’assaisonnement : persil, sel poivre, citron. Le parfum exotique vient du cumin. Il faudra s’en souvenir pour parfumer une salade originale. Nous trempons notre pain tout frais et tendre dans la sauce. Je ne sais pas si cela se fait dans un riad mais c’est si bon ! Latifa a saupoudré les tranches d’orange avec de la cannelle.
Comme nous en sommes au café, Lahcen propose ses services comme guide. C’est un colosse brun qui parle très bien le français. Il a été mécanicien à Paris place Clichy. Nous préférons découvrir seules la ville. Mardi il nous conduira dans son village .Il nous montre les statuettes africaines et nous parle du riad. C’est une maison de famille. En quelque sorte, cela me fait plaisir. Nous avons envoyé les chèques à des banques parisiennes et j’étais un  peu contrariée que notre argent ne profite pas à l’économie marocaine. Dans le Métro parisien, des affiches invitant à investir dans l’immobilier à Marrakech m’avaient consternée. Au moins, les propriétaires n’ont pas que des intérêts financiers ici, ils ont aussi une histoire personnelle à Taroudannt. Selon Lahcen, le riad original a été coupé en deux. C’est ce qui explique la construction en L de la maison et les deux carrés plantés. Dans les ryads que nous avons visités le plan était immuable : quatre massif. Les deux autres carrés se trouvent donc de l’autre côté du mur chez les voisins. Pour vérifier cette théorie je monterai sur le toit et découvrirai les plates-bandes manquantes ainsi que les jardins intérieurs des autres voisins. Ce quartier, extérieurement sans prétention, cache de jolies demeures ; comme souvent au Maroc les murs extérieurs ne laissent rien deviner.

La médina de Taroudannt

      La médina est enclose de belles murailles que nous contournons avant de choir une porte au hasard ? Des dizaines et des dizaines de très gros camping cars immatriculés en France ou en Belgique sont garés le long des remparts. Ils sont collés les uns aux autres et évoquent une concentration de forains ou de romanichels. L’ironie de la situation m’amuse. Ces retraités français souvent bien franchouillards jouent à la pétanque et à la Belote à l’arrière de leurs caravanes. Pourquoi les laisse- t- on le long des murailles ? Tolère- t- on leurs homologues à Versailles ou à Chambord ?
Dès qu’on pénètre dans la médina on se trouve désorienté : pas de voitures particulières, des petits taxis blancs, des camionnettes, des vélos. Un jeune homme en costume de ville nous hèle et nous fait signe de suivre son vélo jusqu’au parking. Le gardien du parking replie le rétro pour gagner de la place. Nous nous engageons dans le souk berbère : marché couvert bondé à cette heure proposant toutes sortes de marchandises aussi bien des babouches et des tapis aux touristes que des foulards, des sous-vêtements, de la quincaillerie, des djellabas, des tuyaux d’arrosage… de grands crochets pensent des tôles, on y suspend la marchandise, des seaux, des vêtements…Nous sommes loin des souks touristiques de Marrakech, sans parler du Grand Bazar d’Istanbul. A l’entrée, les vendeurs de persils sont assis par terre en train de mettre de l’ordre dans les bottes de coriandre et de menthe descendues en vrac des charrettes à ânes. A la sortie, les menuisiers travaillent, même aujourd’hui, dimanche. A la ponceuse électrique ou au rabot à main, ils assemblent les coffres en bois blanc des banquettes sur lesquelles on mettra des coussins, des étagères, des croisillons. Ce n’est pas du grand art comme à Fès mais cela sent bon la sciure, la colle et le vernis. Nous retombons sur l’ »étudiant » qui nous a guidé au parking, il nous propose à nouveau ses services. Pour couper court, j’entre d’un pas décidé chez le photographe pour donner la pellicule à développer. Nous reviendrons prendre les épreuves dans une heure.
Nous avons bien un plan mais les rues n’ont pas de nom (si par hasard elles en avaient un il serait écrit en arabe).
Toutes les femmes portent au moins le foulard et un chemisier à manches longues. Elles arborent une grande variété de tenues. Les jeunes filles les plus modernes ont noué leur foulard genre Gina Lollobrigida, une tunique longue sur leurs jeans. La tenue la plus courante est la djellaba à capuche, à rayures, prune,  bleue, avec un foulard ne laissant pas voir les cheveux. Tenue passe-partout pour tous les âges. L’élégance portera sur la qualité du tissu du drap ou de la laine, la sophistication des découpes. Certaines femmes sont complètement enveloppées dans le haïk. A Taroudant le haïk est souvent bleu clair, sans galon comme à Tafraout tout bouffant à la ceinture, on ne devine que les yeux. Dans la version enveloppante, il existe aussi en couleurs chatoyantes avec parfois du doré  de l’argenté et même des tissus très africains. Même avec mon foulard turc je suis complètement impudique avec mon T-shirt à manches courtes.
Nous retrouvons la Grande place avec les vendeurs de jus d’orange et le labo photo puis la rue qui mène au parking, nous repassons devant la charrette de fraises puis les vendeurs de persil à l’entrée du souk berbère. Nous sommes très fières de ne pas nous être perdues. Peut-être sommes nous passées à côté des passages secrets de la ville ! Pour le souk hebdomadaire il faut sortir par Bab El Khemis et suivre la foule. Il est tard. Nous n’avons plus envie de foule fatigante.

Illuminations

      Quand  nous rentrons au Ryad M’Haïta, il fait  nuit. Latifa a allumé les bougies des lanternes de fer découpé du jardin, elle a fait du feu dans les deux cheminées et a déposé des bougies dans des petits verres transparents sur les guéridons et sur les marches de l’escalier rouge. Toutes ces illuminations rien que pour nous ! Nous sommes les princesses d’un royaume des Mille et Unes Nuits. Il nous faut remplir dignement ce rôle : je revêts une jupe longue et mon châle bleu et jaune d’Ostuni.
Sur deux sets de tables rouges, nous dînons d’une salade composée de betteraves, carottes râpées, salade verte en fines lanières poivrons et tomates. Mention spéciale aux pommes de terre très parfumées. Latifa les a relevées de persil et de cumin. Elle découvre devant nous le plat à tagine : abricots et raisins cachent des morceaux de moutons dans une sauce tomate et oignon. Délicieux ! Pour finir, une salade de fruits, pommes et bananes sont coupées très fin presque râpes. Comme il fait frais nous prenons le thé au salon à la chaleur du feu de bois. Il aurait été dommage de ne pas en profiter !
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