Vous parler de choses simples, de plaisirs quotidiens, de la routine, bref de notre expérience concrète de la nourriture andine ?
Aurélia n'en peut plus des pommes de terre, du riz et surtout de la soupe. Ce en quoi il lui arrive souvent d'être assez dépitée... La richesse et l'infinie variété des légumes et fruits tropicaux du Pérou et de l'Equateur n'arrivent pas toujours dans les hauteurs andines. Il faut avouer qu'à ces altitudes, la nourriture est restée très traditionnelle : « l'almuerzo », -le repas du midi-, commence invariablement par un potage. Sébastien à beau rappeler à Aurélia que c'est là une chose normale dans le continent où Mafalda est née, cette héroïne argentine de bande dessinée qui se rebellait contre la dictature parentale de la soupe, rien n'y fait. Ensuite vient le "plato fuerte", le plus souvent des pommes de terres ou du riz avec une viande, accompagné d'un jus. Une variation de restauration "rapide" vous amènera invariablement vers les délicieuses Humitas, excellent mélange de maïs pilé avec du fromage et servi dans une feuille d'épis de maïs, ou bien des Empanadas (pâte fourrée à la viande), voire surtout des hamburgers locaux. Ce en quoi Sébastien se rejouit, heureux de servir de poubelle de table trois fois par jour pendant 4 mois de suite. On pourrait même penser que lors de ses repas, il observe avec le plus d’avidité le point de saturation de son compagnon de route, à croire qu’il préfère picorer dans l'assiette de sa voisine que de manger le même plat qu'on lui sert si docilement...
Au chapitre des heureuses expériences : le goût des avocats, qui, au Pérou, prennent la taille d'un ananas, et qui sont devenus notre obsession culinaire. Les fruits évidemment, dont les saveurs, les noms et les formes sont inconnues dans nos contrées. Soulignons ici le courage d'Aurélia, qui teste tout, contrairement à Sébastien, qui fait la fine bouche : ainsi, les Guavos, tiges plates avec écorce ressemblant à celles d'un cactus sans épines, mais dont la forme oblongue les rapprochent d'une banane géante. Une fois passé l'épreuve du ridicule, - enlever l'écorce -, il vous restera à manger la texture blanche et douce comme du coton, étrangement juteuse et dont le goût se rapproche de la pêche. Évidemment, ces comparaisons n'ont aucun sens. Vous éviterez tout de même de suivre Aurélia qui, persuadée que l'exotisme autorise toutes les audaces, s'en va en plus croquer les pépins (non comestibles) de ce fruit, plus grands que des amandes géantes de Tchernobyl !
Enfin, impossible de terminer ce chapitre sans l'Inca Kola, la boisson nationale. De couleur or (la hierba luisa étant proche de la citronnelle), ce coca des Andes contient tout autant de bulles que son grand frère d'Amérique du Nord. Il a cependant le privilège de paraître encore plus chimique, avec un heureux goût de bonbon. Nous l'avouons, malgré de nombreuses tentatives, il s'agit pour nous du cadeau idéal de retour dans nos chaumières, pour les amis indélicats...
Aurélia et Sébastien