" Les lèvres et les mots de ceux qui me paraissent aux abois "(Jean-luc)
Dans « abois », il me semble y voir parler de forêts....
Le texte de Jean-Luc me fait penser à un documentaire de Sylvain Tesson, qui évoque le retour à la nature, dans les environs du lac Baïkal, de russes de plus en plus nombreux, déçus par la modernité. Ceux-là s'en vont seuls, sans gourous. Wanderer utopique, à l'image de ces voyageurs romantiques allemands du 19ème siècle ? A mon sens non. Le rêve du renoncement, de la cabane au fond des bois (plutôt canadienne pour ma part), reste le plus souvent une utopie déconnectée de la réalité. Mais dans la Russie d'aujourd'hui, des femmes et des hommes font ce choix de la Sibérie. De telles décisions ne sont pourtant pas l'apanage de rêveurs fous, tout comme un voyage au long cours ne relève pas d'un vagabondage stérile. Partir ou voyager sont une affaire d'organisation. On ne grimpe pas un col sans en apprécier les particularités. On ne part pas en marche sans un sac bien pensé. On ne va pas au bout du monde sans carte ni préparation méthodique et minutieuse. Ici, dans les Andes, chaque tronçon du Qhapac ñan que nous visitons est le fruit d'une longue préparation. Pas de dilettantisme ni de place pour l'aléatoire. Je n'en doute pas qu'il en va de même pour survivre plus de quelques semaines au froid sibérien...
On me rétorque parfois que le vagabond organisé et minutieux porterait en lui une contradiction de fait, celle qui viserait à empêcher l'émotion spontanée, la surprise, l'émerveillement. Il me semble que non, bien au contraire. Il faut observer en spectateur actif la majesté de paysages sans sentiments. Le dilletantisme est l'ennemi de la liberté d'esprit, le refuge d'une âme (rêveuse) qui finira par se faire peur à elle-même. Dominer ses choix et les risques encourus sont les meilleurs garants de la liberté d'action. Il faut ensuite faire confiance à l'instant de la rencontre, du choc intime produit entre soi et le décor que des milliers d'autres personnes auront pourtant foulé avant vous mais qui vous appartient, là, aujourd'hui. La nature ne se donnera jamais à l'imaginaire du marcheur (ou de l'ermite russe) de la même façon.
Je propose donc un verre de vodka en honneur à tous ces nouveaux vagabonds russes...
Sébastien