Musée Sidi Mohamed Ben Abdallah.Pour rejoindre le Musée Sidi Mohamed ben Abdallah, nous empruntons un nouvel itinéraire : une rue perpendiculaire à Sidi Mohamed ben Abdallah, rue importante où se trouve la Poste. Le Musée occupe une belle demeure qui a servi de Mairie du temps du Protectorat. Les collections de tapis et marqueteries ne montrent rien d’exceptionnel, on voit aussi beau dans les magasins.
En revanche, les instruments de musiques sont très bien présentés. Un Oud (luth) à la caisse de résonance toute marquetée, un rebab incrusté de nacre possède bizarrement un archet lourd et grossier.
Les objets de la confrérie hamadcha occupent une vitrine. Pendant les cérémonies, après des chants et des danses, se déroulait un rituel plutôt macabre : la transe comportait des flagellations avec des faisceaux de bâtons, des boules de bronze et même des haches en forme de cimeterre.
Un costume des gnaoua montre les liens très forts avec l’Afrique Noire.
Sorties du Musées, nous découvrons tout un quartier de la médina que nous n’avions pas vu hier ; un bazar avec des arcades modernes en ciment abritant des marchands de tapis, des bijoutiers, des antiquaires exposant des objets berbères mais aussi des statues des portes sculptées venant du Mali, de Maurétanie ou de plus loin en Afrique.
Galerie d’art moderne La Galerie d’Art Frédéric Damgard expose les peintres d’Essaouira : foisonnement des couleurs, un peu de naïfs mais pas trop. Un peintre pointilliste me rappelle les peintures aborigènes d’Australie que j’ai vues récemment au Musée du Quai Branly. Un autre remplit le moindre recoin d’animaux fantastiques, lézards, scorpions, chiens ou chèvres parmi des constructions végétales. Un troisième colore en jets de couleurs primaires tableaux ou objets divers…Tous ces artistes sont des hommes simples, artisans ou paysans. Aucune prétention ni artifice. C’est décoratif et rafraîchissant.
La plage
Sous un soleil brillant, j’arpente la plage d’Essaouira. C’est un de mes plaisirs favoris que de marcher près de l’eau sur cette tranche de l’estran luisant comme un miroir qui reflète le ciel et les nuages qui courent. La vague vient me lécher les orteils, avançant vivement en poussant sa frange d’écume. Le bas de mon jeans, pourtant replié et remonté sera trempé. Qu’importe ! L’eau est tiède malgré le vent du nord très vif.
Je dépasse le Sofitel et les hôtels du quartier des dunes, la large plage continue vers le sud. Les îles Purpuraires paraissent très proches. Elles portent des constructions abandonnées. Des chameliers et leurs dromadaires attendent le client ainsi que des chevaux. Une sorte de fantasia s’organise : un touriste d’allure germanique et son guide marocain ont lancé leurs petits chevaux au galop à une allure effrénée. Galoper sur le sable mouillé autorise toutes les imprudences. D’autres mènent leur monture à l’eau face aux vagues.
L’eau est de plus en plus rougie au fur et à mesure que j’avance. Est-ce une illusion ? Les vagues sont elles teintées de brique ? Je devine la cause de ce phénomène : l’Oued Ksob, en crue charrie plus de boue rouge que d’eau. Fin de la promenade face au lit du fleuve qui a raviné la plage à quelques encablures de Diabat où nous étions hier tantôt. Si les galops et les méharées s’harmonisent bien avec le paysage, les quads m’agacent. Heureusement ils font la pause de midi.
Midi sur la terrasse Nous déjeunons sur la terrasse. J’ai réchauffé le reste de tagine au poisson que Dominique n’a pas mangé hier soir. Le poisson doit être du thon blanc. Avec les olives violettes, les carottes et les pommes de terre, c’est un délice ! Dominique a acheté dans la rue des galettes de pomme de terres. Nous terminons avec de mini pâtisseries feuilletées aux amandes concassées.
Nous sommes seules sur la terrasse. La mer est haute – toute proche – on entend les vagues se briser sur les gros rochers. On sent les embruns. Des croisillons bleus, une table en mosaïque tranchent sur le blanc des terrasses égayé aussi par la lessive qui sèche. Malgré le vent, j’ouvre Le Monde. La lecture du monde, à l’étranger est un plaisir rare. Au Maroc, curieusement il arrive à l’heure et se vend moins cher qu’en France : 10 dirhams seulement.
La Maison Musée de Boujemaa Lakhdar Après la visite à la Galerie d’Art, il nous vient l’envie de visiter la Maison Musée de Boujemaa Lakhdar, sculpteur original qui a fait de sa maisons une œuvre. Nous retournons sur la route d’Agadir et prenons une piste dans les arganiers. C’est fermé. Un mur entoure le jardin aux sculptures fantastiques, par-dessus on peut contempler une sorte de dinosaure squelettique (comme un bon dino qui se respecte) peint sur le mur de la maison rose. Des petits personnages émergent de grosses taupinières ou de petits tumulus. Encore une expédition pour rien ! Le guide du Routard avait recommandé de téléphoner avant de se déplacer. Nous aurions été avisées de suivre ce conseil !
Sidi Kaouki Puisque nous sommes déjà 10km au sud d’Essaouira nous continuons vers Sidi Kaouki où il y a une belle plage. Nous passons devant un immense champ d’éoliennes d’où part une ligne à haute tension. Malgré le grand vent aucune ne tourne. Nous arrivons sur une côte sauvage inhabitée sauf par des campeurs en camping cars. Un camping rudimentaire, quelques bars, une haute construction mi-casbah mi-western a un air étrange. Des troupeaux s’éparpillent dans les buissons épineux qui bordent la plage de sable. Des nombreux rouleaux s’échappe une sorte de brouillard qui rejoint le ciel gommant la ligne d’horizon. A perte de vue, la plage et les rouleaux… sur l’estran, des barkanes en croissant et des baïnes remplies d’eau. Si je ne savais pas la marée descendante je ne me serais pas aventurée dans un endroit si incertain où la limite entre sable sec et sable mouillé est indéchiffrable et où le sable sec vient à la rencontre en nuage serré. Impression de bout du monde. Ce n’est pas le Sahara du grand Sud mais on le sent tout proche. Je pense aux plages désertes du Cap-Vert en marchant le long de l’eau. Dominique m’attend dans la voiture garée derrière un dromadaire muselé. Evidemment on me propose une promenade :
-« voulez vous essayer le dromadaire ? »
- « merci, j’ai déjà essayé ! »
Depuis que nous sommes au Maroc nous n’avons jamais été importunées par des commerçants ou des chameliers insistants. Est-ce qu’Essaouira est un endroit particulièrement cool ? Est-ce que les Marocains ont finalement appris que le harcèlement déplaisait aux touristes ? Ma stratégie est de répondre toujours aimablement aux sollicitations, complimenter le vendeur et rester ferme, ne rien acheter. Jusqu’à présent tout va bien.