Y a t-il seulement un moment pour penser ? Reposer son esprit des contraintes liées au temps qui passe, s'écoule ? Il me semble que je ne prends plus ce temps nécessaire à la réflexion, au repos. Cusco me plonge dans un dilemne. Nous venons de passer plusieurs mois hors des sentiers battus et rebattus par les touristes et soudainement nous voilà plongés au coeur du tourisme de masse. Comme tous voyageurs, je suppose, j'ai, nous avons cherché un dépaysement, une recontre avec l'Autre, avec une authenticité, une solitude qui nous fait penser que nous vivons peut-être, certainement de manière illusoire, un moment unique et décalé. Cusco me plonge dans cette interrogation : Que vient-on chercher au juste ? Et rencontrer l'Autre de manière véritable, est-ce seulement possible ? Oppressée par les personnes des agences de voyage qui nous alpaguent, par les femmes en tenues traditionnelles qui monnayent leur image pour quelques soles, je me trouve confrontée à cet éternel problème et cette constatation : la relation aux Péruviens, aux Autres ne se tisse ici que sur des liens factices, commerciaux, touristiques. L'illusion pour la désillusion, il en est toujours ainsi.
Voyager ? Voyager vrai ? Voyager comment ? Le décalage est rude, et je suis parfois en colère contre moi-même ou contre les Autres car j'aimerais que cesse cette relation. Se sentir objet, étranger en permanence. Et de me demander : comment vivent les étrangers en France ? Qu'est-ce que se sentir étranger, étrange, gringo en espagnol, rawaga en arabe ? Y a t-il des connections humaines possibles ?
Qui croire ? Que croire ? Est-ce qu'un sourire croisé dans la rue est un sourire sincère, donné sans attente de retour. Et pourquoi ? Je ne souris pas, je n'engage pas la conversation avec le regard par peur d'être sollicitée, d'être consommée.
Est-ce que le voyage est une rencontre avec l'Autre ? N'est-ce pas une rencontre parfois douloureuse avec soi-même ?
Aurélia