Nous avons traversé le pré du centre hippique et nous l'avons vu portant fièrement cravache au poignet, et guêtres serrées. Un homme élégant, souriant qui vient à vous d'un air avenant. Carlos a 54 ans, un port altier, monte à cheval divinement. La moustache et le bouc bien taillé, un petit air de parfum qui flotte autour de lui la journée durant, les yeux qui pétillent, vivants et espiègles.
Courtois, le geste agile, les ongles taillés de près. Carlos est d'une politesse exquise, a le verbe léger. Tout droit sorti d'un tableau, un de ces nobles à la Goya montant sur son cheval de jaie.
Les jours passent auprès de lui, il nous invite chez lui dans son « domaine », petite maison ou tanière, je ne sais trop (car une maison de célibataire endurci est difficile à raconter), que nous avons baptisé en apprenant à le connaître :
Le monastère de l'Immaculée Tentation. Et pour cause! Sous ses allures de prince, Carlos est en réalité un Don Juan des temps modernes. Laissant tomber le masque des premières heures de la rencontre, Carlos regarde sans vergogne les femmes, l'oeil envieux et qu'elles soient laides ou belles, vieilles ou jeunes il a toujours un mot charmant qui fait rougir les unes ou sourire les autres. Mais avec quelle délicatesse... On ne saurait le dénier, je vous l'accorde. Carlos se promène dans la ville, rencontre l'un ou l'autre, toujours un mot affable, le sourire au bord des lèvres. Il se retourne sur son passage soudainement. Il ne faut pas chercher à comprendre. Vous savez pertinemment qu'une femme aux allures de gazelle vient de passer dans son sillage... Et sa voisine si belle et si jeune. Carlos se pâme !
Au début, un peu surprise, je me suis bien habituée à ce compagnon de route, qui sait malgré son libertinage affirmé, rester dans les limites latines de la politesse et qui n'en a pas perdu son humour ravageur !!!
Aurélia