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 Atlantique, AntiAtlas, Atlas et Ria...
Maroc Atlantique, AntiAtlas, Atlas et Riads des Mille et Une nuits Dans ce carnet :
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Crée le 17/03/07
Dernière modification le 18/03/07

Février 2007 - d'Essaouira à Marrakech par le chemin des écoliers,  amandiers en fleurs et splendeurs des riads

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 D'Oumesnat à Tandilt - Maroc

La Maison Traditionnelle d’Oumesnat

Dernier épisode dans le Circuit des Ammelns : la « maison Traditionnelle » d’Oumesnat. On dépose la voiture dans le « centre moderne » devant l’épicerie et la Poste à l’enseigne flambant neuve (bureau invisible) – 2 portes métalliques aux motifs géométriques et colorés. La marche d’approche vers la « ville haute » est déjà pittoresque.

Nous trouvons le couple de touristes qui était avec nous chez Yamina sur le pas de la porte avec un jeune homme en djellaba claire rayée au visage souriant et sympathique c’est Mustapha, le fils de la maison qui nous guidera. Au rez de chaussée, sur des marches, on a disposé des moulins au couvercle conique comme des plats à tagine, ce sont les moulins pour l’argan, les épices ou le café. Mustapha casse une noix d’argan, extraie l’amande et me la fait goûter : elle a le goût amer de l’amande de l’abricot.
Dans un recoin : la meule pour la farine, plus imposante que les femmes font tourner debout. Au fond les étables où peuvent aussi dormir l’âne et les poules. Suspendus, des outils, des poulies, une araire…
On monte quelques marches puis une rampe conduit à l’étage. Au centre, au plafond très haut : la cuisine bien éclairée par une fenêtre en hauteur. Joli décor d’ustensiles de cuisine en poterie, surtout une bouilloire très élégante que je photographie pour donner le modèle à Valou. Dan un coin une ouverture triangulaire : le vide-ordures qui communique avec l’étable. Les animaux mangent les épluchures et les restes. Sur le côté : la chambre des enfants. Il faut imaginer leur couchage, de la paille et des nattes. Les parents dorment à même le sol dans le couloir entre la cuisine et la chambre des enfants. Le feu de la cuisine servira de chauffage. Il faut se rappeler que les nuits sont très fraîches en montagne. Le deuxième étage est celui des invités qui entrent par une porte spéciale. La maison étant adossée à la pente, on peut entrer à différents niveaux. Le salon des invités est recouvert de tapis berbères chatoyants. Une banquette court tout au long des murs sur trois côtés,  dans un  coin, des corans.

Exode rural


      Le maître de maison – aveugle – est allongé contre la banquette. C’est un vieil homme qui parle un  français recherché et qui paraît tout à fait intelligent. Il veut faire connaissance avec ses visiteurs qu’il ne voit pas. Il me demande si je suis un de ces retraités qui parcourt le Maroc en Camping car. Si l’homme n’était pas non voyant, je me serais vexée. Je vais enfin pouvoir vérifier ma théorie fumeuse de l’exode rural. Le monsieur abonde dans ce sens. C’est la succession d’années de sécheresse qui a chassé les agriculteurs. D’après Jacques, il y a encore 15 ans on cultivait des légumes que les paysans apportaient au marché hebdomadaire. 70% des habitants du village sont des vieillards. Il confirme que ce phénomène est récent. Avant, seuls les hommes partaient. Maintenant ils emmènent femmes et enfants à Casablanca ou plus loin, en Europe. Ils reviennent l’été dans ces énormes maisons où il y a des salles de bain, la télé et même des piscines. Cette émigration s’est accélérée récemment. Je lui raconte qu’à nos premiers voyages au Maroc nous avion vu des nuées d’enfants. Il n’y en a que très peu ici. Ce déclin de la vie rurale chagrine la touriste. Est-ce vraiment si triste ? De la même façon, je me suis attristée au Vietnam. Le décollage industriel est-il fondamentalement si mauvais ?

Ni à gauche, ni à droite, direct!

      Mustapha m’explique comment rentrer à pied à Tandilt :
-« Tu vois la mosquée, de là tu verras la mosquée blanche et de là la mosquée de Tandilt »
Cap donc sur les minarets ! Il me conduit sur la terrasse. De là part un sentier :
-« Ni à droite,  ni à gauche, direct : »
Suivant la consigne, ni à droite, ni à gauche, je traverse les maisons écroulées. Je me rends compte que sous mes pieds, il y a du vide. Je marche sur un plafond ruiné en train de s’effondrer. Ni à droite, ni à gauche, je me retrouve sur un énorme roc qui fait une falaise. Heureusement, je m’arrête à temps pour prendre la tangente. Le village après Oumesnat est rassemblé autour de la mosquée blanche éblouissante. Le sentier passe sous des maisons, en contourne d’autres. Cinq femmes sont assises dans un jardinet, sans voile, toutes très noires de peau, très africaines. Je les salue en français. Elles rigolent « berber !berber ! » L’une d’elles parle quand même un peu le français :
- « où est Monsieur ?
- Monsieur, voiture ! », Je brode. Pour être sûr d’être comprise, je mime comme un enfant qui conduit un volant imaginaire. Je continue
- « Monsieur voiture, madame marche, sac à dos ! »  Je montre mon sac.
Monsieur voiture, madame marche chargée, c’est un thème qu’elles connaissent. Elles rigolent. Je ris avec elles. Moment de connivence avec les Ammelns pour une fois pas drapées dans le haïk noir. Je leur demande :
-« Yasmina et Jacques, tout droit ? »
Elles me font un signe de la main  vers Tandilt.

    J’avise une autre mosquée blanche. Cap sur le minaret !
En chemin, je franchis de nombreuses rigoles où court l’eau fraîche qui s’échappe de la montagne par des sources. Jamais, je n’aurais imaginé que ce roc minéral et aride serait aussi généreux en eau. C’est peut être le secret de cette vallée longue de 28km et peuplée de 27 villages. La présence de l’eau, la verdure luxuriante qui croît près des sources déclenchent mon enthousiasme. Je suis ravie de cette balade. Nous l’avions prévue sans ombre, les arganiers sont toujours là pour me l’offrir.
    Le minaret blanc était mon but. Ce n’est pas du tout celui de la mosquée de Tandilt comme je le croyais. C’est une mosquée isolée, coincée dans l’anfractuosité de la roche. Je suis en pleine nature. Je n’ai plus de repère visible. Ni à droit, ni à gauche ?... je continue. Je marche sur des terrasses caillouteuses qui  ne sont plus cultivées et ne portent plus que des arganiers. Petit serrement au niveau de l’estomac. E, si j’étais perdue ? Ce ne serait pas dramatique, j’ai mon téléphone mobile et le numéro de celui de Jacques. Je scrute les maisons dans la vallée sans rien reconnaître. Et puis, j’ai chaud. J’enlève ma polaire. Je rajuste mon foulard. Et j’avance. Ni à droite, ni à gauche, direct…

    Une maison de pisé, basse, couverte de branchages, très bien entretenue avec un jardinet enfermé dans des murs couronnés d’épines. Les champs autour sont impeccablement labourés et ceints de murs hérissés de branchages secs et piquants. Il me faut les contourner au risque de perdre mon azimut.

    Finalement, le minaret de Tandilt reconnaissable à son fin liseré beige, surgit derrière un épaulement. J’ai retrouvé mon repère. Derrière moi un aboiement hostile me surprend. Où est ce molosse qui m’attaque ? Je trouve d’instinct le bon geste. Plutôt que de fuir et de l’exciter, je prends mon temps, je choisis une énorme pierre. Cela suffit à calmer le chien. Les  enfants savent très bien viser et atteindre les chiens avec leurs cailloux. Moi, j’en serais incapable. Mais l’animal ne le sait pas. Je continue ma promenade la pierre à la main, au cas où…

     Je reconnais l’enclos, les bancs de ciment, le grand bassin rectangulaire. Me voici arrivée à Tandilt. Il est 13H30. J’ai mis 45 minutes, exactement ce que Mustapha avait prévu. Je suis fière de moi. Je prends une bonne douche. Yamina apporte deux petits plats de salade mélangée : haricots, tomates oignons, poivrons et une belle omelette baveuse. Surprise. Elle a ajouté une belle part de génoise au dessert.
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