Paramo !
J'aime ce mot flou que le voyageur aura de la peine à saisir complètement, parce qu'il est autant une donnée géographique concrète qu'un produit de l'imaginaire des Hommes. Chacun y va de son explication. Et surtout, n'allons pas lui donner un sens exclusif. Cela briserait la magie du mot... :
- Le paramo serait un terroir, fruit de la présence des Hommes : territoires sous peuplés, agriculture de montagne (pomme de terre, avas, maïs, élevage), paysages rudes et communautés rurales fières d'un rapport privilégié avec la nature.
- Le paramo semble indissociable de la montagne équatorienne, de ce jeu subtil que les hauteurs andines, de préférence au-dessus de 3000 mètres, imposent à la nature : la végétation est rase, les arbustes chétifs. Les nuits sont froides, sans parler du vent mordant.
- Le paramo est aussi une manifestation climatique magnifique, ce crachin andin que les nuages viennent délicatement déposer sur ces contrées. Ici, point besoin d'averse. La « neblina » arrive par votre porte. Elle s'invite chez vous dans un magnifique mouvement horizontal et vous enveloppe tout entier de son voile blanc. Impossible, dans ce contexte là, de connaître par avance la densité d'eau que vous apporte ce convive...
- Enfin, le paramo est un lieu d'oubli, échappant aux règles. C'est une cache, un maquis à la latitude 0. Alfredo Toaquiza, un des peintres de Tigua, s'y réfugia plusieurs semaines durant pour échapper à la police après avoir brûlé l'école (hispanophone) du village. C'était le temps de la contestation des communautés « indigenas ». Un lieu de refuge donc, où les solidarités sont différentes. C'est aussi le fruit de l'imaginaire d'Hommes pieux, où les lacs et les montagnes portent un sacré que l'étranger ne saurait comprendre...
Sébastien