Guaman Poma (1534–1616) peut être considéré comme le premier écrivain andin. Il est notamment l'auteur du "
Traité sur la bonne gouvernance", texte social et politique qu'il voulait destiner au roi d’Espagne.
Baptisé et éduqué par son demi frère Martin de Ayala, Guaman Poma savait donc lire et écrire, ce qui était rare dans les débuts de l'époque coloniale espagnole (l'écrit n'existait pas chez les Incas). Il fut ainsi un des témoins privilégié du changement brutal de civilisation qu'ont connu les Andes à cette époque. Son travail, et notamment certaines de ses pièces de théâtre, font partie des très rares témoignages d'auteurs ayant connus intimement la culture Inca.
Ce sont surtout les magnifiques dessins de Guaman Poma qui font de lui un personnage à part. On les retrouve sur la plupart de ses manuscrits et ils symbolisent une certaine esthétique de l'imaginaire Inca, à l'image de ceux relatant la capture puis l'exécution d'Atahualpa. Au travers de ses innombrables illustrations, c'est tout un univers qui nous est donné à voir et à rêver...
Guaman Poma livre, à sa manière, un émouvant regard sur l'histoire Inca.
Sébastien
Pour l'Histoire :
Kasha Marca (la « ville des épines » en Quechua) fut la première ville andine traversée par les conquistadores. Ancienne forteresse avancée sur la grande route Inca, c'est aussi la ville de la chute d'Atahualpa. Les conditions de sa capture furent par ailleurs rocambolesques. Venant de Baños del Inca, un village baigné d'eaux thermales volcaniques où il résidait non loin de là, Atahualpa entra dans Kasha Marca accompagné d'un cortège de 6000 hommes. Les 160 soldats espagnols, qui attendaient en embuscade accompagnés de leurs chevaux et fusils, créèrent une panique générale dans l'escorte de l'Inca, qui fut arrêté. Sans la récente guerre civile entre Huascar et Atahualpa et cette capture surprise, jamais les espagnols n'auraient pu conquérir cette région aussi facilement. Le pouvoir théocratique et extrêmement centralisé Inca ne résista pas à cet emprisonnement. La suite est une longue agonie : rançon, conversion forcée, exécution, rebellions réprimées. Aujourd’hui, il ne reste de ces évènements qu’un seul monument (très laid). Depuis la plaza de armas à Cajamarca, il suffit de quelques pas pour se rendre au "cuarto del rescate", la prison d'Atahualpa, elle-même enfermée dans une petite cour. Au milieu de ces murs Incas, Pizarro a exigé une rançon en or équivalente à la taille de l'empereur additionnée à la longueur de son bras. Son voeu fut exaucé... puis Atahualpa assassiné !